IDÉES D’AILLEURS – Dans cette start-up britannique, il n'y a plus de bureaux... ni de managers

IDÉES D’AILLEURS – Dans cette start-up britannique, il n'y a plus de bureaux... ni de managers
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WORKING ABROAD - LCI explore dans cette rubrique les initiatives ou pratiques menées dans d’autres pays en matière d'organisation du travail. Des idées dont on pourrait s'inspirer, ou à l'inverse à bannir. Aujourd’hui, nous partons à la découverte d'une start-up britannique qui n’a plus de bureaux et des employés répartis à travers le monde.

A l’heure des problèmes de transport et du télétravail, voici une entreprise qui a pris de l’avance : chez Buffer, tous les salariés sont en "full-remote". Comprenez, en télétravail à 100%. Buffer est une application logicielle qui permet à ses utilisateurs de gérer leurs différents comptes sur les réseaux sociaux. La startup a été créée en 2010 par Joel Gascoigne (CEO) et Leo Widrich (COO) au Royaume-Uni, avant de s’installer brièvement à San Francisco. Aujourd'hui, Buffer emploie une petite centaine de personnes, réparties dans 15 pays. Car très rapidement, l’entreprise est passée en "full-remote" : plus aucun bureau. 

La start-up appelle cela une "équipe totalement distribuée", qui travaille éparpillée partout dans le monde. "Nous avons des coéquipiers sur presque tous les continents et à travers les fuseaux horaires du monde entier. Le soleil ne se couche jamais sur Buffer", se réjouissait ainsi en 2014 sur une note de blog le fondateur Joel Gascoigne, deux ans après la mise en place du "full-remote"

Ce que ça donne

Evidemment, cette entreprise éparpillée doit faire face à des défis : difficultés de management, organisation difficile des projets, collègues qui ne se "connaissent" pas vraiment… Mais, les avantages seraient largement à la hauteur des inconvénients. D’après Joel Gascoigne, les salariés sont "super-productifs", couvrent tous les fuseaux horaires, et disposent d’un grand niveau de liberté : le "full-remote" leur permet à la fois de partir pour Bali quelques jours s’ils en ont l’envie, mais aussi d’éviter des trajets trop long ou de passer plus de temps en famille. "Nous n'avons pas d'heures de travail et nous ne mesurons pas du tout les heures. Nous nous concentrons sur les résultats, l’équilibre et une productivité soutenue."

Les salariés n’ont pas d’horaires spécifiques. "Votre temps vous appartient vraiment, et j'essaie de l’optimiser dans mon intérêt", écrit ainsi un employé sur le blog de Buffer. "Cela m’arrive souvent de commencer à travailler à 4h30 parce que je me sens bien, puis je finis tôt. Je suis plus productif et j'ai plus de temps calme avant que le reste de mon équipe ne se réveille. Les jours où je sais que j'ai quelques appels le soir, je passe les premières heures de la journée à faire autre chose. La clé est de trouver cet équilibre, car la plupart du temps, personne ne vous dira que vous devez travailler de 9 heures à 17 heures."

Et tant qu’à faire, la start-up a aussi "aboli" les managers. Elle a revu son mode d’organisation, en passant d’équipes "de long terme et statiques" à des équipes "de court terme et plus fluides" : l’organisation évolue en fonction des besoins du moment, et du projet. Les employés sont libres de proposer, créer, ou participer à des "task forces" et ne sont plus définis par leur poste, car en participant à différents projets ils endossent des rôles différents. Il reste une hiérarchie, mais elle n’est pas associée à une ou quelques personnes seulement.

Des bémols ?

La dynamique, les habitudes et les flux de travail évoluent dans une organisation aussi distante. Si certains changements sont évidents, d'autres sont subtils : comment savoir si un coéquipier est bloqué dans son travail ? Comment le chef d'équipe connaît-il l'état actuel d'un projet?  Dans une entreprise classique, les réponses à ces questions se font autour d’un café, ou en marchant entre deux bureaux. A distance, certaines de ces communications plus informelles peuvent être perdues. Buffer a donc développé la "communication excessive par défaut" : chacun communique sur tout ce qu'il fait et ressent, que ce soit avec sa charge de travail, son équipe ou son calendrier. "Oui, cela a un impact sur notre temps, mais il est trop important pour la santé de l'organisation de faire des changements." L’entreprise utilise ainsi assidûment des outils de messagerie interne et une salle de conférence virtuelle. Et même pour les pauses entre collègues, Buffer a une sorte de machine à café virtuelle, à laquelle les coéquipiers peuvent se connecter pour combattre les sensations de solitude et d'isolement.

Mais la société crée aussi des moments de rencontre "dans la vraie vie", "pour créer des liens et s'amuser", via des retraites diverses, soit avec toute l’équipe, ou entre les différents secteurs de l'entreprise... Au programme à chaque fois, les équipes passent à la fois la semaine à travailler, tout en mixant avec des activités ludiques. 

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Alors, on s'y met ou pas ?

Joel Gascoigne y croit sincèrement : "La façon de fonctionner que nous avons mise en place sera très normale dans quelques années."

Les entreprises converties au télétravail à 100% sont encore peu nombreuses, mais le principe aurait tendance à se développer. En janvier 2018, le site remotive.io avait ainsi publié un document recensant les start-ups qui recrutent des "remote workers", des télétravailleurs. Il en décomptait 600 dans le monde, contre à peine 200 deux ans auparavant - la plupart de ces start-ups étant basées Outre-Atlantique, contre une quinzaine en France, et pas forcément venant d'organisations en "full-remote". En la matière, une des pionnières a été la société éditrice WordPress : en 2017, elle a fermé son siège à San Francisco, et basculé ses 550 salariés en télétravail.

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