Grèves : y aura-t-il un repas de Noël dans les cantines d’entreprise ?

Y aura-t-il un repas de Noël à Noël ?
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LA QUESTION - La saison du repas de Noël en entreprise est déjà commencée. Tradition bien ancrée, ce moment de convivialité et de retrouvailles connaît quelques perturbations liées à la grève. Au point d'être menacé ?

Le Noël des enfants, le pull moche de Noël, l’arbre de Noël du CE… Noël en entreprise, on l'aime ou on le subit, mais c'est un incontournable. Et en la matière, le repas de Noël est sans doute l’une des traditions les plus ancrées, pour laquelle les grands pontes de la restauration collective mettent les petits plats dans les grands. Cela se passe dans les 15 jours avant les vacances de fin d'année, et le repas est souvent calé un jeudi. Car le lundi et le vendredi, trop de salariés sont en RTT.

Pour ou contre ?

Côté pour, Fabien, 16 ans d’ancienneté dans sa grande tour de bureaux de l’Ouest de Paris, où le repas de Noël est prévu jeudi prochain. Chaque année, il attend particulièrement le moment. Ajoute du crédit sur sa carte, va consulter en amont le menu de fête sur l’intranet, et, le jour J, se pointe dès midi pour être dans les premiers à entamer le stock de foie gras au chutney de butternut. "C’est une super occasion de manger des bons produits, et c’est pas cher !", dit-il. Vivement jeudi. 

A l’inverse, Clarisse, qui déjeune dans un restaurant inter-entreprises, au-dessus de la porte de Clichy, déteste. "Je n’aime pas ces moments de convivialité forcée au boulot", raconte-t-elle. "Je n’ai pas besoin de cela pour partager des moments avec mes collègues et souvent, cela fait tout de même des repas bien plus chers." Sauf que cette année, heureuse surprise, Clarisse a plutôt apprécié le repas de fête, la semaine dernière : "Ce qui est bien, c’est que grâce à la grève, il n’y avait pas trop de monde, et que du coup, on a eu les restes le lendemain : j’ai pu profiter du sauté de sanglier à 4 euros au lieu de 8 la veille !" 

Elle ricane un peu de cet esprit de fête un brin téléguidé, mais l’air de rien, soulève un vrai problème : la restauration d’entreprise, avec les grèves, fait face à un vrai challenge : comment anticiper le nombre de repas, adapter au maximum pour éviter tout gaspillage, quand les effectifs sont parfois divisés par deux ?

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Comment la restauration a dû s'adapter

"On parle souvent de 1995, mais à l’époque, cela avait moins d’impact, car il n’y avait pas de RTT et de télétravail. Les effets ne sont donc pas les mêmes", raconte Corine Krief, directrice de la communication de Compass, un groupe qui sert les repas d’un demi-millier d’entreprises franciliennes. L'entreprise a dû s'adapter avec les grèves. Avant le 5 décembre, Compass avait demandé à ses clients d'évaluer le pourcentage de salariés qui seraient présents physiquement, puis avait affiné le chiffre en demandant à chaque consommateur, lors de son passage en caisse la semaine d'avant, s'il serait présent. 

L’offre est aussi moins variée, les menus plus simples depuis le début de la grève. Une porte-parole de Sodexo explique ainsi à l’AFP  "réduire le choix et adapter les menus avec des produits faciles à cuisiner, pouvant être préparés à la dernière minute, afin d'ajuster les quantités produites aux effectifs réels". "Là où nous proposons d'habitude six plats chauds, cinq entrées et cinq desserts, nous allons ramener l'offre à un choix de plat de viande ou de poisson, avec une entrée et un dessert", indique de son côté Frédéric Galliath, directeur général du marché entreprises chez Elior, qui sert chaque jour 110.000 repas dans 300 entreprises en Île-de-France.

On ne le fera pas sauter ! Le repas de Noël, dans une entreprise, c’est un vrai moment de cohésion- Corine Krief, de Compass

Et voilà qu’au milieu de toute cette gestion un brin tendue s'est profilé le sacro-saint repas de fin d'année. Peut-on vivre, en la matière, une trêve de Noël ? Pas sûr. Car si les opérateurs assurent le maintenir, il sera peut-être parfois … décalé. Corine Krief l’assure : "On ne le fera pas sauter ! Le repas de Noël, dans une entreprise, c’est un vrai moment de cohésion, de récompense, un moment où l’on souffle tous ensemble." Un moment particulier pour les employés, mais aussi les salariés de la restauration d'entreprise. "Nos repas sont assurés par des chefs cuisiniers, et pour eux aussi c’est la fête : ils sont contents de sortir du traditionnel repas délivré chaque jour. C’est un moment aussi important que celui que va vivre le convive. Et les convives sont plus sympas, ils sont détendus, et ce jour-là ils ont un peu plus de temps, il y a une atmosphère de pré-fête. C’est une tradition donc ce n’est pas possible de la rayer du calendrier."

Sauf qu’en ce moment, c’est compliqué. Pas tellement pour les produits et la fabrication - "Les livraisons sont toujours assurées et anticipées, il n’y a pas de problème d’approvisionnement", dit Corine Krief. "C’est juste qu’une grosse partie des convives ne sont pas là. Alors pour ne pas frustrer qui que ce soit, dans la mesure du possible, on reporte ces repas à janvier." Un report à la nouvelle année du repas de Noël… C’est la solution que semblent envisager la plupart de ces restaurateurs. "Ce repas de fête offre des produits haut de gamme qui coûtent cher: nous le reporterons à janvier, par exemple au moment de la galette des Rois", a ainsi déclaré à l’AFP Frédéric Galliath, d'Elior. 

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4 heures de marche pour venir travailler

Notons que ces problématiques sont essentiellement parisiennes. "C’est vraiment lié aux problèmes de circulation qui ont généré un mouvement de télétravail et une prise de RTT : Paris intra-muros, la Défense, là ou les accès sont très compliqués", analyse Corine Krief. Car Compass assure aussi le service d’un demi-millier de sociétés en région et là, tout se déroule sans problèmes. "En province, il y a eu le premier jour de la grève le 5 décembre, qui a occasionné une petite baisse de fréquentation ce jour-là. Mais par la suite il n'y a eu aucune complication : les gens prennent leur voiture pour aller travailler. Donc, en ce moment, les repas de Noël ont lieu en province."

D'autant qu'en Ile-de-France, les équipes mobilisées pour assurer les repas subissent elles aussi la grève des transports. Et si certaines mesures ont été mises en place pour les aider, comme du covoiturage, ce n'est pas toujours possible. "Dans ce cas, ils font comme tout le monde, ils prennent leurs 'jambes à deux mains'", raconte Corine Kief. "Nous avons des personnes chez nous qui marchent quatre heures par jour. C’est dur, d’autant que ce sont des personnes qui ont besoin de travailler. Mais il y a aussi beaucoup de solidarité." Ne pas oublier d'y penser quand on pestera, lors du fameux repas de Noel, contre cette queue qui n'avance pas, contre ce chef qui vous tend une assiette à moitié remplie, contre ce bœuf mariné qui a l'air trop cuit.  Peut-être le chef qui vous sert aura-t-il fait de longues heures de marche pour venir vous le servir.

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