"Dans la durée, on a besoin de se voir" : 7 enseignements pour les salariés et entreprises un mois après le début de la grève

"Dans la durée, on a besoin de se voir" : 7 enseignements pour les salariés et entreprises un mois après le début de la grève
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Les grèves contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron

TRANSPORT - La grève des transports en commun a débuté le 5 décembre dernier. Massive, elle a engendré une nécessaire adaptation des entreprises et des salariés. Quelles leçons ou enseignements en tirer un peu plus d'un mois après le début du mouvement ?

Oui, cela fait déjà un mois. Un mois, certes, entrecoupé pour certains de vacances, mais un mois, tout de même. Et, pour chaque salarié francilien, chaque jour, une organisation de travail qui se redéfinit pratiquement chaque matin, en fonction des lignes ouvertes, de la crèche fermée, de la cantine qui s’arrête etc. Et quand l’organisation prévue pour durer deux jours s’étale sur tout un mois, cela donne quoi ? Eléments de réponse. 

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A l’image de Jon, contrôleur de gestion dans une société qui commercialise des DVD, les grèves ont été l’occasion pour beaucoup de salariés de découvrir le télétravail. A haute dose. Lui habite dans le 18e, ses bureaux sont à Suresnes. Une heure de transport par jour. "Avec les grèves, nous avons eu beaucoup plus recours au télétravail", raconte-t-il. "Nous y avions déjà droit avant mais cela était très ponctuel." Le gros avantage qu’il voit, d'emblée, ce sont les réunions. "D'habitude, cela tourne en "discussion de comptoir au bistrot" et c’est souvent inaudible", raconte Jon. "Avec le télétravail, les participants se sont mis à beaucoup plus les préparer, avec un ordre du jour envoyé à l'avance, un powerpoint pour le déroulé de la réunion… Par ailleurs, durant la réunion, les participants ne coupent plus la parole, les points de vue sont entendus rapidement et clairement, les décisions sont prises rapidement." Il cite, à titre d'exemple, une réunion qui habituellement durait 2 heures, qui a été effectuée en 1 heure, avec la moitié des participants en télétravail. 

Jon pointe un autre avantage au télétravail : "On est moins perturbé et plus concentré que lorsque l'on est en openspace. C’est une impression que j’ai partagée avec tous mes collègues", note-t-il. "On abat aussi plus de boulot, peut-être par peur que notre manager croit que l'on se tourne les pouces."

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Sandrine est assistante de service dans une grande entreprise. Elle organise les déplacements des salariés, leur prépare des dossiers. Un poste en liaison constante avec les collègues, et donc, a priori, pas vraiment compatible avec le télétravail. Mais pendant la grève, son entreprise a fait un geste. Elle a donc testé, pour la première fois, le télétravail. A 8h30, elle était donc chez elle, bien droite, derrière son ordinateur, le téléphone à portée de main, avec un renvoi de sa ligne fixe. Elle a d’ailleurs bien fait  car son supérieur, l’a appelé en visioconférence, dès 9 h... Sandrine en rigole encore : 'J'étais prête à travailler, mais j’étais un peu en mode "saut du lit", pas maquillée, presque en pyjama, je n’étais pas très à l’aise avec le côté vidéo !" 

Mais Sandrine a bien géré, toute la journée, les demandes des uns et des autres. Au point que certains collègues, qu’elle a retrouvé le soir lors d’un dîner de Noël, n’avaient pas réalisé qu’elle n’était pas sur place, quand ils l’avaient contactée. Peut-être ces échappées, un peu poussées par les circonstances, permettront d’ouvrir de nouveaux droits, dans les entreprises ? A voir.

> Enseignement n°3 : Plus souple l'entreprise sera, plus le salarié s’investira ? 

Peut-être. En tout cas, l'inverse - être trop rigide - peut démotiver les collaborateurs. Hervé, qui travaille dans une grande entreprise porte de Saint-Cloud, a un peu en travers de la gorge le fait que son manager, un peu inquiété de voir les équipes présentes physiquement réduites à cause du télétravail, l’a limité à ceux qui prenaient les transports en commun. Lui, qui vient en voiture,  a donc écopé des bouchons, même en horaires plus ou moins décalés. "Et c’est usant", raconte-t-il. "On arrive au bureau, on en a déjà plein les pattes, dans un état d’énervement qui fait qu’on est usé avant même de commencer à travailler. D’ailleurs on n'a pas envie de travailler. J'aurais apprécié que mon manager m'accorde un jour de télétravail de temps en temps, comme les autres. C'est une sorte de reconnaissance." 

Chez Cadremploi, site de recrutement dédié aux cadres, Lise Ferret, la DRH, a constaté qu'il valait mieux être souple. Quitte à ce qu’ensuite, les salariés ou employeurs constatent d’eux-mêmes les limites du télétravail. "Le fait de l’avoir ouvert, même pour des métiers pour lesquels ce n’était pas ouvert comme les télévendeurs, a permis de rassurer les collaborateurs assez vite. Cela a montré qu’on était souple, que l’organisation du collaborateur devait être privilégiée", raconte-t-elle à LCI. "Et au final, les salariés ont été assez responsables : on a eu un gros engagement, on a été agréablement surpris de la mobilisation et de la capacité des uns et des autres à s’organiser."

