"Fini Zola, on s'éclate avec du numérique et de la robotique partout" : L'Usine extraordinaire veut rendre l'usine sexy

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REPORTAGE - L’Usine extraordinaire, un évènement gratuit, se tient jusqu'à dimanche au Grand Palais à Paris. Sous la Grande Nef, se dévoilent les entrailles d’une usine. Le but de la Fondation Usine extraordinaire, qui a monté l’opération : réhabiliter l’usine et le monde industriel, secteurs en croissance, et ... séduire les jeunes.

Avouez : lorsqu’on vous dit  "usine", à quoi pensez-vous ? Fumée ? Délocalisation ? Une chaîne de montage et Charlie Chaplin qui s’active à serrer ses boulons ? Un univers charbonneux et poussiéreux ? 


Rien à voir, en fait, avec l’univers qui s’est déployé ce jeudi sous la Nef du Grand Palais où L’Usine extraordinaire se tient jusqu'à la fin du week-end. Pour qui a lu " Charlie et la Chocolaterie", le célèbre livre de Roald Dahl, et son immense usine de chocolat, les premiers pas peuvent donner la même sensation. Sous la verrière majestueuse, immense, se déploie un joyeux monde de machines fantastiques, robots articulés et insoupçonnés, de couleurs électriques, dans un gai brouhaha électronique. Des hommes, qui paraissent minuscules sous l’immense hauteur, s’activent aux manettes, pour faire découvrir le tout. Allons bon... c’est donc ça, une usine ?

Quand on dit 'je vais à l’usine', je veux qu'on entende : 'Je vais participer aux défis de demain.'"Jean Tournoux, commissaire de l'exposition

Cette usine, car c’en est bien une, installée en plein cœur de Paris, a justement été conçue dans cette optique : montrer au grand public, et aux jeunes, que l’usine ce n’est pas –ou plus- un grand monstre fumeux à la Germinal. L’usine d’aujourd’hui est sexy. Colorée. Bouillonnante. Moderne. Avant-gardiste. "Les usines sont partout. En 2017, il y a eu plus d’ouverture que de fermetures. Mais on ne voit pas ce que font 90% de ces usines. On ne voit que le produit fini", dit Jean Tournoux, commissaire général de ce qu’il nomme "un parcours 'expérientiel'". "Ici, nous voulons montrer les processus industriels, tout ce qu’il y a derrière." Et plante son "ambition ultime" : "Que le public ait une vision différente de l’usine. Que quand on dise 'je vais à l’usine', on entende : 'Je vais participer aux défis de demain.'"


Et il y a du boulot, pour montrer que "les grands défis de demain seront relevés par les usines". Parce qu’aujourd’hui, l’usine souffre d’une image au mieux inexistante, au pire carrément dégradée. Une enquête Yougov pour la Fondation Usine extraordinaire montre bien les tenaces préjugés : l'usine, c’est de la pénibilité, du manque de parité, l'obsolescence des métiers. L'usine, c’est associé aux délocalisations, aux menaces de chômage. Un rapide sondage, au milieu des jeunes qui arpentent les allées, le confirme aussi, via des réponses plus ou moins évoluées : "C’est vague. Pour moi, l’usine, c’est un lieu de fabrication. Avec de la fumée, des chaines de production" ; "ça pollue, il y a de la fumée noire" ; "assemblage à la chaîne" ; "nuages noirs, de la fumée qui se dégage". 

Déambulation

Allons donc voir, ce qu'est l'usine d'aujourd'hui. Ses entrailles se découvrent à travers une déambulation, à travers ces machines fantastiques et leur univers, qui devient presque poétique, sous cette Nef. Tiens, à gauche, une tempête de neige dans une boite en verre. C’est en fait la machinerie de la compagnie Dumas, fabricant d’oreillers, qui font voler des tonnes de plumes. "Ce sont des plumes de canard et d’oie", précise le fabricant. "On les souffle pour donner une homogénéité à la matière, et la rendre fluide." Remplissage, emballage, et voilà l’oreiller bouclé. 

