"Nous aussi, on aimerait profiter de nos dimanches !" : le travail dominical, raconté par ceux qui le pratiquent

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TÉMOIGNAGES – Alors que le débat récurrent sur l’ouverture des magasins le dimanche, et donc sur le travail dominical et ses conditions, a rebondi cette semaine avec le licenciement d'une caissière du Cora de St-Malo, LCI a voulu demander leur avis aux salariés. Ceux qui travaillent le dimanche. Ceux qui sont directement concernés.

Elle était employée depuis 18 ans. Elle a refusé de travailler le dimanche. Elle a été licenciée. Depuis quelques jours, le cas de cette salariée de Cora à Saint-Malo a relancé le débat sur le travail dominical. Chacun y va de son analyse sur la hausse du chiffre d’affaires engendrée par ces ouvertures de magasins et sur la liberté du consommateur. Rarement, cependant, est demandé l’avis des personnes amenées à travailler ce jour-là, sauf pour invoquer le fait que c’est un moyen de gagner davantage d’argent. Mais est-ce suffisant ? Que pensent-elles vraiment ? Et dans les faits, sont-elles si libres que cela d’accepter ou non ?  

LCI vous a demandé de témoigner. Preuve que le sujet agite, sous notre appel, se sont vite accumulés des centaines de commentaires refaisant le débat. Leur débat.

Quels impacts sur la vie personnelle ?

Premier constat : en matière de travailleurs du dimanche, la réalité est toute en nuance. On trouve notamment le salarié du petit commerce de bouche, qui ouvre systématiquement le dimanche matin devant une longue file d'attente ; celui du gros établissement situé en "Zone touristique internationale", dont les employeurs peuvent désormais ouvrir 7 jours sur 7, ou encore celui dont la profession l’exige, comme les hôpitaux, les maternités, les transports, la culture ou les médias. 

Marc,  la quarantaine, est journaliste en presse écrite, dans l’Ouest de la France. Depuis ses débuts  il travaille un dimanche sur deux. Il n’a pas le choix et n’est pas payé plus. "Cela m’a valu de rater le mariage d'un cousin, des week-ends entre amis, les 90 ans de ma grand-mère", se rappelle-t-il. "Cela écourte aussi les soirées du samedi car on bosse tôt le lendemain". Passionné par son métier, cela ne lui a pas pesé, au début. Aujourd’hui, il a un enfant, un peu plus d’expérience et perçoit davantage le coût pour sa vie personnelle. "Je savais que c’était le cas. Je l’ai choisi. Mais je trouve que le débat national sur le travail dominical omet un peu trop les contraintes sur la vie du salarié et le fait que c’est rarement une envie."

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20 euros le dimanche en plus sur mon salaire, la blague !- Elodie, ancienne directrice adjointe dans une grande enseigne

Travailler plus, pour gagner (un peu) plus. L'argument financier est souvent évoqué. Mais à quel prix ? C’est ce qu’a constaté Elodie, 12 ans dans le commerce et directrice adjointe dans une grande enseigne, 40 heures hebdo pour 1.500 euros. Elle vient de quitter son poste : "Il y a deux ans, il m’a été imposé de travailler les dimanches." Alors oui, elle est payée plus ce jour-là - "20 euros en plus sur mon salaire, la blague !". Mais elle a aussi -et surtout- deux enfants en bas âge. "Je ne les voyais plus car je n’étais plus disponible le samedi et le dimanche, prise de 10 heures à 20 heures". Un sacrifice, qui, selon elle, ne se justifie pas : "Au niveau du chiffre d’affaires, le dimanche ne sert à rien pour un magasin comme le mien : il perd de d’argent puisque qu’on paie davantage les employés. La fréquentation est aléatoire : s’il pleut ou s’il fait beau, les clients ne viennent pas s’enfermer dans les magasins ! Donc à part gâcher la vie privée des employés, à quoi sert le travail dominical ?", demande-t-elle.

Cindy, 28 ans, qui travaille dans une poissonnerie dans le nord Cotentin, agite les mêmes questions : "Je travaille les dimanches. Mais je suis contre. Cela pénalise ma vie de famille et tous mes repas. Malheureusement, il faut faire des concessions, nous n'avons pas le choix." Car tout de même, elle admet que la fréquentation est plus importante  qu’en semaine. "Mais les gens qui viennent le dimanche sont la plupart du temps des retraités, qui ont toute la semaine pour le faire. Nous aussi, on aimerait profiter de nos dimanches. Si on échangeait les rôles, je ne sais pas si beaucoup travailleraient le dimanche", dit-elle.

Pas de pression ?

Si, comme le résume Jean-Philippe, "travailler un dimanche doit être basé uniquement sur le volontariat sans aucune pression ni sanctions", dans les faits, il est parfois difficile de refuser. Martine se rappelle : "Nous étions une dizaine à refuser de travailler un 14 juillet. Nous avons été convoqués par la direction. Elle nous a expliqué qu’en cas de refus, la porte était grande ouverte. Donc nous sommes allés travailler. Et, en plus, nous avons été planifiés en nocturne, jusqu’à 22 heures… ". Emilie, hôtesse de caisse chez un gros de l'électro-ménager ouvert sept jours sur sept, raconte : "Certes, c’est basé sur le volontariat. Mais comme nous sommes une toute petite équipe, on se sent un peu contraint d’accepter. Alors oui, nous sommes payés plus. Mais pour ma part, cela ne vaut pas le temps perdu avec enfants et mari qui, eux, ont leurs week-ends. Et quand je suis en repos dans la semaine, ils sont au boulot et à l’école. C’est le lot de beaucoup de  gens de nos jours".

Quel sens derrière cela ? Marie, qui travaille à l’hôpital, savait dès son embauche qu'elle travaillerait les dimanches et jours fériés : "Cela ne me posait pas de souci, même si effectivement, je préférerais être avec ma famille", admet-elle. "Mais en revanche, est-il vraiment nécessaire que tous les commerces soient maintenant ouverts tous les dimanches ? Clairement  non ! J’ai deux boulots et je trouve tout de même le temps d'effectuer mes courses en semaine. Pour moi, c’est simplement pousser les gens à la surconsommation !".

Le dimanche, allez-vous promener au lieu d’aller dans les magasins !- Gildas

Car le dimanche reste, pour beaucoup,  un jour à part. "C’est un jour consacré à la famille, aux amis, aux rencontres, aux activités communes !", assène Jean-Philippe. "C’est le jour de détente pour les gens qui travaillent. Il y a un temps pour le travail et un temps pour le repos. Il ne faut pas tout mélanger", martèle Monique.  Certains travailleurs en appellent d'ailleurs à la prise de conscience, voire à la solidarité des consommateurs. "Les commerçants travaillent déjà les samedis. A quel moment passer du temps avec nos enfants et nos familles si les dimanches deviennent obligatoires ?", questionne Amandine. 

 Alzira, justement, veut agir, avec ses moyens : "Cela fait des années que je ne mets pas les pieds dans une grande surface le dimanche ni les jours fériés. Et je vous assure que personne n'est mort de faim à la maison ! Je me dis que si moi j'aime profiter de ma famille et amis le dimanche, les autres personnes doivent apprécier aussi. Pourtant, je travaille du lundi au samedi. Mais le dimanche, c'est pour la famille." Gildas abonde : "Le dimanche, allez-vous promener au lieu d’aller dans les magasins ! Moi j’achète tout le samedi et chez les petits commerçants".

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