Seniors, ils racontent leur fin de carrière (3/3) : "J'ai toujours été très investie, me faire virer a cassé la dynamique"

Seniors, ils racontent leur fin de carrière (3/3) : "J'ai toujours été très investie, me faire virer a cassé la dynamique"

TÉMOIGNAGES - Injonctions contradictoires ? Alors que les discussions s’engagent autour d’un report du départ à la retraite à 64 ans, beaucoup de seniors vivent des fins de carrières difficiles, licenciés, ou mis au placard. Pourquoi ? Comment changer les choses ? Trois d’entre eux nous racontent leurs parcours, et leurs suggestions.

Mis de côté. Effacés. Voire licenciés. A l'heure où le gouvernement envisage de maintenir l'âge légal de la retraite à 62 ans mais en créant un "âge pivot" - on évoque 64 ans - permettant de bénéficier d'une retraite à taux plein, les fins de carrière des seniors sont souvent chaotiques. 

Chaque jour, nous publions le témoignage d'un salarié en fin de parcours professionnel. Ils ont tous en commun d'avoir été passionnés par leur métier. De n'avoir pas vu arriver le couperet. Et d'avoir dû, chacun à sa façon, se réinventer, s'adapter. Ce qui est sûr, c'est que les histoires ne sont jamais toute tracées. Aujourd'hui, Marie, ancienne manageure dans l'informatique, licenciée à 54 ans. 

Un jour, elle m'invite au restaurant et me dit voilà, on veut que tu t’en ailles- Marie, ancienne manageure dans l'informatique

Marie a 60 ans. Elle est actuellement en CDD, jusqu'en mars. "J’aurais 60 ans et demi. Jamais je ne retrouverai de travail jusqu'à mes 62 ans", raconte-t-elle. Elle a mené une longue carrière dans une société de service en informatique (ESN), basée à Bordeaux. Elle y est restée 30 ans. "J’étais bien, j’ai eu une évolution de carrière intéressante. J’y suis rentrée comme ingénieur, et quand je suis partie, j’étais responsable d’un service : je m’occupais du management, des relations clients, je gérais des projets, des budgets." Et puis l’activité de l’agence a diminué. "Ils ont recruté en CDD un 'consultant en management de la transition sociale', une femme, qui était là pour virer un certain nombre de personnes", raconte Marie. "Un jour, elle m’a invitée au restaurant, et m’a dit 'voilà, on va te proposer une rupture conventionnelle, on veut que tu t’en ailles'. On savait qu’elle était là pour ça, mais malgré tout, c'est difficile à encaisser, sachant que jamais ma hiérarchie ne m’avait jamais parlé de cela." 

Les négociations ont été compliquées, ont duré 4 ou 5 mois. Marie est tombée malade. Elle a finalement quitté l’entreprise en 2013, à 54 ans. "Au total, une trentaine de personnes à différents niveaux ont été virées", raconte-t-elle. "Des jeunes embauchés, et, comme moi des managers assez âgés. Les plus jeunes ont rebondi assez facilement pour trouver du travail dans d’autres entreprise." Pour elle, ça a été plus compliqué. 

Je ne suis plus cadre, mon salaire a diminué de moitié, je n’ai plus aucune responsabilité- Marie, ancienne manageure dans l'informatique

Aujourd’hui, Marie s’interroge : "J’avais droit à trois ans de chômage. Je me suis dit  que j'avais le temps. Sauf qu’en fait, cela passe vite… " Elle commence par souffler un peu, quelques mois. "Cela avait été compliqué d’avaler le fait qu'on vous mette dehors au bout de 30 ans." Puis, elle se lance dans un bilan de compétences. "C’est peut-être là où j’ai fait une erreur. Mon bilan a fait ressortir une appétence pour les ressources humaines. J'ai creusé cette piste. Sauf qu’il faut quand même des diplômes, des formations, et il n’y a pas tant de places… Je me suis peut-être perdue un peu à ce moment-là, en essayant de réorienter ma carrière vers d’autres secteurs d’activité." Elle candidate, fait des stages en immersion, passe des entretiens. pas de réponse, ou on ne la rappelle pas. "Après c’est compliqué de savoir si vous ne trouvez pas parce que vous n’y mettez pas assez de cœur, parce que vous êtes une femme, ou parce que trop vieille", raconte Marie. "Quoi qu'il en soit, la confiance en soi en prend un coup."  

"Au bout de 15 ou 16 mois je me suis dit qu’il fallait faire différemment. Je suis passée par une association,  d’anciens professionnels, qui conseillent, forment. Et cela donne un rythme de travail, cela sort de chez soi." Au bout de trois ans, elle a fini par trouver un travail. En CDD, dans un secteur complètement différent. "Dans la distribution d’électricité… Je ne suis plus cadre, mon salaire a diminué de moitié, je n’ai plus aucune responsabilité. C’est très loin de ce que je faisais, mais j’arrivais en fin de droit, je n’avais plus vraiment le choix, il fallait que je travaille. Et je n’étais pas mécontente de trouver cela !"

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Passé 60 ans, je trouve que c’est compliqué, le travail. On a un peu envie de passer à autre chose- Marie, ancienne manageure dans l'informatique

Elle débarque dans cette entreprise semi-publique à 57 ans, beaucoup plus qualifiée que le reste de l'équipe. "Il y a eu un choc culturel, j’étais ingénieure, les collaborateurs se méfiaient… Mais petit à petit j’ai fait ma place, et pris du recul." Elle est aussi la plus vieille. "Il y a beaucoup de jeunes… ils viennent me voir pour me demander des conseils, aussi bien pour le boulot que pour le reste", raconte-t-elle. "Mais c’est vrai qu’il y a un décalage, en terme de formation, de passé, de préoccupations. Je ne partage pas grand-chose avec eux, hormis le travail, et du coup il y a des jours où le temps vous semble un peu long. "

Pourtant, elle est appréciée, s'est fait sa place. A montré ses compétences. Et même si son CDD se termine en mars, elle sait que son employeur souhaiterait la prolonger. Mais elle est partagée. "Passé 60 ans, je trouve que c’est compliqué, le travail. On a un peu envie de passer à autre chose. En vieillissant, on se dit que le temps nous est compté, on a envie de découvrir et de s'investir dans d'autres choses… 64 ans, je ne sais pas comment on peut tenir aussi longtemps." Entre les lignes, on entend que cette fin de parcours essoufflée aurait pu se passer différemment : "J'ai toujours été très investie dans mon  travail", redit Marie. "Le fait de m’être fait virer a un peu cassé la dynamique, et je me retrouve à faire un travail qui n’est pas ce que j’aime faire, ou je m’ennuie pas mal… Ce serait compliqué d'imaginer devoir aller jusqu'à 64 ans."

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