La santé psychologique des salariés : l'angle mort de ce confinement

La santé psychologique des salariés : l'angle mort de ce confinement
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PSYCHO - Le cabinet Empreinte humaine publie la deuxième vague de son baromètre sur la santé psychologique des salariés en confinement. Les résultats restent alarmants, et "confirment que la prévention des risques psychosociaux est dans l’angle mort de la crise sanitaire".

Ça ne va pas mieux et c’est même bien pire. La deuxième vague du baromètre mené par le cabinet Empreinte humaine, sur la santé psychologique des salariés en période de confinement, confirme que la situation continue de se dégrader, pour quasiment toutes les catégories de salariés : 62% des salariés sondés ressentent de la fatigue liée au confinement et 47% sont en situation de détresse psychologique, en hausse de trois points par rapport à la première vague du baromètre, le 8 avril avril. 

Certains sont plus touchés. Parmi les différentes catégories de salariés étudiées, la santé psychologique des femmes, des managers et des télétravailleurs se détériore substantiellement avec 28% de détresse psychologique élevée (+6) pour les femmes ; 30% pour les managers (+10), 46% pour les managers de managers (+10) et 21% pour les  télétravailleurs (+6).

Ces indicateurs qui se dégradent ne sont pas "bon signe" pour la sortie de confinement, estime Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine. "Les dirigeants d’entreprise sont conscients que la santé psychologique de leurs salariés constitue un actif important de leur entreprise. Le déconfinement ne va pas faire disparaître ce vécu. Au contraire, le stress lié au déconfinement devrait exacerber l’état psychologique des salariés."

 Jean-Pierre Brun, co-fondateur du cabinet, abonde : "Ces résultats confirment une tendance observée dans de plus en plus d’études scientifiques internationales, certaines personnes peuvent mieux prendre leurs marques, mais la durée du confinement est en elle-même un facteur de risque", estime l'expert. "Le déconfinement peut paraître libérateur pour certains et source de stress pour d’autres, il sera important de prendre en compte ce vécu pour développer de la résilience organisationnelle et individuelle".

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Pas de répit, plus de travail

Les raisons de cet état psychologique dégradé des salariés sont assez claires : 51% ont le sentiment de ne pas avoir de moment de répit, 58% des salariés trouvent que les journées de travail sont plus longues qu’avant le confinement. Cette surcharge de travail est un facteur de risque. 53% d’entre eux déclarnte qu’on leur demande plus de travail pour compenser la perte d’activité, et sont 32% en "détresse élevée". L’anticipation d’un rattrapage du retard lié à la perte d’activité est un facteur supplémentaire. "Le travail bousculé, non anticipé voire morcelé donne le sentiment d’un manque de répit. Résultats : de plus en plus de salariés expriment le sentiment de ne plus pouvoir faire un travail de qualité dont ils peuvent être fiers ou se reconnaître. La question de la perte de sens peut émerger. Si la situation perdure, il y a de grandes chances que le nombre d’arrêts maladie explose", insiste Christophe Nguyen. 

 

Pour réussir le déconfinement, l’action des entreprises sera primordiale pour le bien-être et l’engagement des salariés. C’est en tout cas ce qu’attendent les salariés sondés : pour 66,4% d’entre eux, la façon dont l’entreprise se préoccupe de leur bien-être conditionnera leur engagement au travail lors du déconfinement. "C’est donc un enjeu crucial pour les entreprises et une attente des salariés", estime l'étude. 

Une obligation pour les entreprises

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Juridiquement, les entreprises vont de toute façon devoir se pencher sur cet aspect des choses, d'autant, soulignent les deux associés, qu'un récent arrêt de justice a mis en lumière la responsabilité des entreprises en matière d’évaluation des risques psychosociaux dans le cadre des mesures Covid19. "Les entreprises ne pourront pas invoquer le cas de force majeure, celles qui n’auront pas été à la hauteur en matière de prévention des risques psychosociaux verront potentiellement leur responsabilité mise en cause et les contentieux autour du préjudice d’anxiété risquent de se multiplier si rien n’est fait", assurent-ils.

Certains points sont d'ores et déjà positifs : 45% des salariés sondés déclarent que la direction s'engage dans la prévention du stress et 43% disent que tous les niveaux hiérarchiques sont impliqués. Environ 4 salariés sur 10 estiment qu’il y a un bon niveau de communication/information. "Ces indicateurs ont tendance à être en hausse, c’est encourageant mais pas encore suffisant", analyse le cabinet.  Car dans le détail des chiffres, les salariés estiment surtout avoir du soutien de leur collègues pour 77% d'entre eux, devant leur N+1 (67%), la direction (64%) et enfin la  DRH (56%).  "On constate  moins de détresse psychologique des salariés  quand il y a du soutien des N+1 et des collègues", conclut Christophe Nguyen. "La prévention des risques psychosociaux en entreprise doit clairement s’organiser autour de ces objectifs."

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