Infidèle en amour, malhonnête au travail : un lien entre comportement professionnel et personnel ?

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LIEN - Une étude américaine, menée par plusieurs universitaires, montre une forte corrélation entre le fait de tromper son conjoint… et d’être malhonnête dans son travail.

Tromper son conjoint voudrait-il dire que vous êtes forcément malhonnête dans le cadre professionnel ? C’est la conclusion d’une étude universitaire un brin… provocante. Les chercheurs John Griffin, Samuel Kruger et Gonzalo Maturana, professeurs de finance à l'Université du Texas, à Austin, et à l'Université Emory, à Atlanta, se sont en effet penchés sur une corrélation entre l’adultère et la malhonnêteté dans le cadre professionnel. 

En effet, écrivent-ils dans leur étude, publiée mi-août sur Procedings of the national academy of sciences of the USA, l'importance des traits personnels pour prédire le comportement de quelqu'un dans un univers professionnel est un sujet étudié depuis longtemps en psychologie. En pratique, le problème se pose à chaque fois qu’un employeur, un électeur ou un décideur doit déduire le comportement professionnel d'une personne, en fonction de son comportement personnel. "Mais malgré son importance théorique et pratique, il existe peu de consensus académique sur cette question", indiquent les chercheurs. "Nous comblons ce vide avec des preuves établissant un lien entre l'infidélité dans la sphère privée et le comportement professionnel dans quatre contextes différents." 

Rencontres "discrètes"... et lien avec le travail

Pour poser cette conclusion, les chercheurs se sont penchés sur le cas des clients d’Ashley Madison, un site de rencontre réservé aux personnes mariées qui souhaitent avoir une relation ou des "rencontres discrètes". Les données sont normalement confidentielles, mais en 2015, un piratage informatique avait révélé les noms et les données personnelles de plus de 30 millions d’utilisateurs.

C’est donc sur cette base que les chercheurs ont examiné plus particulièrement quatre groupes d'utilisateurs, soit 11.000 courtiers, dirigeants d'entreprise ou encore policiers. "Les agents de police et les conseillers financiers qui utilisent le site sont beaucoup plus susceptibles d’avoir commis une faute professionnelle", constatent les chercheurs. "Les résultats sont similaires pour les membres de la Commission américaine des valeurs mobilières (SEC), accusés de crimes en col blanc. Et les entreprises dont les directeurs généraux ou les directeurs financiers utilisent le site web sont deux fois plus susceptibles d’avoir enfreint les codes de conduite professionnels."

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Tricher dans un contexte revient à tricher dans d'autres- John Griffin, chercheur

"Notre étude indique que tricher dans un contexte revient à tricher dans d'autres", conclut ainsi John Griffin, spécialiste des enquêtes sur les fraudes à Wall Street. Pendant longtemps, les considérations sur la vie personnelle des cadres et dirigeants étaient totalement exclues des conseils d’administration. Mais l'ère MeToo, le mouvement contre le harcèlement sexuel, a changé la donne : aux États-Unis, par exemple, des PDG ont été amenés à démissionner. Parmi d'autres, Leslie Moonves, patron de CBS, a été évincé de la chaîne à la suite d’allégations de harcèlement et de sévices sexuels ou encore Steve Wynn, patron des casinos Wynn Resorts, a dû démissionner de son poste de président des finances du Comité national républicain, à la suite d’accusation d’abus sexuels. La façon de se conduire dans la vie personnelle est ainsi devenue étroitement liée à la vie professionnelle. 

Mais le débat reste ouvert et deux camps s’affrontent. Ceux qui soutiennent que les "affaires" personnelles ne devraient pas affecter l’emploi de la personne. Et ceux qui estiment que le comportement des dirigeants peut contribuer à créer une culture d’entreprise favorisant le sexisme et le harcèlement sexuel. La réponse à ce débat revient, dans la littérature scientifique sur le sujet, à savoir si la conduite personnelle informe sur la conduite professionnelle. "Ce débat a lieu dans la pratique à chaque fois qu'un haut dirigeant ou un candidat à une haute fonction politique a été impliqué dans un scandale personnel", notent les chercheurs. "Les réactions du public varient en fonction de la situation et sont peu influencées, voire pas du tout, par des preuves empiriques".

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