"Osez !" : pour encourager les autres femmes à se lancer, ces entrepreneures racontent leur combat

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TÉMOIGNAGES - Pour lutter contre les barrières mentales et structurelles qui bloquent les femmes dans leur envie d’entreprendre, la Maison Veuve Clicquot organisait mardi une journée dédiée aux femmes entrepreneures. L'idée est de mettre en avant les "Role Models" et "Role Makers", des femmes qui peuvent inspirer celles qui ont envie de se lancer mais n'osent pas.

Pour rêver, il faut être inspiré. Avoir des modèles. Et pour que les petites filles puissent rêver d’être un jour, peut-être patronne, il faut qu’elles sachent que cela existe. Qu’elles aient des modèles. C’est l’esprit de la journée organisée mardi par la Maison Veuve Clicquot : impulser de l’énergie pour donner le courage, la force et l’envie de passer à l’acte. Bref, montrer qu'il faut croire en ses rêves et "y aller".


Le premier Baromètre dédié à la perception de la société sur l’entrepreneuriat et les femmes, lancé par La Maison Veuve Clicquot le rappelle : les barrières mentales et structurelles sont bien là, bloquant les femmes dans leur envie d’entreprendre. En France, 53% des femmes considèrent ainsi que les risques pris ne valent pas les avantages qu’apporte la réussite (48% pour les hommes). Résultat : seulement 28% de femmes (contre 39% d’hommes) veulent devenir entrepreneures. Pourtant, l’envie est là : elles accordent plus d’importance que les hommes au fait d’être son propre patron (72% contre 65%).


La Maison Veuve Clicquot a donc invité des "role makers", des femmes qui aident, forment, accompagnent et inspirent les femmes qui les entourent. Avec l'idée de mettre en lumière des parcours réussis de femmes qui ont entrepris. En voici quatre.

Le leadership passe par la parole. Nous avons formé les femmes à prendre la paroleHélène Boulet-Supau, cofondatrice de Sarenza

L’entrepreneuse ? Hélène Boulet-Supau, cofondatrice de Sarenza, site de vente de chaussures en ligne. De 2007 à 2019, elle a mené une "révolution féministe" : dans son entreprise, 68% des salariés managers sont des femmes et le comité de direction compte 5 femmes sur 6. "J’ai toujours revendiqué d’être féministe et n’admet pas la moindre inégalité dans l’entreprise".


Ses actions ? "Nous travaillons notamment sur la posture des femmes par rapport au leadership et à la parole. Aujourd'hui encore, on apprend aux petites filles à se taire, sur le mode 'sois belle et tais-toi". Et cela se voit en entreprise : quand l’assemblée est mixte, les hommes posent les questions, pas les femmes. Or le leadership passe par la parole. Nous avons donc formé les femmes à prendre la parole en public, en axant sur les "minorateurs" qu'elles utilisent trop souvent comme "J’ai juste une petite idée à vous dire". Or i faut dire "J’ai une idée importante à vous dire !". Sinon, personne ne vous écoute.

C’est très angoissant de se lancer dans un domaine où il n’y a pas de précurseursAmandine Gay, réalisatrice et auteure de "Ouvrir la voix"

L’entrepreneuse ? Amandine Gay, comédienne, réalisatrice et auteure de Ouvrir la voix, un documentaire donnant la parole aux femmes noires de France. 

Comment cela a-t-il commencé ? "Plutôt par nécessité que par amour du risque. J’ai monté ma boîte de production puis de diffusion car personne ne voulait produire mon film ni le diffuser. Une vraie aventure : avec mon conjoint, nous avons 45.000 euros de notre poche. J’ai perdu 8 années de vie, j’ai pris 20 kilos ! Mais aujourd’hui, je suis ravie car le film marche et un deuxième est en route".

Des conseils ? "Mes principaux obstacles ont été l'absence d'un réseau, de mentorat et de transmission. Aujourd’hui, en France, il y a deux productrices noires dans le monde du cinéma. Il n’y a donc personne vers qui se tourner pour obtenir des conseils. Or c’est très angoissant de se lancer dans un domaine où il n’y a pas de précurseurs. J'ai aussi été confrontée au problème des capitaux : sans réseau, il est difficile d'en lever. Je me suis donc inscrite dans des réseaux et j’ai appris. Mais j’ai effectué des études, notamment Sciences po. Une jeune femme noire de 25 ans, issue d’un milieu populaire, saura-t-elle quel chemin prendre pour faire une école de cinéma ?" 

Peut-être qu'il faut en passer par une posture très provocatrice pour exister, je l'assumeValérie Furcajg, fondatrice de Kolett

L’entrepreneuse ? Valérie Furcajg, fondatrice de Kolett, une application de VTC dédiée aux femmes.

Comment cela a-t-il commencé ? "Il fallait que je reprenne une activité. J’avais été cadre dans une entreprise puis mère au foyer. Je voulais alors devenir chauffer Uber, pour choisir mes horaires. Mais tout le monde me disait que c’était un problème d’être une femme dans un  milieu masculin à 95%. Il a fallu que je crée les conditions qui me permettent de travailler sereinement." 

Des obstacles ? "Une chose  m’a interpellée quand j’ai créé Kolett : c’est à quel point nous, les femmes, portons en nous certaines normes et les reproduisons. Ma belle-mère - avec qui je m'entends très bien ! - me disait : "Dans un avion, si je sais que c’est une femme aux commandes, je descends. Dans une voiture, je n’ose même pas imaginer les remarques que tu auras !" Quand j’ai lancé le site, une émotion est d'ailleurs née autour de cette non-mixité, d’autant que j’avais adopté une posture très provocatrice pour exister. Je l’assume. Il faut peut-être en passer par là".

Des conseils ? "Je suis assez pessimiste sur les pratiques du monde de l’entreprise. J'y ai vu des choses pas très justes liées au fait d’être une femme ou d’être noire. Et je n’ai pas trouvé d’autre solution que de partir. Quand je suis revenue de congé mat’, par exemple, j'ai découvert que les gens que je manageais avaient été augmentés et étaient mieux payés que moi. Je l’ai vécu comme quelque chose de très cruel. J’ai compris qu’il fallait que j’aille me battre. Mais cela nécessite une prise de conscience des discriminations et des stéréotypes. Je ne sais pas si nous en sommes encore là."

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Osez ! Au pire des cas, vous vous plantez, mais vous vous relèverez toujoursJulie Réjean, fondatrice de CoWomen

L’entrepreneuse ? Julie Réjean, fondatrice de CoWomen, un réseau de femmes entrepreneures.

Comment cela a-t-il commencé ? "J’ai travaillé au sein de grands groupes. A 29 ans, j’ai switché. Tout le monde me disait que je faisais une crise de la trentaine. J'ai effectué des missions de freelance consulting, notamment dans la mode. J’ai expérimenté toutes les turbulences de l’entreprenariat, les victoires comme les échecs. Surtout, j’ai rencontré beaucoup de femmes talentueuses, avec un savoir-faire et l’envie de le partager. En 2016, j’ai lancé un groupe d’entraide sur Facebook. Il regroupe aujourd’hui 1.200 entrepreneures. Nous avons aussi organisé des petits déjeuners de rencontres entre femmes, des 'Workshops' qui donnent des outils pour travailler sur la confiance en soi, la levée de fonds, les accompagnements."

Son conseil ? "Osez. Au pire des cas, vous vous plantez, mais vous vous relèverez toujours. J’insiste aussi sur l’importance de la transmission : les rencontres et l'échange sont nécessaires."

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