"Peur de représailles", "pas le choix"... Vous nous avez raconté pourquoi vous continuez de travailler quand vous êtes malade

"Peur de représailles", "pas le choix"... Vous nous avez raconté pourquoi vous continuez de travailler quand vous êtes malade
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TÉMOIGNAGES – Une enquête sur l’absentéisme de Malakoff-Médéric fait apparaître un nouveau phénomène : la hausse du "présentéisme maladie", le fait de travailler quand on est souffrant. Ainsi au cours des 12 derniers mois, 28% des arrêts maladie prescrits en France n'ont pas été respectés. Pour quelles raisons ? On vous a demandé.

Lors de sa dernière grossesse, Bernadette s'est vu prescrire trois arrêts maladie. Mais elle a malgré tout continué à aller travailler. "J'avais peur de représailles et qu'on ne me donne pas le poste indiqué au retour de mon congé maternité", raconte-t-elle, avant de confier que ses craintes étaient fondées et ses efforts vains puisqu'elle a au final été poussée à la porte... Zhora, elle, a son dernier arrêt maladie encore dans son sac. "Perte de 3 jours de carence et attendre une plombe que la sécu paye, non merci,  lâche-t-elle. En 26 ans de travail, j' ai dû m'arrêté 3 fois car vraiment clouée au lit." 

Bernadette et Zhora sont des bons exemples de cette tendance en hausse : le "présentéisme maladie". Le fait de ne pas prendre son congé maladie. D'après le dernier baromètre Malakoff-Médéric publié ce jeudi, 28% des arrêts maladie n'ont pas été respectés par les salariés français ces 12 derniers mois. Qu'est-ce qui les pousse à aller travailler quand ils sont diminués ? Nous vous avons posé la question via notre page Facebook.

Je n'ai pas trop le choix- Florence, aide dans un Ephad

Pour beaucoup, d’abord, il est difficile de s’absenter. Florence raconte : "J'étais en arrêt de travail jusqu'à aujourd'hui, et je reprends en travaillant avec une ceinture pour me maintenir le dos. Mais je n’ai pas trop le choix : je travaille de nuit dans un Ehpad. Il n’est pas facile de trouver du personnel, et nous ne sommes pas indispensables, mais utiles : les personnes âgées ont besoin de nous."

Même problème chez les assistantes maternelles, avec les enfants à accueillir et les parents qu'une absence mettrait en difficulté. Jarka a 25 ans d’ancienneté, et le sait : "Être malade, c'est un combat, car cela pose problème à tous les employeurs, du coup c'est très stressant quand on l'est." Nathalie, qui exerce le même métier, confirme : "Je me fais opérer le 10, je suis arrêtée un mois, mais je me vois mal accepter une prolongation si j'en ai besoin ! Une trop grande perte de salaire et surtout, cela poserait encore plus de problèmes aux parents ! C’est déjà difficile de trouver une nounou pour me remplacer… On a beau dire 'la santé avant tout', mais... voilà..." "Une de mes collègues a eu le malheur d'avoir un cancer du sein. Elle a été licenciée direct, assure même Corinne, elle aussi assistante maternelle.

Risquer sa santé pour aller travailler

Au point que certaines, comme Orieta, "travaillent même malades". Quitte à le regretter après. "Quand le destin vous envoie quelque chose de grave, qui vous oblige à ne pas travailler pendant 2 ans, on revoit sa copie. Maintenant, je pense à moi avant les parents !"

Sandrine, infirmière, a elle aussi toujours culpabilisé face aux arrêts de travail. "Puis un jour, j'ai été agressée par un patient et j'ai eu des séquelles", raconte-t-elle. "J'ai repris le travail malgré la non-consolidation de mon épaule, j'ai souffert et aujourd'hui je paie les pots cassés : j'ai une algodystrophie de l'épaule et une épicondylite du coude. J'ai un arrêt pour plusieurs mois, la douleur est mon quotidien... Cette fois-ci, je prendrai le temps de me soigner comme il faut." Lydie aussi, a force de tirer sur la corde, veut désormais prendre soin de sa santé : "Je travaillais, je pensais avoir une petite bronchite. Je ne me suis pas arrêtée, cela a tourné en pneumonie", raconte-t-elle. "Le directeur était compréhensif mais l'arrêt a été encore plus long que si j'avais pris du temps pour aller chez le médecin." D'autant que sa situation a continué à s'aggraver. "J'ai eu des déchirures musculaires à force de tousser, l'enfer ! En ce moment, je ne peux plus travailler... Je déteste ça. Plus de vie sociale, dépendre des autres... J'en ai vraiment assez."

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Tu ne peux pas perdre 3 jours de carence, soit 300 euros en moins sur ton salaire - Laurent

D’autres refusent de prendre leur arrêt maladie par crainte. "Une fois, je n’ai pas pris mon arrêt maladie, à cause de ma chef de service, qui était exécrable. Je n’ai pas voulu la mettre en rogne", raconte Ruth. Nathalie, elle, était en contrat à durée déterminée : "Je me disais qu’en étant courageuse, j'avais une chance d'obtenir un CDI. Et en fin compte, après 3 ans, on m'a remerciée en me disant que je ne pouvais plus être renouvelée. J'ai espéré quelque chose qui n'est pas arrivé, je suis trop naïve." Catherine, elle, invoque la charge de travail : "Si vous n'êtes pas remplacée pendant votre arrêt, vous avez hâte de reprendre pour éviter à votre retour de devoir faire 2 journées dans 1." 

Mais l’argument qui revient quasiment à chaque fois, c’est l’élément financier. En effet, les arrêts courts (moins de trois jours) ne sont pas toujours pris en charge par l’employeur. "C'est tellement évident pour la majorité des Français qu'on ne devrait même pas poser la question !", écrit Laurent. "Soit tu es chef d'entreprise et tu n'as pas tellement le choix de t’arrêter, soit tu es salarié au Smic ! Et à 1.200 euros, tu ne peux pas perdre 3 jours de carence, soit 300 euros en moins sur ton salaire !" Ce que confirme Isabelle, qui a fait ses calculs : "Trois jours de carence, cela fait très mal sur un petit salaire… Et puis un rhume ne m'a jamais empêchée de travailler." "Même très malade ou après une hospitalisation, certains n'ont pas le choix d'aller bosser", dit Jessica. 

Vous êtes vu comme un fainéant- Benoît

Et puis joue, aussi, le regard des autres. "Quand vous revenez, même si en dix ans vous n’avez pas pris un arrêt, vous êtes vu comme un fainéant, car production, production, production...", soupire Benoit. "C'est le problème en France : vous êtes considéré comme un pestiféré sitôt que vous êtes en maladie plus de 2 fois par an, et qui plus est si vous êtes une femme avec des enfants", déplore Valérie. "Ce n’est sans doute pas une généralité, mais pour ma part, j’ai travaillé dans des entreprises grandes ou petites, et je n’ai jamais eu de hiérarchie compréhensive." 

"Ce n'est pas une faute professionnelle que d'être malade !", commente Rémi. Linda, elle, a choisi de faire passer sa santé avant tout. "Je suis en arrêt et je le respecte, car ma santé passe avant le travail !", dit-elle. "Nul n’est irremplaçable sur cette terre !"

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