La culture du présentéisme bien ancrée en France : un salarié sur trois se sent jugé quand il part avant 18 heures

Open-space

ÉTUDE - Selon une enquête menée par Glassdoor, un Français sur trois n’ose pas quitter le bureau avant 18 heures, au point qu’un employé interrogé sur cinq avoue travailler sur des tâches personnelles pour faire passer le temps au bureau.

Le matin, cela passe par la petite remarque : "Dis donc, t'as vu l'heure ? Ce serait bien que tu fasses attention". Cela peut aussi être une blague : "9 h 30, dis donc, tu es en avance aujourd’hui !". Le soir, il y a le classique : "t'as pris ta demi-journée ?", appuyé du rire du collègue oscillant entre le reproche et l’envie. Parfois aussi, cela passe par d’infinies variantes. Les regards des collègues qui se croisent quand ils voient que vous éteignez votre ordinateur. le silence lourd et les yeux qui traînent sur l'horloge quand vous traversez l’open-space, votre casque sous le bras, signe que ce n’est pas pour aller vous en griller une mais bel et bien rentrer chez vous. Pour l'éviter, certains passent la fin de journée à préparer leur soirée, traîner sur internet. A 18 h, heure officiellement acceptable, le premier qui ose ramasser ses affaires donne souvent le signal du départ pour de nombreux autres.

C'est un fait, la culture du présentéisme est encore bien ancrée en France. Et fait même des ravages. Une enquête menée par le site de recherche d'emploi Glassdoor montre qu’une personne interrogée sur quatre (28%) se sent gênée d’être le ou la dernièr(e) arrivé(e) au bureau. 30 % des sondés estiment qu'il est mal vu de quitter le bureau avant 18 h. Et les salariés interrogés se sentent jugés, au point qu'un sur quatre (26%) admet être déjà resté au bureau sans être efficace,  juste pour être bien vu. "La culture managériale française valorise le présentéisme beaucoup plus que celle d’autres pays européens, comme le Danemark ou l’Allemagne", explique dans un communiqué Marie Mure-Ravaud,  experte de la communauté Glassdoor en France. "Les horaires à rallonge sont encore de mise en France, où les salariés sont encore nombreux à tenter de prouver leur motivation en arrivant tôt au bureau, et surtout en partant tard."

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Et si efficacité rimait plutôt avec liberté ?

Pourtant, les modes de travail changent, et devraient bousculer cette culture du présentéisme. Ainsi, le télétravail entre dans les mœurs : d’après une étude Ifop de 2019, il est désormais pratiqué par 29% des salariés du secteur privé, avec des réalités, il est vrai, très nuancées. Mais si les salariés en redemandent, certains semblent tout de même craindre que cela ne nuise à leur image et à leur carrière : un employé interrogé sur six (16%) pense qu’il est important d’être vu à son poste de travail par ses collègues et son manager.

Pourtant, et même si cela semble dur pour les employeurs de l’entendre, imposer des horaires fixes ne garantit pas de meilleures performances, bien au contraire. Un employé interrogé sur cinq (19%) avoue ainsi travailler sur des tâches personnelles pour faire passer le temps au bureau. Et à l’inverse, plus d’une personne sur quatre (27%) pense pouvoir être plus efficace si on lui donnait plus de liberté pour travailler à distance et si ses horaires étaient plus flexibles (26%). Au point d’ailleurs que 28% des sondés affirment pouvoir être tout aussi efficace en travaillant quatre jours par semaine, au lieu des cinq jours réglementaires. 

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Travail jusqu'à minuit : bientôt généralisé ?

Marie Mure-Ravaud voit cependant de nombreux indicateurs laissant penser que le présentéisme "entame son déclin en France" : télétravail, équipes éclatées géographiquement... "Dans ce contexte, la présence au bureau ne peut plus être un indicateur de motivation des collaborateurs", estime-t-elle. "Les entreprises doivent apprendre à évaluer leurs employés sur leurs résultats et comprendre que même s’ils ne sont pas sous leurs yeux, ils travaillent quand même, et souvent même mieux !" 

> L'enquête a été menée sur le site glassdoor.fr en recueillant les réponses de 766 utilisateurs basés en France à un questionnaire en ligne entre le 1er août 2019 et le 6 septembre 2019. 

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