"Plouf-plouf, ce-se-ra-toi le-ma-na-ger !" : trois histoires (drôles) qui donnent du sens au management

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ON A LU - Dans son livre "Plouf plouf ! Ce-se-ra-toi-le-ma-na-ger !" (Editions Gereso), le consultant et formateur Rémi Araud relate des anecdotes vécues, parfois insolites, toujours amusantes. Son objectif : faire réfléchir les managers et les aider à prendre du recul sur leur activité.

"Et vous, qu’en pensez-vous ? Bonnes réflexions !" C’est ainsi que se terminent chacune des 35 histoires rapportées dans "Plouf plouf ! Ce-se-ra-toi-le-ma-na-ger !" (Editions Gereso). Car c’est toute l’idée de Rémi Araud, consultant et formateur, qui compile ici anecdotes et réflexions autour de situations, parfois absurdes, insolites, mais souvent déjà vécues en entreprise : faire réfléchir le manager, l'aider à prendre du recul sur son activité, sur ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il voudrait devenir. 

LCI vous en donne un avant-goût, avec trois histoires, directement tirées du livre et plus philosophiques qu’il n’y paraît.

L’histoire du "c’était quand même mieux avant !"

> L’histoire. Pierre, salarié depuis 20 ans, est assidu, jamais absent, passionné par ce qu'il fait. Mais depuis quelques temps, il n’a pas le moral, rechigne à venir au travail. Il ne sifflote plus en arrivant, ne boit plus le café avec ses collègues en leur glissant une bonne blague et les jours lui paraissent désespérément longs. Il trouve aussi, et c'est nouveau, qu’il mériterait un meilleur salaire. Problème : comme il est démobilisé, ses demandes sont refusées. Ce qui a changé, dans le travail de Pierre, c'est son chef. Plutôt sympa, objectivement. Mais sa méthode ne plaît pas à Pierre : il parle compétitivité, chiffres, statistiques, procédures, contrôle-qualité. Pour Pierre, cela ne sert à rien et fait même perdre du temps. Tout fonctionnait très bien avant !

> L'analyse. "Pierre ne parvient pas à adhérer à ces changements", écrit Rémi Araud. Comment lui donner les clés pour les accepter ? "Il faut d’abord comprendre que tout changement induit un processus de deuil", écrit le formateur. Changer induit en effet de perdre quelque chose. Et ce quelque chose, ce point A, est difficile à quitter, car il est connu, maîtrisé, il rassure et sécurise. A l’inverse, changer, aller vers le point B, c’est aller vers l’inconnu, cela demande de l’effort, de l’attention, de l’énergie. "Et ce qui nous donne l’envie, l’énergie de changer, c’est la compensation. Nous acceptons de changer parce que nous avons la certitude ou l’espoir d’une compensation", analyse le consultant. 

Cette compensation passe par le rêve, l'espoir en quelque chose de mieux, de plus satisfaisant ou plus intéressant. En l’occurrence, Pierre est "poussé par les événements (clients plus exigeants, cadences plus élevées) mais jamais tiré vers l’avant", relate Rémi Araud. "Il se sent au bord du précipice mais personne ne lui parle du pont pour le franchir ni de ce qu’il va trouver sur l’autre rive". La solution peut être simple : une discussion avec  lui pour lui demander comment il vit ces changements, voir ce qu'ils peuvent lui apporter de positif, lui redire qu'on est là pour l’aider.

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L’histoire du "bénéfice secondaire"

> L’histoire. Marie est réceptionniste dans un palace parisien. Depuis 27 ans, elle fait preuve d’une fidélité et surtout d’une ponctualité à toute épreuve.  Un jour, elle arrive avec dix minutes de retard. Le directeur de la conciergerie, Thomas, décide de lui en parler, tout en "prenant des pincettes", car la situation reste exceptionnelle. Il invite Marie à déjeuner, l’écoute, la fait parler de ses passions. Avant, au café, de lui glisser : "Marie, je ne vous l’ai jamais dit, mais avoir une réceptionniste ponctuelle vaut de l’or pour nous. Vous avez été exemplaire depuis votre entrée. Mais ce matin j’ai constaté un petit retard. Rien de grave mais je préfère vous en parler". 

L’après-midi, raconte Rémi Araud, l’inconscient de Marie se met en branle : en 27 ans, elle n’a jamais eu un remerciement ni un compliment. Un retard de 10 minutes lui a valu un déjeuner en tête-à-tête et une longue écoute de son manager. "Depuis ce jour, Maris n’arrive plus à être ponctuelle", note Rémi Araud. Son chef, chaque jour, lui consacre du temps… pour lui remettre les pendules à l’heure. Et si Marie, à chaque fois, s’excuse et se justifie, "son inconscient se frotte les mains et est enfin heureux : Thomas s’occupe d’elle", avance l'auteur, qui décrit ainsi la notion de "bénéfice secondaire". C'est-à-dire des actes qui paraissent insensés, mais qui nous permettent de retirer, de manière inconsciente, un "bénéfice secondaire important".

> L’analyse. "Dans notre management, sommes-nous certains de mettre de l’engrais là où il le faut ? Et du désherbant là où c'est nécessaire ?", questionne Rémi Araud. "Nous avons tous besoin d’être regardés. L’engrais, c’est le temps et l’écoute active que nous accordons à nos collaborateurs lorsqu’ils jouent la bonne partition. Si nous ne le faisons pas, la terre s’appauvrit et devient stérile. Le désherbant, ce sont les secondes comptées et l’écoute passive avec lesquelles nous devons gérer les sorties de route comportementales."

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L’histoire du "bonjour"

> L’histoire. Evidemment, dire bonjour le matin à ses collaborateurs ne suffira pas à un manager pour atteindre les objectifs. Pour autant, négliger ce moment-là peut coûter très cher  -démobilisation, turn-over, objections plus nombreuses. Sauf que les conséquences ne se voient pas tout de suite. "Un accueil du matin un peu rapide –je serre la main de ma collaboratrice sans la regarder et lorsqu’elle répond à ma question je suis déjà 4 mètre plus loin– ne la démobilisera pas si majoritairement mes prises de contacts quotidiennes avec elles sont faites et bien faites", prévient le consultant. Et c’est là le piège : "En ne payant pas cash, une petite voix intérieure commence son travail de sape" dans la tête du manager : ne pas dire bonjour permet de gagner quelques minutes et le travail est tout de même fait ; les collaborateurs sont des cadres et donc assez grands pour ne pas avoir besoin de ce "câlin matinal" ; untel vient d'être augmenté de 25 euros et n’a donc pas besoin de cette petite attention.

> L’analyse. "Dire bonjour est essentiel car avant d’être un collaborateur, celui à qui je dis bonjour est un être humain", considère Rémi Araud. "Mais il n’est vraiment un être humain dans la relation que je lui propose que si je me comporte avec lui comme tel. C’est-à-dire en lui redisant que je le considère comme un être humain, et non pas uniquement comme un apporteur de compétences ou de chiffres d’affaires." Il conseille : "Penser à soigner son bonjour, inconditionnellement, gratuitement. Car la dignité de nos interlocuteurs n’a pas de prix. Et lorsqu’un interlocuteur se sait respecté inconditionnellement, il peut commencer à avoir envie de faire des choses pour son manager." 

Et vous, qu’en pensez-vous ? Bonnes réflexions ! 

> "Plouf plouf ! Ce-se-ra-toi-le-ma-na-ger !, Histoires, anecdotes et réflexions sur le management", de Rémi Araud, aux éditions Gereso. 19 euros.

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