Les salariés devaient marcher sur du verre pilé : un manager licencié après un team-building trop extrême

Un manager a été licencié pour un team-building un peu trop extrême.
Open-space

DROIT - Dans un arrêt rendu le 23 octobre dernier, la Cour de cassation justifie le licenciement d’un manager qui avait organisé un team-building pour le moins… extrême : l’une des épreuves consistait à marcher sur du verre pilé.

On le sait, le team-building a la cote. On lui prête de multiples atouts, comme celui de favoriser l’esprit d’équipe ou le dépassement de soi. Mais l’histoire arrivée à ce manager illustre aussi les dérives potentielles d'une telle activité, présentée comme un moment ludique mais auquel les salariés sont parfois obligés de participer.

L’histoire se passe donc en décembre 2014. Monsieur I..., directeur du programme "management solutions'' au sein d’une grande entreprise française, a organisé pour son équipe en Allemagne un team-building, élaboré par un prestataire. La dernière épreuve, relatée dans un arrêt de la Cour de cassation rendu le 23 octobre dernier, consistait à "casser tour à tour une bouteille en verre enroulée dans une serviette à l'aide d'un marteau, à déposer le verre brisé sur un morceau de tissu étendu au sol" avant de "faire quelques pas sur le verre ainsi brisé pieds nus". Tous les participants s’exécutent, sauf l’un d’entre eux, qui "serait sorti de la salle en larmes, puis raccompagné par la facilitatrice serait revenu et aurait été contraint d'expliquer au groupe qu'il avait décidé de ne pas marcher sur les morceaux de verre". Le salarié précisera par la suite avoir refusé de participer à cette activité "au motif qu’il est porteur d’une pathologie". 

Lire aussi

Volontaires, mais sous pression

A son retour à Paris, le salarié alerte le médecin du travail et lui raconte avoir "très mal vécu" cette activité. Il avertit aussi le RH, au motif qu'une telle pratique comporte selon lui des dangers pour la santé physique et mentale des salariés, comme la transmission d'agents infectieux pathogènes par le sang, mais aussi l'anxiété des personnes et le risque d'ostracisation par le groupe. Le RH contacte alors le manager en question, et une enquête est ouverte au sein du service. Des entretiens individuels menés auprès des salariés "révèlent le malaise des participants", et le "mal-être du salarié" contraint de venir justifier devant tout le monde pourquoi il ne participait pas. Ce salarié indique pour sa part "avoir fortement réagi émotionnellement à raison de son isolement craignant les représailles de son manager sur son bonus annuel". C'est d'ailleurs cette "gêne" et cette "tension" qui ressortent dans les témoignages. Une des participantes raconte ainsi que si l’activité était basée sur le volontariat, "certains ont estimé devoir être obligés de participer sous la pression du groupe et qu'il était évident qu'il y avait des risques de coupures". 

L’employeur a licencié le manager en charge du team-building pour faute grave, en février 2015, un an après les faits. Celui-ci a saisi les juges : il estimait n’avoir fait que suivre les instructions en organisant ce team-building avec l’aide d’un prestataire référencé par son entreprise. Selon lui, "l'employeur qui exige du salarié qu'il supervise une activité à risque ne peut lui reprocher la réalisation de ce risque dans le cadre de cette activité organisée dans les conditions qu’il a imposées".

Voir aussi

En vidéo

Les stages de "team-building" se démocratisent en France

Mais la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de l'ex-manager. Dans son arrêt, elle rappelle en effet que si la pratique de stages comportant "certains risques" destinés à inviter les cadres de haut niveau à "se surpasser et à assurer la cohésion du groupe est devenue la norme", il n'en reste pas moins qu'ils font partie intégrante de l'activité professionnelle protégée par les dispositions de l'article L. 4122-1 du code du travail, qui stipule notamment que chaque manager doit prendre soin de la santé et la sécurité de ses collaborateurs. Et en l’occurrence, en n'intervenant pas pendant le stage pour "préserver l'intégrité physique et psychique des collaborateurs", il était donc bien en faute.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter