Le parano, l’hypocondriaque, le bon élève... les sept profils de salariés face au coronavirus

Le parano, l’hypocondriaque, le bon élève... les sept profils de salariés face au coronavirus
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PSYCHO - Au travail, le coronavirus nourrit désormais la majeure partie des conversations à la machine à café. Face à l'épidémie, vous le voyez, les réactions diffèrent et plusieurs profils se dessinent parmi vos collègues. On en a identifié sept.

C’est officiel : l’épidémie de coronavirus occupe désormais toutes les conversations autour de la machine à café. Le contexte s’y prête : à l’entrée, parce que désormais on ne badge plus avec le doigt ; près de l'ascenseur, parce que des distributeurs de gel ont été collés au mur ; en entrant dans l'open space, puisque tout le monde évite de se faire la bise ou de se serrer la main... 

Face à cela, vous le constatez : personne ne réagit de la même façon. Il y a celui qui est détendu, qui tient volontiers la porte à ceux qui ne veulent pas y mettre les mains, et murmure dans les coins que "bon, si on doit l’avoir, on l’aura malgré tout, non ?". Celle qui, sans honte, reconnaît avoir cédé totalement à la psychose, et ne comprend pas pourquoi l’école de ses enfants n’est toujours pas fermée, regarde d’un air louche les passagers du métro, et se lamente sur sa vie chamboulée pour les six prochains mois. 

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Sept grands profils de réaction

Le psychiatre Antoine Pelissolo nous le rappelait la semaine dernière : nous ne sommes pas tous égaux face au virus et notamment, face à la peur et l’anxiété. "Dans la nature humaine, il y a de grandes différences de sensibilité aux émotions, ce qui veut dire qu'on ne perçoit pas tous le danger de la même façon et qu'on n'y répond pas de la même manière. 

La peur n'est d'ailleurs pas toujours négative. Dans le monde animal, rester sur ses gardes permet de rester plus longtemps en vie . 

Parmi nous, vous l'avez sans doute constaté ces derniers jours : des profils très différents. Et nos réactions dépendent notamment de la constitution de chacun, de l'histoire personnelle, de l'éducation, des événements traumatiques vécus". 

Chacun peut basculer d’une case à l’autre. Mais pour le plaisir, et même si chacun peut changer d'un jour à l'autre, tentons de délimiter de grands profils de réaction face au coronavirus en entreprise.

Le bon élève

C’est ce salarié qui sort désormais son petit mouchoir pour ouvrir les portes, qu’il jette à la poubelle en arrivant à son bureau. Alors que les entreprises déploient des mesures préventives à tout-va, nombreux sont ceux qui suivent scrupuleusement la règle. A l'image de Philippe, ingénieur, qui détaille en réponse à notre appel Facebook les mesures mise en place dans son groupe : "Plus de contact entre employés et clients, désinfection journalière des poignées de portes, sièges, comptoir...Des précautions simples et efficaces pour nous protéger." De Julien aussi, qui raconte l’annulation de déplacements, de formations externes, l’accumulation des consignes d'hygiène, le passage à des serviettes individuelles plutôt que des rouleaux pour s'essuyer les mains... Et se dit tout à fait prêt à se soumettre à "ces consignes somme toute similaires à beaucoup d'autres, et pas tant handicapantes que cela pour ceux qui n'ont pas à faire de déplacements professionnels".

Le prévoyant

Normalement, à cette époque de l'année, les vacances sont bookées jusqu'à l'été, les destinations choisies, les Airbnb réservés. Sauf que là, c'est la cata, tellement tout est changeant. Pas le choix : ces salariés-là ont déjà envisagé toutes les conséquences de la crise, sur les six mois à venir, vacances comprises. Et du coup, c'est plutôt l'attentisme qui prévaut.

Anna, salariée dans une grande entreprise parisienne, avait ainsi prévu cet été d'emmener sa famille en Croatie. Le jour où elle allait réserver ses places au comité d'entreprise, les premières alertes sont tombées. Du coup, elle attend. Car, sinon, rien ne sera remboursé, et il est impossible de se projeter, de savoir si dans quelques mois des liaisons aériennes seront rétablies. Impossible aussi de savoir si leurs finances permettront un grand voyage. Car si Anna est salariée, son conjoint a sa boîte, dans l'événementiel. Et en ce moment, les annulations pleuvent. "Bref, on attend", dit-elle philosophe.

Le parano

Ce salarié a, par nature, un petit tempérament d’hypocondriaque. L’arrivée du coronavirus a été la pichenette qui fait qu’il a pu se laisser aller à son anxiété sans plus aucune retenue. Comme Marie, qui le glisse sous forme d’une blague à son collègue en réunion : "Hé Maxime, on n’est pas obligés de se coller, hein !" La même Marie qui il y a 10 jours a raflé les stocks de gel hydro-alcoolique et de gouttes d’huiles essentielles, et qui ne tient plus la porte des toilettes quand elle va se laver les mains 15 fois par jour.

