Souffrance au travail : cette appli promet un psy dans l’heure aux salariés en détresse

Souffrance au travail : cette appli promet un psy dans l’heure aux salariés en détresse

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PRÉVENTION - Alors qu’il faut six mois d’attente pour voir un psychologue, le site Geo-Psy promet de faire intervenir un praticien dans l’heure, et à domicile si besoin. Cette solution part d’un constat : face aux nouvelles souffrances imposées par le monde du travail, les psychologues doivent se rendre plus accessibles.

Le constat est terrible, effrayant. "Le monde du travail est de plus en plus violent. Les pathologies gagnent du terrain. On sent qu’au travail, beaucoup de gens souffrent."


Ce lundi soir, dans une petite salle de réunion, sur les hauteurs de Montmartre à Paris, Pros-Consulte, une PME lorientaise, est venue présenter et lancer Geo-Psy, une plateforme numérique. Elle vise à prendre en charge le stress au travail en permettant l’intervention rapide d’un psychologue en entreprise ou au domicile du salarié. 

Géolocaliser un psy qui intervient dans l'heure

Plus globalement, les deux fondateurs veulent lancer le débat autour de la souffrance dans le monde du travail et sa nécessaire prise en compte. La solution Geo-Psy démarre en effet sur le constat d’un besoin grandissant. "A l’origine, nous avions lancé Pros-Consulte, une plateforme d’écoute 24h sur 24", explique Jean-Pierre Clamard, cofondateur. "Nous travaillions avec 65 psychologues, en réseau." 


La plateforme reçoit environ 1.000 appels chaque mois, 10.000 par an. Et petit à petit, l’écoute n’a plus suffi. "Il y a eu une sorte d'effet 'post-Bataclan',  des entreprises clientes ont commencé à nous demander d’intervenir sur place. Aujourd’hui, nous avons 150 journées d’intervention par mois chez nos clients", résume le chef d'entreprise. Face à cette demande qui a grandi trop vite, Pros-Consulte a dû réfléchir à une nouvelle façon de faire. De là est née Geo-Psy, à la fois site et appli, qui permet donc de géolocaliser un psy autour de soi pouvant intervenir dans l’heure. Soit à domicile, ou en entreprise. 

Les organisations du travail ont semé la solitude, les outils numériques l'ont aggravéeMarie Pezé

A écouter Marie Pezé, docteure en psychologie, spécialisée dans la souffrance au travail, et qui forme les psychologues de la plateforme, le constat est dramatique : "Les violences au travail n’ont pas cessé d’augmenter", dit-elle. "La société est en train de se disloquer, les institutions n’ont plus les moyens de prendre en charge des citoyens de plus en plus perdus." Le cercle est vicieux : "La défaite des institutions fait aussi que le stress post-traumatique se développe dans la société car les gens savent qu’ils seront tout seuls pour prendre en charge les choses. Et dans le monde du travail, les organisations et les outils numériques mis en place ne font qu'aggraver tout cela". 


Car ce monde du réseau social de l’instantanéité a créé également "beaucoup d’isolement et de solitude" : "Nous n’y partageons que des facettes et paillettes et une mise en scène très élaborée qui ne disent rien de nos souffrances intérieures", estime la psy. "Avant, les rituels sociaux existaient pour prendre en charge les malheurs ordinaires : on se retrouvait sur la place du village, on allait discuter chez le voisin. Ces rituels ont disparu. Sur ce point, les Gilets jaunes, sur les ronds-points, sont aussi une façon de se retrouver." Et cette dislocation se répand dans toutes les strates de la société. "Des PDG, des directeurs d’établissements, des cadres sup', des directeurs financiers arrivent en consultation… Ce qui laisse penser que le 'top niveau' de ce pays est en train d’être atteint très gravement."

En vidéo

Peut-on détecter le burn-out ?

Ailleurs, on finit à 17h30. On a une vraie vie à côté du travailMarie Pezé

Au final, ce sont chaque année, des centaines, voire des milliers, de personnes qui s’écroulent en burn-out. Partout, les sondages s’accordent pour parler de la montée du stress au travail, du fait qu’un salarié sur deux est en situation de "fragilité professionnelle". Chez Geo-Psy, le constat est unanime : il faut réintroduire de l’humain, en prendre soin. "En consultation, il faut faire comprendre aux gens que si on s’est débarrassé d’eux, ce n’est pas à cause d’eux, qu’ils n’ont pas démérité, mais que leurs organisations en face sont fragiles", avance Marie Pezé. "Dire aux salariés de supporter ces situations est inique !" 


Mais en France, les freins sont nombreux. D’abord, l’accessibilité aux services psy : il faut six mois d’attente. Ensuite, les freins culturels : la culture anglo-saxonne stigmatise moins le fait de consulter un psychologue. "Il y a moins cette connotation de santé mentale, mais plutôt de bien-être en général", estime Marie Pezé. "Et dans tous les pays d’Europe du nord, il y a une culture de la prévention primaire, de la prise en charge des risques psychosociaux, qui n’existe pas chez nous. En Suède, par exemple, chaque chef d’entreprise a un échelle de stress qu’il distribue chaque année à ses salariés". En France, malgré les lois de protection de  2002, "on continue à ne pas parler des choses qui fâchent". La psy pointe notamment cette "spécificité française" du présentéisme, "une valeur virile qui génère un épuisement considérable, cause des dégâts colossaux ! Ailleurs, on finit à 17h30, on ne fait pas des journées de 10, 12 heures. On a une vraie vie à côté du travail."

Le monde a changé, il faut s’y adapter et c’est important aujourd’hui d’aller viteMarie Pezé

La plateforme en ligne permettra-t-elle d’enrayer cela ? Jean-Pierre Clamard et Marie Pezé n'ont bien sûr pas de doute sur ce point. "Le monde a changé, il faut s’y adapter et c’est important aujourd’hui d’aller vite. Les outils numériques ont enclenché une modification de civilisation. A nous d’essayer de les réinvestir pour en faire autre chose que des gadgets, réintroduire plus d’humanité", relève Marie Pezé. 


La psychologue, qui avait créé en 1997 la première consultation "Souffrance et travail" à l’hôpital de Nanterre, ainsi qu’un certificat de spécialisation en psychopathologie du travail, est en charge de la formation du réseau de psychologues . "Ce sont des cliniciens pointus, qui doivent savoir intervenir dans l’urgence, mais aussi sur un temps plus long". "Ils doivent connaître les services de santé de leur territoire pour créer avec les médecins du travail, les chefs d’entreprises, voire des avocats, un véritable réseau d’entraide et orienter le patient."  Autre spécificité : ils interviendront donc à domicile : "Ils vont aller au contact !", se réjouit Marie Pezé. "Cela permet aussi d'introduire un nouveau rapport avec le patient, plus personnel. Comme le faisait avant le médecin de famille".


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