"Disruptivité", "attrition" et "bottum-up" : quand les Twittos se gondolent avec la novlangue de LinkedIn

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VU DE TWITTER - LinkedIn, le réseau aux millions d’utilisateurs, sert de vitrine professionnelle à de nombreux internautes. Mais parfois, certains en font trop dans leur volonté de coller à l'image d'une entreprise idéale. Ce qui n'a pas échappé aux utilisateurs du réseau à l'oiseau bleu.

LinkedIn est un monde à part. Comme si vous vous baladiez dans un monde du travail idéal, une grande entreprise, peuplée de salariés emballés, positifs et enjoués, parlant comme des managers. 

Le réseau professionnel est devenu incontournable. Et pour beaucoup de salariés, consultants, CEO, start-upers, chercheurs d’emploi dans le tertiaire, c’est un univers où il faut se montrer. C’est une  vitrine. Et pour qu’on vous voit ou vous entende, il faut parler. Commence alors toute l’histoire : si LinkedIn est donc une vitrine, votre image est à surveiller. Et votre image, pour faire envie, doit être positive, souriante, stimulante. Et peut-être un peu trop lisse.

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A trop jouer le jeu...

Et c’est là que parfois, tout dérape. Que certains, peut-être, se perdent dans leur volonté de présenter une facette idéale et colle un peu trop à un monde du travail parfois un peu... flippant. C'est ainsi que pullulent ces phrases entre le mantra et l'invocation, comme "ce sont les hommes qui font l’organisation et pas l’inverse", "Ne me jugez pas sur mes succès, jugez-moi sur le nombre de fois où je suis tombé et ou je me suis relevé à nouveau". Ce sont aussi ces récits qui se veulent inspirants, mêlant novlangue managériale et développement personnel. C'est également une langue qui n'existe qu'ici, où les internautes parlent d'"attrition", d'"impact carrière", vantent le "bottum-up disruptif". 

L'une des meilleures parades à ce travers est l’humour. Et certains sur Twitter l’ont bien compris et se font un plaisir d'épingler ceux qui semblent s’être perdus dans ce grand monde des relations professionnelles, des limites entre vie perso et monde du travail, de la banalité décortiquée et analysée, des limites au travail, tout simplement. Des comptes y sont même totalement dédiés, comme Disruptive humans of LinkedIn ou The State of LinkedIn. On ne résiste  pas à vous faire faire un petit tour dans ce monde un brin siphonné qui pointe, comme à la loupe, les incohérences du monde professionnel.

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LinkedIn, c’est par exemple ce développeur qui raconte qu'il travaille de 7h à 19h du lundi au samedi, sans congés, pour sa boîte. Alors certes il travaille beaucoup, mais, selon lui, en doublant ses heures de travail, il "DOUBLE" surtout on expérience, et donc investit sur lui-même. Imparable raisonnement.

C’est aussi ce directeur général qui raconte son expérimentation : comment, en enlevant les réseaux de son iPhone, ses "vraies" conversations (sur WhatsApp) ont augmenté drastiquement (+50%). 

C'est ce candidat, passionné, qui semble avoir emprunté son vocabulaire à un bouquin de marketing particulièrement hermétique.

C’est, encore, cette jeune PDG  qui assaisonne son bébé de 7 jours d’une pause photo avec toute la société et d’un vibrant discours sur la réussite professionnelle.

LinkedIn, ce sont, aussi, des posts gênants. Comme l’histoire de cette jeune femme "passionnée par la rédaction persuasive", qui semble tiraillée par une double personnalité un brin schizophrénique.

Moments gênants, toujours, avec des instants de vie qu'il vaut peut-être mieux éviter d'ériger en concept de développement personnel...

Ce sont aussi, ces belles histoires, racontées par des profils souvent... très, très emballés par ce monde professionnel qui s'ouvre à eux. Trop ? 

C’est, encore, des posts un brin neuneu, ou particulièrement creux, ou complètement effrayant, suivant le prisme dont vous le percevez. Comme ce papa,  qui raconte "ce que (sa) fille de 6 ans (lui) a appris sur le digital" : discuter avec Siri, faire des faceTime, "demander à Google", faire ses programmes sur Netflix, et ne pas comprendre pourquoi, à la radio, on ne peut pas choisir.

C'est, aussi, ces profils qui cherchent des exemples "inspirants". Mais parfois, un poil mal choisi. 

Ce sont aussi des histoires de vie - toujours inspirantes, donc - comme celle de cet entrepreneur et conférencier TEDx, qui, le jour où il a décidé de quitter l’école, raconte qu'il l'a annoncé à ses parents avec... un Powerpoint argumenté. Des histoires de vie qui vous font  penser que vous n'avez pas tout à fait la même vie. 

C’est, encore, celui qui donne des conseils coaching, tout en ne semblant pas vraiment être un modèle du genre.

Les entreprises ne sont pas exclues dans la course à la dérive du "happyness et positive attitude". Ainsi, cette entreprise qui, signe des temps nouveaux, ne recrute plus des ingénieurs, mais des "fungénieurs".

Cette boîte qui recrute de multiples profils, mais non payés, au moins les deux premiers mois, "parce que nous sommes une start-up".

LinkedIn se développant encore et toujours, il est fort probable que les twittos trouvent de la matière pour longtemps.

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