Travailler pendant ses vacances : seriez-vous séduit, comme les Japonais, par le concept de "workation" ?

Travailler pendant ses vacances : seriez-vous séduit, comme les Japonais, par le concept de "workation" ?

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JOINDRE L'UTILE À L'AGRÉABLE - Au Japon, permettre aux salariés de travailler pendant leurs vacances inciterait la population active, trop consciencieuse, à prendre davantage de congés. Bonne ou mauvaise idée ?

Yoshimasa Higashihara est Japonais, et à 35 ans, travaille chez Japan Airlines. Ce salarié consciencieux a, pendant ses vacances, travaillé une demi-journée. Il s’est posé dans un café, avec une connexion internet. Il devait en effet rédiger des documents pour un événement organisé par sa société, qui se tenait juste après son retour de vacances. Oui, il a travaillé pendant ses vacances. Mais grâce à cette possibilité, il a pu profiter, sereinement, de congés plus longs.


L’exemple est rapporté par le Japan Times et a un nom : le "workation", contraction de "work", pour travail, et "vacation", pour vacances.  Ce concept aurait émergé en Californie il y a une dizaine d’année, avec l’idée de répondre aux besoin de ces nouveaux travailleurs nomades, créatifs, connectés et indépendants. Mais au Japon, pays où les salariés ont la réputation (méritée) de travailler excessivement, le "workation" a une importance toute particulière. Et un tout autre sens.

Inciter les Japonais à partir en vacances

C’est en effet prouvé : les Japonais dont consciencieux, au point que beaucoup hésitent à partir en vacances. D’après une enquête menée par Expedia Japan, le travailleur japonais moyen n'utilise que la moitié de ses congés payés, le montant le plus bas parmi les 30 pays étudiés. Au moins 60% des participants japonais y déclarent se sentir coupables lorsqu'ils sont absents du bureau et 20% déclarent consulter constamment leurs mails de travail pendant leurs vacances.


Les responsables gouvernementaux et les entreprises tentent de changer cette culture en insufflant une nouvelle façon de travailler, mêlant affaires et loisirs. Un employé peut ainsi rédiger une proposition de projet en restant dans un centre de villégiature ou participer à une réunion depuis une île éloignée par vidéoconférence. Plusieurs entreprises japonaises tentent elles aussi de pousser leurs employés à prendre l’air. Ainsi, ils n’ont pas besoin d’annuler leurs projets de vacances, même s’ils doivent assister à une réunion importante, ce qui les encourage à prendre de plus longues vacances. La pratique commence à se répandre, lancée par de grosses entreprises.


Comme Japan Airlines, qui permet ainsi à tous ses employés, à l'exception des pilotes et des agents de bord, de voyager avec un ordinateur portable afin qu'ils puissent utiliser un jour ou deux pour travailler pendant des vacances prolongées. Microsoft Japan a elle supprimé le palier de jours pendant lesquels les employés peuvent travailler à distance. L’idée derrière tout ça : permettre aux travailleurs de profiter de vacances plus longues et d’améliorer leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Evidemment, ce n’est pas juste par bon cœur : les entreprises obtiennent en retour plus de productivité et de créativité de leurs employés.

Plus productif en vacances ?

Certains salariés vont même plus loin : car à partir du moment où l’on travaille pendant ses vacances, pourquoi ne passer toutes ses vacances à travailler, mais sur son lieu de villégiature ? C’est ce qu’a fait Noriteru Ino, 44 ans, cité par Japan Times, qui travaille pour une entreprise informatique. Il a emmené toute sa famille avec lui, et est parti dans une station balnéaire, avec l’envie de passer plus de temps avec sa famille. Il travaillait depuis leur maison de location, ou à la bibliothèque locale. Il pratique cette technique depuis trois ans : il cherche d’abord un logement qu’il peut louer pendant un mois, et s'assure qu'il dispose d'une connexion Internet stable. 


Les villes balnéaires tentent aussi de profiter de cette tendance. A l’Ouest du Japon, la belle station de Shirahama se vend désormais aussi comme une destination de "travail". La ville a ouvert des espaces de travail communs à proximité des plages et d’autres sites touristiques dans l’espoir d’attirer des touristes et des investissements. La société immobilière Mitsubishi Estate a elle lancé un service de location de bureaux dans des stations balnéaires, garantissant un accès rapide à Internet et une salle de conférence. Les hôtels et les fournisseurs d’espaces de travail partagés réfléchissent aussi à installer des lieux et des programmes de travail dédiés. 

Et si ça arrivait en France ?

Alors évidemment, les critiques fusent, estimant qu’au lieu de développer des espaces de travail pouvant accueillir des entrepreneurs, les vacanciers pourraient prendre totalement leurs congés. Que le cœur du problème est l'organisation du travail. Ce à quoi les supporteurs du projet répondent que l’idée est simplement d’offrir une option aux travailleurs qui ne peuvent pas prendre de longues vacances. Travailler en vacances serait donc un "filet de sécurité" pour ceux qui ont des obligations professionnelles ne pouvant pas être annulées ou reportées.


Travailler en vacances... Vous trouvez l’idée trop folle pour jamais débarquer en France ? Détrompez-vous , c’est peut-être la tendance de demain : en tout cas, elle a déjà pris pieds sur nos côtes. En 2017 a ouvert dans le Finistère, près de la pointe du Raz, la Swenson House, un "espace de coworking les pieds dans l’eau", qui propose, en plus d’un cadre de travail "propice à l’inspiration et à la concentration", des sessions de surfs à la place du déjeuner, mais aussi juice bar, cours de pilates, et paysages de vacances. "C’est une nouvelle manière d’appréhender le travail, mais aussi l’occasion de sortir la tête du guidon et prendre du recul", promet le site internet.

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