"Le travail sur écran, c’est une catastrophe" : comment lutter contre les douleurs au bureau ?

Open-space

AÏE, AÏE, AÏE - Dans le cadre de Preventica, le salon sur la santé et la sécurité au travail qui se tient à Paris cette semaine, Yannick Benet, ostéopathe et directeur d’Ostéo Entreprise, s'est penché sur le mal du siècle : les douleurs créées par le travail assis et sur ordinateur.

Vous travaillez en open-space. Assis sur une chaise. En grande majorité sur un écran. A priori, pourquoi parler de douleur ? Et pourtant… "Le travail sur écran consiste à être  assis sur une chaise. On a donc longtemps pensé qu'on ne faisait pas d’efforts physiques. Sauf que c’est une catastrophe. Tout le monde a mal au dos, à la nuque..."

A l’occasion du salon Preventica sur la santé et la sécurité au travail, qui se tient porte de Versailles à Paris jusqu’au jeudi 23 mai, Yannick Benet, ostéopathe et directeur de Neo Forma, qui intervient en entreprise, fait un point sur le mal du siècle : les troubles musculo-squelettiques. Intervenant en entreprise, il connait les souffrances du travailleur 2.0. "Aujourd’hui, nous avons énormément de demandes liées au travail sur écran. C’est une vraie problématique", constate-t-il.  

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Huit heures par jour sur un ordinateur

Les faits sont, il est vrai, confondants : "Savez-vous combien nous passons d’heures par jour en moyenne sur un écran ?", questionne Yannick Benet. "Huit heures sur un ordinateur ! Et en ajoutant le téléphone portable, c'est trois heures de plus. Nous arrivons en France à un stade où nous passons autant de temps sur un écran qu’à dormir. Au total, cela représente entre 24 et 28 ans assis devant un ordinateur." 

Et cela n’est pas sans impact sur la santé physique. D'après les différentes études sur le sujet, huit Français sur 10 se plaignent ainsi de douleurs. Mais comment les expliquer alors qu'il n'y a aucun effort physique ? "Nous avons longtemps pensé qu'il s'agissait d'une question de posture. Il a été recommandé de s’asseoir correctement, avec des angles de 90 degrés entre les genoux, les coudes… ", explique Yannick Benet. "Mais le problème provient surtout du fait de ne pas bouger. Or cela cause de gros problèmes de circulation du sang."

C’est comme si l’on portait un colis toute la journée- Yannick Benet, directeur d'Ostéo Entreprise

Et les maux qui en résultent sont multiples. D’un côté, les désormais bien connus troubles musculo-squelettiques (TMS) qui s'échelonnent le long du corps. En premier lieu, les cervicalgies, au niveau du cou. Liées à l'écran mal réglé, elles concernent "70% des consultations en entreprise". Le mal est en plein essor, accentué par des pratiques comme le home-office ou le flex-office où le salarié travaille sur son ordinateur portable. "C’est un vrai problème car le portable n’est pas fait pour travailler toute la journée", rappelle l'ostéopathe. "C’est flagrant lorsqu’on observe la posture : la tête en avant, les épaules enroulées vers l’avant, penchées sur le petit écran". Cela occasionne notamment maux de tête ou picotements dans les bras.

Le dos est également touché : en haut, avec la dorsalgie due à cette position enroulée ; en bas, avec la lombalgie. "Debout, le dos est creusé. Assis, il se bombe", explique l’ostéopathe. "C’est la même posture que si l’on porte un colis toute la journée."  Sévit aussi la tendinite du coude, un mal très répandu chez les "cliqueurs fous" et joueurs en ligne : il est dû à l’usage de la souris, qui active des muscles situés au niveau du coude. 

Un impact jusqu'à la digestion !

Le travail sur écran a d’autres impacts moins visibles : il fatigue les yeux, ou encore -et c’est moins connu- cause des troubles digestifs. "La digestion est en partie activée par le diaphragme. Ce muscle, en se gonflant et rétractant, permet de digérer". Or, en position assise, il est bloqué et compresse le foie et l’estomac. Cela empêche donc une bonne digestion. "Voilà pourquoi au bureau beaucoup se retrouvent avec des ballonnements ou de la constipation. Un conseil : marcher 10 minutes après le repas pour que le diaphragme puisse bien fonctionner."

Toutes ces douleurs du travailleur sur ordinateur sont difficiles à chiffrer, car toutes ne sont pas reconnues comme maladies professionnelles. "Les chiffres sont donc un peu faussés. Nous pouvons seulement en mesurer l'impact en terme d’arrêt maladie", indique Yannick Benet. D’après les données officielles, les TMS, qui composent 80% des maladies professionnelles, constituent entre 8 et 10 millions de journées perdues chaque année pour incapacité temporaire de travail. Avec un coût qui se chiffre en milliards d'euros pour les entreprises.

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Quelle posture idéale ?

Comment agir ? D’abord, existent quelques gestes simples, en terme de position. Le haut de l’écran doit être à hauteur des yeux car la vue et plongeante. Cette posture permet de ne pas peser sur la nuque. "Sur un siège, on règle la hauteur. Les accoudoirs et le dossier doivent être débloqués. Il faut aussi régler la tension du dossier pour qu’il gagne en résistance", précise Yannick Benet. Mais, selon lui, il n’existe pas de bonne position de travail. Ou plutôt, chaque position, aussi bonne soit-elle, devient mauvaise dès lors qu’elle nous rend totalement statique. "Il faut en fait bouger en permanence, varier sa posture, pour ne pas bloquer la circulation du sang. Dans l’idéal, il faudrait travailler entre deux et quatre heures par jour debout."

Evidemment, la base reste d’avoir un bureau adapté. Quelques solutions simples existent en matière d’ergonomie du poste de travail. "Aujourd’hui, le modèle du poste de travail doit être dynamique", avance Yannick Benet, qui détaille quelques supports : un bureau assis-debout, un vrai support d’ordinateur fixe, tel qu’un bras articulé, mais aussi portable, des supports d’écriture pour les salariés qui effectuent beaucoup de saisie ou encore un repose-pieds dynamique.

Agir sur l’installation, c’est bien, mais la sensibilisation des collaborateurs est indispensable. "L’ergonomie est quelque chose d’hyper individuel. Se contenter de faire passer un flyer avec quelques règles au salarié, n’est pas suffisant. L’idéal est de passer sur tous les postes de travail." Enfin, tout cela ne marchera pas sans une bonne hygiène de vie. "Ce n’est pas juste un siège qui va résoudre tous les problèmes, il faut une prise en charge globale", insiste l’ostéopathe. "L’hygiène de vie, l’équilibre alimentaire, sont des étapes clés. C’est parfois de toutes petites choses, comme par exemple, bien s’hydrater. La principale cause de tendinite est la déshydratation."

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