La balade dévoile des mondes et des jargons parfois obscurs, comme ce "laminoir à fil de cuivre", ou cette "machine-outil usinage, tournage et fraisage". "C’est-à-dire ?", demande un visiteur. "Pour faire de l’enlèvement de matière par pression", répond l'employé, laissant le badaud à peine plus éclairé. Et devant l'air toujours interrogatif, de préciser : "Pour partir d’une pièce brute et arriver à une pièce totalement finie."  Pas toujours facile, de mélanger les univers.


Ici, c’est un ouvrier qui présente une ligne de soudage laser pour automobile. Et là, la société Cetim, qui conçoit et imprime en 3D des produits ergonomiques, par exemple pour des sportifs. La poche de carabine du biathlète Martin Fourcade est notamment sortie de chez eux. Ou encore le fauteuil de handisport de Florian Jouanny, premier tétraplégique européen à terminer un triathlon Ironman. A côté, la société Carmat, ce cœur mécanique construit pour remplacer le cœur biologique, dévoile ses pulsations.

Notre usine n’a ni cheminée ni fuméePhilippe Klein, entreprise Sew-Usucome

Pour attirer, l’entreprise Sew-Usucome, qui produit des "motoréducteurs", des moteurs électriques couplés à des boites de vitesse, propose, elle, trois ateliers, à grands coups de robots et de casques de réalité augmentée. "On veut vraiment montrer que l’usine n’a plus rien à voir avec cette image de l’usine à la Zola, la référence du mineur et de la pénibilité au travail", dit, emballé, Philippe Klein, en charge de l’innovation. "Aujourd’hui, on a surtout besoin de l’intelligence de l’homme, pour faire évoluer ces machines. On peut s’éclater, le numérique est omniprésent, il y a de la robotique partout. Ce sont des équipes entières qui travaillent ensemble, ça fourmille, ça cogite, on essaie d’expérimenter !" D’ailleurs, précise-t-il avec malice, leur dernière usine, installée en Alsace, et labellisée "usine du futur", n’a "ni cheminée ni fumée". 


Plus loin, les deux pistes de pétanque, installées par Staübli, fabricant de robots, affichent un gros succès. Quel rapport avec l’usine ? "Les boules de pétanques ont été créées avec des robots", répond Thibault Soyer, son représentant. "On veut montrer que les domaines dans lesquels interviennent des robots est très large. 

Partout, de la couleur, du numérique, des casques 3D. Presque... de la douceur. Cette usine-là, extraordinaire, veut séduire. Faire rêver, donner envie. Parce qu’il y a un vrai enjeu : elle a besoin de main d'oeuvre. Et doit donc séduire ces quelques 10.000 scolaires qui vont venir d’ici dimanche, sans compter le grand public. Et pour draguer ces jeunes, l'ultra-ludique est de sortie, comme sur le stand de l'UIMM (Union des métiers de la métallurgie et de l'industrie). "On a un mur d'escalade, des casques 3D, des témoignages vidéos...", explique Christine Gallot, sa directrice de la communication. "Vous savez, les besoins en recrutement pour l’industrie sont de 250.000 par an, pour les 5 années à venir !" 


Et les métiers ont changé, avec l’industrie connectée. Fini le conducteur de ligne ou la maintenance à l'ancienne, le digital est désormais partout. "On travaille avec des tablettes, des outils numériques dont les jeunes savent parfaitement se servir", précise Christine Gallot. "La jeunesse a vraiment quelque chose à nous apporter, il faut qu’elle le sache !" Karim, un 3e, repose son casque de réalité virtuelle. Lui aussi, avant d’arriver, pensait "nuages noirs" en parlant d’usine. "Si c’est ça une usine, bon... Je ne m’attendais pas du tout à ça !" 

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> L'Usine extraordinaire, du 22 au 25 novembre, au Grand Palais, à Paris. Entrée gratuite. De 10 h à 18 h. inscriptions conseillées sur usineextraordinaire.com

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