"Salut, ça va ?" : poser cette question à vos collègues sert-il vraiment à quelque chose ?

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VIE DE BUREAU - C’est un rituel de la vie sociale, et donc forcément de la vie de bureau. Mais le "salut, ça va ? (ou son équivalent "comment vas-tu ?") lancé à vos collègues chaque matin dan le couloir ou devant la machine à café a-t-il réellement une utilité ?

C’est ce chef qui, en passant tous les matins près de votre bureau, vous lance un "salut, ça va ?". Mais qui est déjà au bout du couloir avant que vous n’ayez le temps d’émettre une réponse. Ce sont ces collègues, qui se croisent au détour d’un couloir, s’échangent ce "salut, comment vas-tu ?", sans qu’aucun ne sache s’il convient de s’arrêter pour discuter ou si cette interaction appelle une vraie réponse. Du coup, la réponse est souvent "oui, et toi ?", ce qui appelle l’autre réponse "ça va", chacun filant sur ses talons après cette brillante conversation. 

C’est toute l’ambiguïté de ces trois mots "salut ça va" (ou de leur équivalent "comment vas-tu ?") : politesse, désir d’entrer en relation ? S'ils n’appellent pas de réponse, pourquoi, alors, se prêter à ce simagrées ? Pour éviter un silence gênant ?

Politesse ou désir d'entamer une conversation ?

Le site CNBC  a tranché. Et sa réponse est claire. Selon lui, ces quelques mots seraient les "trois mots les plus inutiles du monde de la communication" : la personne qui pose la question ne veut pas vraiment savoir tandis que la personne qui répond ne dit pas la vérité. "Ce qui suit est une occasion perdue et un échange insignifiant avec zéro connexion", écrit Gary Burnison, consultant en ressources humaines. Il reconnaît tout de même que cet échange peut avoir une certaine utilité, celle de combler un vide : "Imaginez que vous voyez un collègue arriver au bout d'un couloir. Dire simplement 'hey' n’occupe pas assez le temps. Vous allez vous saluer de cette manière à une quinzaine de mètres, puis va suivre un silence gêné pendant que vous finirez de vous croiser. Alors que demander 'quoi de neuf ?' remplit parfaitement ce laps de temps."

En fait, tout part d’une confusion partagée sur l’utilité ou le sens de cette question. "Salut, ça va ?" peut être interprété comme une manière de se saluer, une autre façon de se dire bonjour, avec une volonté de montrer, tout de même, un peu d’intérêt pour l’autre personne. Cela peut-être, aussi, un moyen de commencer une conversation. D’où le fait que parfois, certaines personnes ne se comprennent pas ou se méprennent : dit-il "salut, ça va" pour dire bonjour ou parce qu’il veut parler ? Parce que s'il veut juste dire bonjour, il ne faut pas essayer de démarrer une  conversation. Si à l'inverse, il veut parler, il ne faut pas partir... Dur de savoir. Sans compter que, bien souvent, il est difficile, sur le coup, un peu pris au dépourvu, de trouver quelque chose à dire tout de suite. On cherche la réponse originale ou percutante, qui ne vient pas. Du coup s’enchaînent des moments gênés, avec un "je vais bien oui... oui, oui ça va." 

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Moment gênant ?

Bref, de l’incompréhension, de la gêne, du temps perdu. Mais alors, pourquoi se donner la peine de poser une question dont on est quasiment sûr qu’elle ne va générer aucune nouvelle information ? "Si la personne compte réellement, il faut la saluer de manière à montrer que vous avez un réel intérêt pour sa vie", indique le site de Forbes. "Et, encore mieux, saluez-la d'une manière qui montre un réel soin ET conduit à de nouvelles informations pouvant inspirer une action positive". Mais comment faire ?

Tout d'abord, sachez que poser une question est bien perçu. Des chercheurs de Harvard ont très sérieusement étudié la question des usages et bénéfices de la conversation. Ils ont montré que poser des questions permet d’être plus apprécié. "Les personnes posant plus de questions sont perçues comme ayant une réactivité supérieure, une construction personnelle basée sur l’écoute, la compréhension, le soin des autres", écrivent-ils. Comment, alors, transformer ce "salut ça va" un peu mou en une véritable conversation ? Dans sa tribune, Gary Burnison donne ses tactiques. D'abord en basant l'échange sur trois critères : authenticité, connexion et le fait d’évoquer un sujet qui leur donnera le "goût" de ce que vous êtes. Mais aussi essayer de dépasser les accroches classiques comme la météo, le trafic ou le sport, sauf si votre interlocuteur est un passionné. Ne pas hésiter à partager des nouvelles un peu personnelles, sans basculer dans la nouvelle gênante évidemment. Enfin, faire attention à sa posture, qui compte autant que la parole : regarder dans les yeux, sourire, prêter attention à l'interlocuteur. 

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Des idées d'alternative

Et si vraiment, vous pataugez pour improviser, Forbes livre cinq alternatives à la formule, visant à mieux échanger de l’information, notamment lorsque l’on est manager. Elles permettent "un accueil relativement rapide ou de susciter une conversation brève". Cela peut être "quelle a été la meilleure partie de votre journée ?" ou "qu’attendez-vous de votre journée ?" ; ou encore "quelle tâche vous passionne le plus cette semaine?", qui peut fournir des informations précieuses sur les activités qui donnent de l'énergie aux membres de l’équipe.

Cela peut aussi être "quelles nouvelles idées vous motivent ces derniers temps ?", question qui cible les opportunités d'innovation. "Dites-moi une chose que vous avez apprise récemment et qui vous a inspiré ?", invite l’interlocuteur à un court moment d’introspection. Enfin, "quelle est la chose que nous pourrions faire maintenant pour améliorer encore cette journée ou ce projet ?" ou "qu'est-ce qui pourrait rendre cette journée meilleure?" peuvent aider à identifier les petits changements qui pourraient avoir un impact important. Il n’est évidemment pas exclu qu’à cette question, le collaborateur réponde "des doonuts !". Mais au moins, cela aura détendu l’atmosphère.

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