Le tatouage au travail : est-ce encore un problème (ou est-ce même devenu un atout )?

Le tatouage au travail : est-ce encore un problème (ou est-ce même devenu un atout )?

open-space
DirectLCI
TENDANCE - Le tatouage est devenu à la mode, au point qu’aujourd’hui, 20% de la population française est tatouée. Le monde du travail s’est-il adapté ? On fait le point.

C’est presque un pléonasme que de le dire : le tatouage est à la mode. Une mode qui dure depuis maintenant une dizaine d’années et continue à s’étendre. D’après les dernières études, 20% de la population française est tatouée, contre 14% en 2016. "Tout le monde a un tatoué dans son entourage. J’ai même tatoué un ministre !", s'exclame Tin-tin, célèbre tatoueur et président du Syndicat national des artistes tatoueurs. 


Avant d'être une mode, le tatouage était un symbole. Une marque de différence. Plutôt réservé à des minorités, il véhiculait un côté grunge, marginal, rock ou prison, ou était réservé à certains corps de métiers, les marins, militaires. Bref, le tatouage, avant, sentait le souffre, la "rebellitude". En quelques années, tout a changé.  


Désormais, toutes les catégories socioprofessionnelles se tatouent, rappelle une étude Ifop pour la Croix, menée en septembre. Les ouvriers sont les plus représentés (38% de tatoués). Mais les cadres et professions libérales ont, eux aussi, cédé à la tendance (19% de tatoués). Forcément, la question se pose :alors qu'un Français sur cinq est tatoué,  est-ce toujours, dans le monde ultra-formaté de l'entreprise, matière à discrimination ?  

Cela n'a pas été un obstacleCorinne

Les témoignages recueillis par LCI laissent à penser que le tatouage a perdu de son impact... dramatique. Lisa travaille dans le commerce, a des tatouages et des piercings. Cela n'a jamais posé problème à sa hiérarchie, et suscite, plutôt même, la curiosité : "Des clients me pose des questions. Je leur explique la signification de certains tatouages et leur partage ma passion." Loris, en poste dans l’aéronautique, a tatoué son pectoral, son épaule et l'intérieur d'un bras. "Mes chefs s'en fichent un peu. Ils font parfois quelques blagues dessus, mais ça s'arrête là", dit-il. 


Corinne, enfin, a longtemps voulu dissuader son fils de 23 ans de se tatouer les bras, de peur que ce ne soit un frein pour son avenir d'ingénieur. "Cela n'a pas été un obstacle. La preuve, on lui parle d'un CDI dans le groupe où il effectue son stage... Les mentalités évoluent et c'est très bien ainsi."

En vidéo

Tatouages : comment éviter les complications de santé ?

On ne réduit pas la personne à ses tatouages. Dans certains domaines, c'est même un plusCharlotte Rosier, consultante en image

Charlotte Rosier, consultante en image et fondatrice de l'agence Mademoiselle Charlotte, a la même analyse : "Il est évident que l'ouverture d’esprit aujourd’hui sur le sujet n’a rien à voir avec avant", explique-t-elle à LCI. "On ne réduit pas la personne à ses tatouages. Dans certains domaines, c'est même un plus", avance-t-elle. Certains postes dans la restauration, les domaines de créativité comme la pub, la comm’, ou l'événementiel sont ainsi particulièrement ouverts. "Le tatouage, c'est quelque chose qui va dire de la personne : 'Moi je suis dans la tendance du moment.  Donc je vais avoir les bons contacts, je vais écouter la bonne musique'", résume-t-elle. "Cela véhicule aussi l'idée de dire ' je suis complètement impliqué, investi, donc passionné parce que je suis allé  jusqu’à me faire tatouer la peau'". 


Dans certains jobs, donc, cela "fait partie du truc". Au point que cette intervenante en entreprise a d'ailleurs souvent droit à des questions de recruteurs sur l'impact, en terme d'image pour leur boîte, de recruter tel ou tel candidat tatoué. "Des établissements, tels que restaurants, bars, clubs, boutiques de fringues ou magasins éphémères recrutent sans doute aussi là-dessus, parce que ça leur donne une signature, un petit côté underground, rebelle." "C’est devenu cool pour plein de boulots", assure aussi de son côté Tin-tin.

On m'a dit que cela ne faisait pas professionnel ni sérieuxMarie, infirmière

Le tatouage est-il pour autant totalement entré dans les moeurs ? Certains salariés confessent tout de même de vrais problèmes. Marie, infirmière, percée et tatouée visible -bras et cou- affirme par exemple avoir été victime de discrimination : "En général, je n'ai pas de souci, mais j'en ai eu lors de mon entrée dans un hôpital public", nous raconte-t-elle. "Pas avec la DRH, mais avec une cadre de service qui m'a demandé d'enlever mon piercing et m'a dit que les tatouages ne faisaient ni professionnel ni sérieux." Marie a refusé et évoque "harcèlement moral, évaluations sans queue ni queue ni tête et surtout accusations horribles sur (son) travail." Elle a "tenu" quatre mois avant de démissionner. 


Pour Tin-tin, ce genre de cas problématique relèverait néanmoins plutôt du particulier. Néanmoins, il est vrai que, dans certains secteurs, le tatouage se doit d'être plus... discret : politique, banque d'affaire, avocats. "Dans ces domaines d'activité, on attend de la structure, de la rigueur, un code coloriel assez neutre", analyse Charlotte Rosier. Tin-tin complète : "Dans les métiers de présentation, de représentation ou d’excellence, cela va être également mal vu si vous avez des tatouages sur les mains. C’est logique. C’est juste qu’il y a une règle qui répond à certains corps de métiers." 

En vidéo

Le tatouage, un "suicide social" ? Les avertissements d'un célèbre tatoueur

Faire preuve de discernement

Reste que là encore, la tendance est à la décontraction. En témoigne l'évolution des règlements intérieurs de certaines entreprises, auparavant particulièrement rigides. Comme Air France, qui exige une "tenue soignée", mais demande juste à ses salariés de cacher leurs tatouages visibles. Autre profession symbolique : depuis janvier dernier, la police nationale autorise le port des tatouages, ce qui était avant interdit par le règlement.


Quoi qu'il en soit, même si le tatouage est donc moins "dramatique" qu'avant, il convient néanmoins de faire preuve de discernement avant de s'afficher avec un bras tatoué. Car la consultante en image rappelle l'importance de la première impression : "En entretien, on est d’abord vu, ensuite entendu, et enfin compris. Et c'est là qu'il faut faire attention : la vision que la personne a eu de nous vient donner une tonalité à tout ce qu’on peut raconter derrière. Tout dépendra donc du discours, du comportement qu'on a avec." Exemple, si vous postulez pour être juriste dans un très chic cabinet, autant attendre qu'ils vous connaissent un peu avant d'afficher votre avant-bras tatoué...

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter