"La dame de la caisse n'a pas voulu prendre le billet" : à la cantine d'entreprise, le coronavirus dans tous les esprits

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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

INQUIÉTUDE - Dans un contexte de prévention du coronavirus dans les entreprises, comment agissent les cantines, où souvent les salariés se pressent, tous ensemble, au même moment ? Des mesures particulières ont-elles été mises en place ? On fait le point.

Souvent, le gel hydroalcoolique est bien en évidence, à l’entrée du self. Certes, cela date souvent de 2010 et de la grippe H1N1. La nouveauté, en ces temps de coronavirus, c’est qu’un panneau informatif vient le compléter, rappelant à quel point il est impératif de se laver les mains avant de passer à table.

Alors que les entreprises multiplient en leur sein les mesures pour prévenir l’expansion du coronavirus –quatorzaine et télétravail, poignées de portes nettoyées trois fois par jour...-, que se passe-t-il dans les cantines de ces mêmes entreprises ? A bien y réfléchir, il s'agit en effet d'un lieu où tout le monde se rassemble en grande densité une fois par jour, se masse dans la file d’attente –parce que tout le monde descend à 13h -, s’entasse au "salad bar", patouillant joyeusement dans les bacs de légumes en s’échangeant des postillons entre deux plateaux. Bref, le lieu idéal d’échanges de fluides en tout genre. 

Tu sens que plus personne n’ose tousser, même si tu t’étrangles avec ton pain !- Clarisse, salariée à Saint-Ouen

Concrètement, les habitudes ont-elles changé ? Certains salariés ont vu la différence dans leur cantine, d’autres pas. Dans la société parisienne de Marine, gérée par le groupe Elior, depuis le début de la semaine, un employé est ainsi préposé à la distribution des couverts et des petits pains. Hier, nouvelle adaptation : fini les saladiers de légumes où tout le monde se servait. Désormais, tout est dans des portions solo, dans des pots en plastique. A l’inverse, Clarisse, qui déjeune tous les jours dans un restaurant multi-entreprises de Clichy exploité par Sodexo, n’a rien remarqué de spécial. "Il est vrai qu'en temps normal, les employés ont déjà tous des charlottes sur la tête", fait-elle remarquer, tout en notant "qu’il y a aussi pas mal de choses où l’on doit se servir soi-même". Elle s’amuse, tout de même, de l’ambiance : "On ne remarque pas de baisse de fréquentation. Mais tu sens que plus personne n’ose tousser, même si tu t’étrangles avec ton pain !"

En fait, chaque entreprise applique ses propres consignes dans la lignée des conseils du gouvernement. Mais, comme le rappelle Sodexo, en temps normal, la sécurité alimentaire est déjà la préoccupation première. "Les mesures d’hygiène et de sécurité sont drastiques, tout est très surveillé", indique le groupe à LCI. Port des masques obligatoires dans les cuisines centrales ; charlottes, chaussures et gants dans les restaurants... : les personnels se plient déjà aux consignes d’hygiène. Des directeurs ou responsables qualités sont présents sur chaque site, des contrôles menés perpétuellement. "Nous sommes très équipés et très organisés." 

Donc si l’épidémie met les services un peu plus sur les dents, la base est déjà là. Sodexo a par exemple lancé une hotline pour les 7.000 sites gérés par le prestataire. "Cela leur permet de répondre à toutes les questions des employés qui  peuvent avoir un cas de coronavirus chez eux, comment ils peuvent réagir…"  A cela s’ajoute une bonne communication en interne, via des notes, nombreuses et évolutives, sur les mesures du gouvernement et sur le plan de continuation d’activité de la société. "Nous faisons face à un double enjeu", rappelle-t-on. "Protéger non seulement les consommateurs, mais aussi nos propres employés."

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Etalement des plages horaires de services ou préparation de repas individualisés

Chez Elior aussi, on suit "scrupuleusement, depuis les premières alertes", les recommandations sanitaires des autorités sanitaires locales. Chaque jour avant la prise de poste, ces recommandations font l’objet de communications répétées aux équipes dans le cadre de points santé/sécurité. Une ligne téléphonique interne pour les collaborateurs a également été ouverte. Là encore, l'hygiène est au coeur des préoccupations : le groupe rappelle qu'existe un Plan de maîtrise sanitaire (PMS) "extrêmement encadré et suivi", vérifié chaque jour : utilisation des bactéricides pour les plonges, stockage de la vaisselle renversée et recouverte pour éviter les pollutions, manipulations de vaisselle et couverts avec le port du gant hygiène ou encore traitement des surfaces de travail au produit bactéricide.

Mais Elior entend aussi répondre aux inquiétudes des clients, s'il y en a. "Nous leur proposons notamment la mise en œuvre de dispositions spécifiques, comme par exemple l’étalement des plages horaires de services ou la préparation de repas individualisés", indique le groupe à LCI. Sont aussi proposés, au choix du client, le service individuel du pain et des couverts par le personnel de restauration, le dressage à l’assiette de produits d’habitude en libre-service, le fait que les tickets de caisse soient déposés sur les plateaux  ou encore la recommandation de décaler l’heure du déjeuner afin d’éviter un engorgement aux heures de pointe en élargissant la plage horaire pour moins de promiscuité en salle de distribution et en salle à manger.

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Si cela aura appris aux gens à se laver les mains, on aura déjà gagné ça !- Marine, salariée dans un grand groupe

Pour rappel, dans ses recommandations sanitaires aux entreprises, le gouvernement demande de distinguer deux situations : "Lorsque les contacts sont brefs, les mesures 'barrières', disponibles et actualisées sur le site du gouvernement, notamment celles ayant trait au lavage très régulier des mains, permettent de préserver la santé de vos collaborateurs et celle de votre entourage". Lorsque les contacts sont prolongés et proches, "il y a lieu pour les postes de travail en contact avec le public de compléter les mesures "barrières" par exemple par l’installation d’une zone de courtoisie d’un mètre, par le nettoyage des surfaces avec un produit approprié, ainsi que par le lavage fréquent des mains."

En attendant, nombreux sont les salariés qui sourient d'une sorte de deux poids deux mesures dans cette ambiance un peu "bizarre" : "Parfois, c’est un peu n’importe quoi", soupire Marine. "Par exemple, hier, la dame de la caisse n’a pas voulu prendre le billet que lui donnait une collègue. Celle-ci a dû le mettre elle-même dans la caisse". D'autres préfèrent ne voir que le positif. Ainsi, cette employée à la caisse a le sourire aux lèvres : depuis le début de semaine, le groupe a mis en télétravail tous les salariés qui le pouvaient. Cela se ressent sur la fréquentation du restaurant, à moitié vide à une heure d'ordinaire de pointe. "Au moins, nous, cela nous fait un peu souffler !", glisse-t-elle en rigolant. Et Marine voit dans tout ça un mal pour un bien : "Au moins, si cela aura appris aux gens à se laver les mains, on aura déjà gagné ça !"

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