Moins de contraintes physiques, davantage de pression : comment les risques professionnels ont changé en 20 ans

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TRAVAIL MODERNE - Dans son étude Sumer 2017, la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) mesure l’évolution des expositions des salariés aux risques professionnels. Et montre qu’en 20 ans, cela a bien changé.

Moins de contraintes physiques, d’exposition aux produits chimiques ou cancérigènes. Mais davantage d’intensité au travail, moins d’autonomie, moins de moyens… L’enquête Sumer 2017 (Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques professionnels) de la Dares, un service du ministère du Travail, illustre en creux les transformations profondes du monde du travail ces dernières années. Elle a été réalisée par 1.200 médecins du travail auprès de 26.500 salariés représentatifs du secteur privé et de la fonction publique et met en perspective 20 ans de risques professionnels. 

Un premier constat, assez facilement explicable par les évolutions techniques et les aides mécanisées est flagrant : de moins en moins de salariés sont exposés à des contraintes physiques, comme la manutention manuelle de charges sur des périodes longues : 5% en 2017 contre 7% en 1994. Même chose pour la position debout ou le piétinement. Grâce aux évolutions technologiques et à l’automatisation, le travail répétitif est également en net recul : en 2017, 16 % des salariés étaient exposés à la répétition d’un même geste ou d’une série de gestes à cadence élevée, contre 20% en 1994. 

Nuisance sonore en hausse

Si les contraintes physiques ont donc tendance à diminuer, reste une exception : les nuisances sonores. Ponctuelles ou régulières, elles concernent désormais 32% des salariés (contre 27% en 1994). Tous les secteurs sont marqués, plus spécialement la construction (+19 points) et les ouvriers qualifiés (68 %). 

L’exposition des salariés à des agents et produits chimiques est également en baisse, notamment chez les agriculteurs (-15 points en 2017), "sans doute du fait d’une prise de prise de conscience des conséquences de l’utilisation, des pesticides pour la santé des agriculteurs, pour l’environnement et pour les consommateurs", indique l'enquête.  Dans l’industrie, ce recul (- 6 points) s’explique par la diminution des industries traditionnelles fortement exposantes, comme la sidérurgie et la métallurgie et par l’automatisation de nombreuses activité.

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Côté psychique, maintenant, la Dares observe prudemment "une légère diminution des risques psycho-sociaux" sur la période la plus récente (2010-2017) après une forte hausse constatée entre 1994 et 2010. Moins de salariés déclarent en effet subir des comportements hostiles au travail et un manque de reconnaissance. En revanche, la tension au travail reste forte : la proportion de salariés subissant une "tension" au travail a grimpé de 27% en 2003 à 32% en 2010 avant de se stabiliser en 2017. "Le plus haut de 2010 est sans doute à mettre en lien avec la crise de 2008 et les changements d'organisation importants dans les entreprises qui ont suivi", explique Sarah Memmi, sociologue à la Dares.

Cette tension au travail n'est pas anodine : les études montrent qu'elle fait peser un risque accru de maladies cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques et dépression sur le salarié. En parallèle, l’intensité du travail reste à un niveau élevé, que ce soit en terme de contrainte de rythme dans le travail (32% en 2017 contre 28 en 1994), d'un rythme de travail imposé par une demande extérieure obligeant une réponse immédiate (un salarié sur deux) ou encore du contrôle via des systèmes informatiques, multiplié par deux entre 1994 et 2017 (+18 points, un tiers des salariés en 2017). 

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Le vécu des travailleurs se dégrade

Le travail semble aussi plus morcelé : 58% des salariés déclarent devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue, contre 46 % en 1994. Cela est "très coûteux en termes de charge mentale", précise l’enquête. Le travail est également plus rapide : en 2017, plus de 66 % des salariés considèrent qu’on leur demande de travailler "très vite" et 35 % jugent qu’on leur demande une quantité "excessive de travail", soit des hausses respectives de 3 et 4 points entre 2003 et 2017. 

Si la part des salariés qui déclarent ne pas disposer du temps nécessaire pour faire correctement leur travail est stable depuis 2003 (30 %), mais le manque d’autonomie semble lui aussi grignoter : en 2017, 42% des salariés ne peuvent pas faire varier les délais fixés, contre 35% en 2003. Enfin, les cadences imposées par le travail à la chaîne et le contrôle exercé par la hiérarchie ont baissé mais le suivi automatisé (les algorithmes qui mesurent la vitesse du salarié) a augmenté. "Les risques psychosociaux semblent diminuer mais les médecins du travail font état d'une dégradation du vécu des travailleurs", observe Sarah Memmi.

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