Il faut se préparer

> Enseignement n°4 : A distance, la (bonne) communication ne se décrète pas 

Parfois cependant, des salariés qui se sont mis par la force des choses en télétravail, se sont sentis un peu seuls, oubliés, derrière leur ordinateur par leur manager, lui-même sans doute dépassé par la gestion de toute cette équipe virtuelle. Ophélie, journaliste, envoyait ainsi tous les matins, une listes des sujets sur lesquels elle comptait se pencher. "Parfois, il se passait une heure, ou deux, sans que j’ai de retour. Même chose quand je validais un article, et que j’attendais un retour", raconte-t-elle. "Mes mails restaient sans réponse, de même que les messages que j’envoyais dans les groupes de messagerie interne. Cela me mettait en situation d’attente, et c’était frustrant, car j’avais l’impression de perdre mon temps. Avec une réponse ou une indication, j’aurai pu faire autre chose, mais du coup, j’étais bloquée derrière mon ordinateur, à attendre… "  Comme elle, beaucoup de structures ont sans doute déployé le télétravail sans vraiment de préparation ni de process.  Parfois aussi, ce sont les logiciels qui rament, rendant parfois les manipulations longues et compliquées. Nicolas, comme ça, a alterné des journées de télétravail, et d’autres, où il préférait prendre sa voiture, affronter les bouchons, pour être sur place, bien équipé. 

De l'idée d'être souple

> Enseignement n°5 : Besoin de tes collègues, tu as ! (Si, si)

Evidemment, le télétravail, on l’a vu, offre de multiples avantages. Mais a aussi montré ses limites. Jon, le contrôleur de gestion, a aussi ajusté son rythme : "Alors oui, on est plus efficace, mais les journées paraissent plus longues et on se sent un peu déprimé tout seul chez soi à la fin de la journée. Donc le télétravail, c'est bien, mais pas plus de 3 jours." Au sentiment d’isolement, s’ajoutait le fait qu’il n’était pas forcément correctement équipé pour travailler confortablement. "Je travaille sur des gros fichiers Excel, c'est plus facile avec plusieurs écrans. Travailler sur le petit écran de son ordinateur portable, c'est pénible et fatiguant. Le télétravail dépanne, mais sur la durée, on a besoin de voir les gens. On ne peut pas tout faire à distance.", estime-t-il. "C'est d'autant plus vrai pour les rendez-vous commerciaux et les négociations annuelles qui ont commencées et se terminent fin février. Les effets de la grève se ressentent déjà sur les ventes, surtout que la période de fin d'année est importante pour nous. Et nous enchaînons avec la deuxième période importante de l'année… les soldes."

> Enseignement n°6 : Des horaires, tu réaménageras si nécessaire 

Dans d’autres entreprises, le télétravail n’est vraiment pas possible. La fille d’Ingrid, qui habite à Mantes-la-Jolie, travaille ainsi en alternance dans une chocolaterie à Poissy. "Il n’y a eu aucune compréhension de la part des patrons", s'indigne Ingrid. "Donc au lieu de partir à 8 h 45 pour 9 h 30 elle part à 7 h 30 et ne rentre pas avant 21 h-21 h 30. Et si son patron ne la laisse pas partir à l’heure, elle doit attendre 1 h 30 le transilien d’après. Parfois, quand il n’y avait plus de transports, on a fait 60 km aller-retour en voiture pour aller la chercher". La maman, inquiète de la grande fatigue de sa fille, a fini par en parler au patron. Qui a accepté de la laisser partir pour avoir le train de 19h34. A Paris, d'autres enseignes, que ce soient des chaînes comme Zara ou Mango, ou des petits commerces de proximité, certains musées ont adapté les horaires, et fermé plus tôt, afin que les employés, habitant souvent en banlieue, puisse arriver chez eux à une heure décente. 

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Grève dans les transports : une aubaine pour les solutions alternatives

> Enseignement n°7 : D'autres méthodes de travail, comme le coworking, tu testeras 

Le 5 décembre, certaines sociétés, comme Carrevolutis, société de solution de recrutement située à Boulogne-Billancourt, ont proposé aux salariés qui le voulaient, de travailler dans des cafés coworking près de chez eux, plutôt que faire le trajet. Et en effet, les entreprises de bureaux partagés, ont profité de la grève pour tenter de se faire mieux connaître. Le géant IWG (Regus, Spaces, HQ et Stop & Work) offrait ainsi le 5 décembre une journée gratuite d'utilisation de ses 120 espaces de co-working. La start-up Néo-Nomade a elle aussi proposé une première journée offerte, sur ses 300 sites de la région Île-de-France, et rend l'offre valable sur toute la durée des mouvements sociaux. D'après le Parisien, la start-up s'attendait à une augmentation de 120 % à 130 % de son volume d'activité. Le site Wojo, 200 adresses, s'est lui associé à la RATP, pour offrir un mois de coworking gratuit à partir du 5 décembre, puis "3 mois au prix du ticket de métro".

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