Épuisement professionnel : le "burn-out estival" existe-t-il vraiment ou sommes-nous juste des fatigués chroniques ?

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ON VOUS EXPLIQUE - Est souvent évoqué, en période de vacances, le syndrome de "burn-out estival". Qu’est-ce que le terme recouvre ? Quel lien avec le monde du travail, rendu responsable du "traditionnel" burn-out ou épuisement professionnel ? LCI se penche sur la question.

Vous revenez de vacances. Trois semaines que vous aviez attendu toute l’année. Du soleil, de la détente, un peu de maison de campagne et de vacances en Grèce. Sauf que voilà. Vous avez l’impression de n’en avoir pas profité. D’abord, vous avez traîné une fatigue chronique, que ni les siestes ni les grass’ mat n’ont réussi à éradiquer. Et puis surtout, vous n’aviez pas vraiment d’envies. Et ce moment de l’année, sur lequel vous aviez tout misé pour vous requinquer, voilà que trois jours après le retour au boulot, il vous semble loin, loin, loin.  Vous êtes irrité, vous avez envie de pleurer. Bref, ça ne va pas fort. 

Ce sentiment de malaise, de mal-être, a été baptisé "burn-ou estival", ou "crise du milieu d’année". Le terme est utilisé depuis quelques années mais le quotidien britannique The Guardian a remis l’affaire sur le tapis en ce début d’été, en menant un petit sondage auprès de ses lecteurs. Il les invitait à évaluer leur état d’esprit et leur niveau d’énergie. Et, fort de tous les témoignages recueillis, constate une hausse du sentiment d’épuisement général, de surmenage. 

C'est quoi cette crise ?

Charlotte, 47 ans , du Sussex, raconte ainsi :  "Quand je me lève le matin, j’ai l’impression d’avoir la gueule de bois . Et pourtant je n’ai rien bu, c’est juste mon état normal. Je suis juste fatiguée et de mauvaise humeur tout le temps." "Bien que j'aime mon travail, que je n’ai pas d’enfants ni d’hypothèque, que je sois en bonne santé et que j’ai pris des vacances régulières, en juin, c’était comme si j’étais en panne d’essence", raconte une autre. "L'idée de courir six mois de plus à vide me semblait à la fois impossible et inévitable".  Des traits communs ressortent, dans chaque histoire : l’impression de dormir debout, d’être vaseux toute la journée, de manquer d’appétit, de libido, voire d'envies en général, d’être totalement incapable de profiter de l’énergie et la sérénité des vacances. 

Des situations de mal-être d’autant plus incompréhensibles que l’été, il fait beau, il fait chaud, les jours rallongent, bref la période invite et semble justement être le moment parfait pour rééquilibrer sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Différentes explications sont alors avancées. D’abord, tout simplement, ce qu’implique le terme de "crise de milieu d’année" : une période charnière, où l’on fait le point. Il est maintenant loin, le début d’année, avec ses nouveaux élans, ses promesses de changement. A mi-parcours, on se rend compte que les objectifs fixés sont loin d’être atteints, cela sent l’échec et le redémarrage à zéro. Déprimant.

Une fatigue chronique ?

Mais le docteur Natasha Bijlani, psychiatre, interviewée par le Guardian, se montre "sceptique" quant à l'existence d'un phénomène d'épuisement professionnel lié à une saison ou une période. "Il y a de plus en plus de burn-out dans notre société en général. Au point que cela atteint des niveaux épidémiques", dit-elle. "Et sans doute si la question était posée aux gens en avril ou en septembre, il existerait aussi des burn-out sur ces trois trimestres". En fait, nous sommes fatigués de manière chronique, généré par la société, selon elle. Et notre culture a tendance à définir le surmenage comme la norme, un état de fait facilité par les technologies susceptibles d'impliquer une sollicitation permanente. 

Et cet épuisement n'épargnerait personne. De la génération Y, déjà épuisée à 20 ans, à force de s'être bradée dans des stages non rémunérés et dans des boulots instables, aux trentenaires lancés dans une course à la carrière pour avoir "réussi" avant 40 ans, en passant par ceux qui sont chargés d’obligations avec lesquelles ils doivent jongler... Autant de générations surchargées de travail , mais ne le réalisant pas, avant d'avoir atteint leur point de rupture.

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Savoir reposer son cerveau

Siobhan Murray, coach en matière de résilience, psychothérapeute et auteur de The Burnout Solution, recommande dans The Guardian un "audit de vie" régulier : réévaluer les engagements ou les objectifs pour hiérarchiser ceux qui importent. "Vous ne pouvez pas aller à un cours de gym le matin, être un bon parent,  voyager constamment pour votre travail et voir vos amis le soir. Il n’y a pas assez d’heures pour cela dans la journée. Nous nettoyons nos maisons au printemps. Nous devons prendre l'habitude de le faire avec nous-mêmes et nos vies", écrit-elle. 

Lâcher prise, ne pas hésiter à ne rien faire, c’est aussi le conseil d’Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives, qui expliquait début août dans l'émission 28 minutes sur Arte, que nous avons trop tendance à séparer nos vies professionnelles et personnelles… alors qu’elles sont au contraire très liées. "Cette notion d’opposer les vacances au travail n’est pas une bonne chose", insiste-t-il. "Imaginez que je dise 'je ne veux plus dormir', et je vais dormir une semaine, puis ne plus dormir pendant trois semaines. Ou bien je vais manger 15 kg et arrêter de manger pendant trois semaines. C’est ce que nous sommes en train de faire avec notre effort : nous nous disons 'je vais travailler, travailler, travailler', et en juillet-août, je vais prendre deux semaines pendant lesquelles je ne fais rien, et puis je recommence à la rentrée." 

Le mieux, est donc de trouver une manière de reposer son cerveau au quotidien sans attendre les vacances. Comment ? "On peut ne rien faire, être dans le moment présent", poursuit Albert Moukheiber. "Parfois, j’ai besoin de prendre un break de moi-même, je vais m’asseoir et laisser mon cerveau faire ce qu’il veut, je me déconnecte. C’est comme quand vous êtes dans le métro, et que vous voyez les gens qui regardent dans le vide. On peut faire n’importe quoi, du moment qu'il n’y a pas de pression de performance. C’est la pression qu’on s’inflige à soi-même qui fait qu’on est fatigué. Il faut savoir quand déconnecter, ne pas ruminer le soir par exemple, se focaliser sur les choses sur lesquelles on peut agir, ou encore savoir déléguer !"

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