Il y a aussi ceux comme Arlette, qui trouvent que les mesures prises ne sont pas suffisantes, et voudraient aller toujours plus loin, parfois jusqu'à l'absurde. Sous notre appel Facebook, Arlette s’inquiète ainsi de la situation des Ehpad, où résident ses deux parents. "Les visites interdites c’est très bien, mais le personnel vient de l’extérieur, a de jeunes enfants, prend les transports en commun… Comment peut-on dire qu’on protège nos aînés ?", glisse-t-elle. Ce à quoi lui répond une aide-soignante en Ehpad, qui se lave les mains, porte des gants, utilise la solution après chaque passage en chambre : "Oui, mais si le personnel ne vient pas au travail, les résidents ne sont pas pris en charge... " (sic)

Le "parano", seulement sur les réseaux sociaux

Il y a ce collègue qui n’est pas causant dans la vraie vie, fuit les contacts dans l’open-space. En revanche, vous découvrez que son profil Twitter est devenu un bulletin de suivi de l’épidémie, qu'il retweete les consignes d’hygiène du gouvernement, fait le décompte des jours d’épidémie, et raconte désormais par le menu tous ses trajets en métro. Ce monsieur qui a éternué, celui-ci qui a reniflé. Et scande haut et fort sur Twitter, ce qu'il n'a sans doute pas osé dire dans la rame : "Peut-on demander aux gens de se discipliner et d’arrêter de tousser sur les autres dans le métro ? Franchement, ça rend dingue !" Du coup, il finit par donner lui même ses consignes d'hygiène : "On n’oublie pas, on se lave les mains, on éternue dans son coude, on se lave les mains, on utilise un mouchoir à usage unique, on se lave les mains, on porte un masque si on est malade et on se lave les mains !" 

D'ailleurs, dans la vraie vie, il milite pour qu'on lui accorde le télétravail, qui lui permettrait de ne plus subir ce "nid à microbes" du métro. Mais son patron, qui a peur que les salariés, loin des yeux, soient aussi loin du travail, le lui refuse. pour l'instant.

Le résistant

Il y a aussi ce salariés, qui regarde, avec un brin d’effarement, l’avalanche de mesures qui lui tombe peu à peu sur les épaules. Et comme le sujet devient sensible, que même les plus résistants cèdent, peu à peu, à l'inquiétude, – "allons donc , ce n’est tout de même pas qu’une simple grippe" -, c’est dans les coins, par des coups d’yeux ou des gestes, qu’ils reconnaissent ceux qui sont des leurs. Et peuvent discuter de cette "réaction disproportionnée", cette "folie médiatique", ou plus simplement ce "grand n’importe quoi". Comme Pauline, qui détaille les mesures mises en place dans sa boîte avec un haussement d’épaule fataliste : "Pas de réunion à plus de huit, et quand il y en a, une place sur deux occupée, possibilité de décaler les horaires… Je trouve cela un peu démesuré par rapport à ce qu’il se passe dans le reste de la vie, où l’on sort, on est tous entassés dans le métro".  Ou Henri, qui constate que oui, des gels hydroalcooliques ont été installés à peu près partout dans le bâtiment, mais qu'à la cantine,  on ne sait pourquoi, les employés n'ont ni masque, ni gants, ni charlotte... Quelle logique dans tout cela ?

L'opportuniste

On l’a bien compris, la solution au coronavirus est le télétravail. Les experts du marketing et attachés de communication semblent eux aussi l’avoir bien compris. Regardez vos mails. Est-ce que d’un coup, vous ne recevez pas un paquet d’offres tournant autour du télétravail, pour vous vendre telle nouvelle école de développeurs qui ouvre à Vierzon, telle étude sur les conséquences de la digitalisation du travail, cette invitation pour un "coaching digital en entreprise", cette publicité pour cette plateforme d'intérim qui offre des téléconsultations à tous ses collaborateurs intérimaires, ou encore les cinq conseils de cette société experte en cyber sécurité "pour travailler de chez soi en toute sécurité", et cette plateforme d’experts du monde du travail qui fournit des conseils sur mesures aux salariés en difficulté.

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Le positif

Est-il indifférent ? Égoïste ? En tout cas, celui-ci surnage plutôt au-dessus de ce marasme, continue à discuter avec son commerçant de quartier, regarde sans comprendre la file d’attente à la pharmacie… et voit les avantages de cette crise sanitaire au bureau. Agnès travaille dans un grand groupe parisien d’un bon millier de personnes. Depuis une semaine, pour tous ceux pour qui c'était possible, le télétravail a été mis en place. Résultat, pour ceux qui restent, c'est plus calme. "Au moins, même aux heures de pointe à la cantine, on n'est plus entassés les uns sur les autres, on respire !" Même chose sur la route du retour : "Depuis lundi, j'ai la sensation que la circulation est plus fluide, qu'il n'y a personne sur les routes. Tout le monde est-il en télétravail ?"

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