Les salariés français auraient-ils peur de leur médecin du travail ?

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SANTÉ - En cas de douleurs liées au travail, la grande majorité des actifs préfèrent consulter leur médecin traitant plutôt que le médecin du travail, révèle une étude menée par l'institut Odexa pour le SEST (Service aux Entreprises pour la Santé au Travail).

Ce sont des experts dans leur domaine. Ils sont là pour ça. Et pourtant, les salariés français semblent s’en défier. Les médecins du travail seraient-ils des mal-aimés ? C’est ce que semble montrer les résultats d’un sondage Odoxa réalisé pour le SEST (Service aux entreprises pour la santé au travail) à l’occasion de la 5e édition des Lauriers de la prévention,  qui se déroule le 13 juin à Paris. 

La médecine du travail est en effet une spécialité médicale qui a pour but d’éviter toute dégradation de la santé des travailleurs du fait de leur travail. Elle a pour rôle de surveiller les conditions d’hygiène sur le lieu de travail, de prévenir les risques, mais aussi de suivre l’état de santé des travailleurs et jouer un rôle de conseil pour l’employeur et les employés. Mais si le terme "médecine du travail" est familier pour les actifs, le rôle de ce service ne semble pas bien connu.

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Et pour preuve, faire appel à un médecin du travail est loin d’être un réflexe pour les salariés : même en cas de problème de santé lié au travail, ils sont 82% à s'adresser à leur médecin traitant plutôt qu’au médecin de travail, alors même que ces derniers sont donc des experts des situations professionnelles pathogènes, et eux aussi soumis au secret médical. En résumé, le médecin du travail n’est pas spontanément "celui à qui l’on parle".

Comment l’expliquer ? Interrogés sur ce que la médecine du travail leur évoque, une large majorité des sondés la considère davantage comme un service de contrôle des conditions de travail (59%) que de conseils aux entreprises et aux salariés (40%). Cette perception est encore plus forte chez les ouvriers, les plus touchés par les TMS (troubles musculo-squelettiques), puisque les deux tiers d’entre eux (65%) la perçoivent comme un service de contrôle. Seuls les cadres considèrent en majorité (53%) la médecine du travail comme un service de conseil. 

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6 actifs sur 10 atteints de troubles musculo-squelettiques

Les conséquences de cette méconnaissance sont bien réelles : alors que l’étude atteste d’une "situation critique, sinon alarmante" des troubles musculo-squelettiques, qui concernent 6 actifs sur 10, seuls 58% des sondés estiment être bien informés sur les bons gestes et mesures préventives à adopter. Par ailleurs, ce sont "seulement" 55% des personnes interrogées qui s'estiment bien informées sur les risques auxquels ils sont exposés (TMS, risques psycho-sociaux) dans le cadre de leur travail, et 56% sur la santé au travail en général. Et ce, alors que l’absentéisme lié à la santé au travail a un fort impact économique pour les entreprises. 

"Ces résultats nous confortent dans la conviction que nous avons un rôle important à jouer en termes de pédagogie", commente Hervé Rabec, directeur général du SEST. "Expliquer le rôle et la palette des interventions des services de santé au travail et changer le regard sur la prévention des risques professionnels en entreprise constituent un de nos grands enjeux".

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