Réduction du gaspillage : comment relever le défi du zéro déchet en entreprise ?

Réduction du gaspillage : comment relever le défi du zéro déchet en entreprise ?
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ÉCOLO AU BUREAU - Partenaire du Prix Entreprises pour l’environnement (EpE), LCI vous livre pendant un mois des articles autour de la thématique "travailler vert". Cette semaine, nous nous intéressons à la problématique de la réduction des déchets en entreprise, qui apparaît aujourd'hui comme une nécessité, avec l'association Zero Waste France : depuis des années, elle épaule les entreprises qui se lancent dans cette démarche. Et elle dit désormais crouler sous les demandes.

Feuilles volantes, gobelets de café, emballages de sandwiches... Chaque année, un employé de bureau produit en moyenne entre 120 et 140 kilos de déchets, dont trois quarts de papier. Et alors que 20 millions de Français, soit près de la moitié de la population, travaille dans le secteur tertiaire, on comprend vite l'ampleur du problème. Mais si nous sommes de plus en plus nombreux à être touchés par un sursaut écologique dans nos vies personnelles, il peut parfois être difficile de mettre en œuvre ses bonnes résolutions au bureau. Privilégier l'utilisation du mug réutilisable plutôt que les gobelets en plastique ? Oui, quand le nécessaire pour les nettoyer régulièrement (éponge, liquide vaisselle) est mis à disposition. Limiter les emballages ? Oui, lorsque des aliments non emballés sont disponibles à la cafétéria de l'entreprise...


Pour parvenir à faire fondre cette pollution, l'engagement des entreprises est donc primordial. Pour celles qui le souhaitent, l'association Zero Waste France, qui milite pour une société zéro déchet, organise des audits et des interventions pour accompagner leur démarche et fédérer les équipes autour de ce projet. L'entreprise de crowdfunding Kiss Kiss Bank Bank a ainsi récemment fait appel à Zero Waste Paris, groupe local de l'association nationale.

Ensemble, nous avons fait une liste des problèmes repérés et une liste de solutions potentielles.Loan Do, responsable du projet zéro déchet chez Kiss Kiss Bank Bank

"Au sein de Kiss Kiss Bank Bank, nous étions déjà pas mal sensibilisés aux problématiques écologiques, dont le zéro déchet. Mais pour une question de temps, j'imagine, personne dans l'entreprise ne s'était lancé dans la démarche", nous explique Loan Do, chief happiness officer et désormais en charge du projet zéro déchet au sein de la société. C'est finalement une initiative de la mairie de Xe qui a mis la machine en route. Celle-ci a décidé de faire de la rue du Paradis, où se trouve Kiss Kiss Bank Bank, un laboratoire du zéro déchet en faisant aussi bien participer les habitants que les commerces et les entreprises. Après une prise de contact avec Zero Waste Paris, deux bénévoles sont venus visiter les locaux du site de crowdfunding. "Je leur ai parlé de nos habitudes quotidiennes. Puis, ensemble, nous avons fait une liste des problèmes repérés et une autre de solutions potentielles pour consommer moins et plus intelligemment."


L'une des problématiques principales, explique Loan Do, est la quantité d'emballages produits à l’heure du déjeuner. Ne disposant pas de cantine, les employés prennent pour la plupart des repas à emporter dans les commerces environnants et jettent leurs déchets au sein de l'entreprise. Une solution s'est donc imposée pour réduire ces déchets : la mise à disposition de boîtes de conservation dans lesquelles les salariés peuvent récupérer la nourriture achetée à l'extérieur. Une astuce peu coûteuse et facile à mettre en place. L'installation d'un sèche-main électrique ou à rouleau de tissu pour remplacer les feuilles de papier devrait aussi bientôt avoir lieu.

Des sollicitations des employés eux-mêmes

Comme Kiss Kiss Bank Bank, nombreuses sont les entreprises qui font appel à Zero Waste France. "Nous avons de plus en plus de sollicitations", indique Flore Berlingen, directrice de l'association depuis 2013. Et ce autant de la part des salariés eux-mêmes que de la direction. "Assez fréquemment, ce sont les employés qui nous contactent directement parce qu’ils sont personnellement intéressés par la question et voudraient savoir comment convaincre leur hiérarchie et leurs collègues. C’est sûr que si l'on souhaite qu’il y ait une démarche d’ampleur, il faut qu’il y ait le soutien des supérieurs." Pour mettre toutes les chances de leur côté, l'association conseille à ces salariés de constituer un noyau dur. "Ça montre qu’il y a déjà un potentiel d’adhésion au projet, là où les responsables peuvent parfois penser que ce sera juste beaucoup de contraintes et que ça va ennuyer tout le monde."


Les sociétés qui sollicitent Zero Waste France, elles, sont en grande majorité des entreprises de bureau. Elles recherchent, décrit Flore Berlingen, un accompagnement technique, sur la façon de réduire les déchets papier, surtout, mais aussi les emballages plastiques qui enveloppent les repas à emporter. Autre problématique : trouver la meilleure façon d'embarquer les équipes en interne. Lors de leur intervention, les bénévoles de l'association se focalisent donc généralement sur deux problématiques : quelles actions mettre en place ? Comment faire pour partager la démarche au sein de l’entreprise en faisant en sorte que tout le monde soit mobilisé ?

Repérages et plans d'action

Pour répondre à ces problématiques, les solutions peuvent être très diverses. Elles s'adaptent chaque fois en fonction de l'organisation de l'entreprise, de ses activités et de ses particularités. "Nous commençons toujours par faire un diagnostic, si possible avec les membres de l'entreprise, pour identifier les flux de déchets présents et la manière dont fonctionnent l’entreprise et ses services généraux, explique ainsi la directrice de Zero Waste France. Parce que la question des déchets dans une entreprise dépend de plein d’acteurs différents. Il y a bien sûr les collaborateurs, mais aussi l’entreprise de ménage, celle qui s’occupe de sortir les poubelles…" Or, il va sans dire que l'engagement de chacune de ces parties est essentiel pour parvenir à un résultat satisfaisant.


Une fois le schéma visualisé, le plan d'action est mis en place par l'association. "Le choix des mesures se fait avec l’entreprise, en fonction de l’impact et de la facilité de mise en place. Car il vaut parfois mieux engager des actions relativement accessibles pour motiver les troupes et ensuite passer à des choses un peu plus compliquées." L'une des mesures les plus effectives, relativement simple à mettre en œuvre, est la suppression des gobelets jetables, aussi bien pour les employés que pour l'accueil du public au sein de l'entreprise.

Et si la priorité de l'association réside dans la réduction des déchets, elle n'hésite pas non plus à conseiller en matière de tri. Car, selon une enquête de l'Ademe, seuls 53 % des collaborateurs affirment que le tri des déchets est fait dans leur entreprise, et 34 % qu'il est n'assuré qu'en partie. "Parfois en faisant la visite des locaux, nous nous apercevons que, tout bêtement, les poubelles n’ont pas été placées au bon endroit et que ça décourage le geste de tri", explique Flore Berlingen.

De nouvelles formes d'accompagnement en réflexion

Aujourd'hui, l'association Zero Waste France est en quelque sorte victime de son succès. Face aux nombreuses sollicitations, elle peine à répondre à tous. "C’est plutôt bon signe parce qu’il y a deux ans, nous n'avions absolument pas cette quantité de demandes", se réjouit cependant Flore Berlingen. L'ONG songe donc à lancer un programme collectif s'étalant sur plusieurs mois. "Il y a énormément de choses que nous répétons dans chaque entreprise, et l’émulation inter-entreprise peut aussi être un bon moteur pour faire avancer les choses", note la spécialiste.


Des outils à mettre à la disposition des entreprises sont aussi en cours de réflexion, à l'instar du guide "Zéro déchet au bureau", déjà téléchargeable sur le site de l'association. Il y est par exemple conseillé de réduire le nombre d’imprimantes, d'utiliser

un logiciel de gestion des impressions avec validation par code personnel ou badge, qui permet de limiter les erreurs d’impression, ou d'installer des machines à café équipées d’un détecteur qui repère la présence d’un mug, et verse automatiquement le café, sans délivrer de gobelet jetable, parfois à un tarif avantageux pour l’usager.

Comme chaque année depuis 14 ans, Entreprises pour l’Environnement (EpE) et LCI (anciennement Metronews) et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de plus de 10 000€. Cette année, les jeunes de 15 à 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la question suivante : " Travailler vert : comment influencerez-vous votre entreprise ?". Qu’est-ce que "travailler vert" ? Cela peut vouloir dire comment inventer des organisations de travail qui favorisent l’innovation frugale, des campagnes de communication éco-responsables, des actions d’entreprises ou des politiques publiques, des changements de gouvernance, de matières premières ou de business model, des innovations plus éco-conçues… ? Soyez ambitieux, créatifs et persuasifs ! Dépôt des dossiers jusqu’au 18 mars 2019


Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié http://www.epe-asso.org/prix-epelci-2019/ ou la page Facebook https://www.facebook.com/prixepelci/

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