"Profitez de la rentrée pour sortir de votre zone de confort": cette injonction est-elle ou non pertinente au boulot ?

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PSYCHO - Il faut se lancer. Se battre. Se mettre en danger. Sortir de sa zone de confort ! En développement personnel, comme au travail, nous sommes invités à repousser nos limites. Est-ce si bénéfique ? LCI fait le tour de la question.

 Il faut s’adapter, changer, se dépasser. Être un battant, un gagnant, être compétitif. Bref, il faut sortir de sa zone de confort ! Cet impératif, beaucoup évoqué dans le registre du développement personnel, est aujourd'hui aussi  formulé en entreprise. C’est ce qui est demandé en entretien annuel. C’est ce à quoi nous exhortent, dans des dizaines de conférences TEDx, des intervenants ayant réussi et nous serinant que le confort va "ruiner notre vie" et qu'il faut "oser". 

C’est, à un niveau plus global, cette méthode du "test and learn" (tester, et apprendre, NDLR), à laquelle sacrifient de plus en plus de managers, qui stipule qu’il faut lancer des projets pour avancer, quitte à échouer et revenir en arrière : au moins, on sera passé à l’action, on aura lutté contre l’immobilisme, sans oublier qu'on apprend toujours des erreurs. Au niveau personnel, sortir de sa zone de confort, serait le prix à payer pour stimuler l’innovation et la créativité. Au niveau global, l’idée d’être en mouvement, d’oublier le "on a toujours fait comme ça", de se transformer sans cesse, serait un véritable avantage compétitif. 

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Dépasser ce que nous maîtrisons

Qu’est-ce, au fond, que la "zone de confort" ? C’est, nous apprend le dictionnaire, "un état psychologique dans lequel une personne se sent à l'aise ou en sécurité". Cet état induit un faible niveau de stress ou d’anxiété. Il a été défini par la chercheuse américaine Judith Bardwick comme "l'état comportemental d'une personne qui choisit de vivre dans une position neutre d'anxiété". Une position neutre, qui ne provoque ni bien ni mal et fait que nous sommes performants... à un niveau constant. 

Cette zone de confort, c'est ce que nous avons tendance à rechercher, au quotidien, dans notre travail, dès que nous sommes confrontés à des choix ou des possibilités : nous connaissons nos compétences, ce que nous savons faire. Nous avons tendance à aller au plus facile : ce que nous connaissons et maîtrisons. C’est confortable, routinier… mais pas vraiment propice à la réactivité. Car, comme l’écrit Maxime Gréau, coach en développement personnel et fondateur du site Heureux dans sa vie, "notre zone de confort, est notre 'prison dorée' : on y est bien, on la cherche et, une fois atteinte, elle nous bride, nous empêche de continuer notre croissance et notre épanouissement." Car nous sommes toujours tentés de  ne plus vouloir la quitter. "Ce ne serait pas grave si cet arrêt ne nous empêchait pas de poursuivre notre évolution !", poursuit le coach. "Il nous faut donc bien faire attention à ce que cette même zone de confort ne soit pas synonyme de 'non-évolution'".

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Il faudrait ainsi lutter contre sa nature première qui penche trop facilement pour le confort et, au contraire, se mettre un peu en danger, aller découvrir de nouveaux territoires. Alors oui, c'est inconfortable, cela génère de l'anxiété, du stress. Mais ce stress stimule notre attention et notre concentration et nous fait découvrir, apprendre autre chose. Et, en fin de compte, la zone de confort s'en trouve agrandie. "Quitter sa zone de confort, c’est, généralement, s’exposer à un stress à court terme pour être plus épanoui plus tard", explique ainsi Cindy Triaire, consultante et fondatrice du cabinet Tremplin Carrière, sur Cadremploi. C'est de cette façon que l'on a appris des gestes qui nous sont aujourd'hui naturels, ne serait-ce que faire du vélo, nager...

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Pourquoi se mettre en danger à tout prix

Mais, face à ces injonctions à l'inconfort constant, surgit une question : mais pourquoi se faire violence ? Combattre contre soi-même ? Rester dans sa zone de confort ne serait-il pas tout aussi bien pour notre épanouissement personnel ? Pourquoi vouloir à tout prix se challenger sans cesse et se remettre en danger ? C’est la question que pose la journaliste Erin Kelly, sur le site américain Greatist.com (en anglais). Elle raconte ainsi comment, pour avoir l'air "cool" et "fun" auprès d'une amie qu'elle connait encore peu, elle accepte de la suivre à un cours de dance-fitness. Elle qui n’a aucun sens du rythme, n’aime pas danser, et encore moins devant un miroir entourée de monde. "Quand j’ai vu le programme, mon cœur a flanché", raconte Erin Kelly. "Mais tous les tableaux Pinterest ne conseillent-ils pas de sortir de sa zone de confort ? Je me suis donc convaincue que me sentir mal à l'aise me serait bénéfique." Mais plus le jour du cours approche, plus elle se sent anxieuse. "Je ne sortais pas juste de ma zone de confort, je m’en échappais en courant, j’en étais très loin. J’ai essayé de masquer mon malaise et me suis convaincue que ce serait vite fini." 

Le cours se passe, l'ambiance est bienveillante, mais Erin s'énerve toute seule. "Mon embarras s’est petit à petit transformé en colère. On était vendredi soir, et je le passais à faire quelque chose que je détestais !" À la fin du cours, la tension était palpable. "Et c'était de ma faute. Au lieu de l'expérience amusante que j'avais imaginée, ma tentative de me lancer dans quelque chose bien au-delà de ma zone de confort avait mis notre amitié naissante à rude épreuve." Bilan de l’histoire, la journaliste appelle à nuancer cette mise en danger à tout crin : "Nous avons une assez bonne idée de ce que nous aimons et de ce que nous n’aimons pas, de ce qui nous semble amusant, ou pas", écrit-elle encore. "Il peut être bon de sortir de vos zones de confort, mais si une activité vous cause une grande anxiété ou vous fait ressentir un sentiment de terreur, cela peut signifier que ce n’est pas pour vous." Il ne s’agit pas d’arrêter de faire de nouvelles choses, mais de faire  confiance à son instinct. "Les nouvelles expériences -celles qui impliquent réellement un défi et un changement- devraient vous effrayer un peu. Pour autant votre enthousiasme, votre curiosité et votre intrigue devraient vaincre cette peur." 

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