Tri sélectif, gaspillage... Comment j'ai joué au gendarme écolo avec mes collègues

Tri sélectif, gaspillage... Comment j'ai joué au gendarme écolo avec mes collègues
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VIE DE BUREAU - Partenaire du Prix Entreprises pour l’environnement (EpE), LCI vous livre pendant un mois des articles autour de la thématique "travailler vert". Evoluer dans un open space lorsque l'on a l'âme écologique étant souvent source de contrariétés, j'ai tenté à cette occasion de faire changer certaines habitudes de mes collègues. Et cela n'a pas été si facile...

Les ordinateurs restés allumés toute la nuit ? Je frémis de rage. Les gobelets à café bourrés de touillettes qui s'entassent sur les bureaux ? Je bous intérieurement. Les dizaines de feuilles de papier imprimées chaque jour, la plupart pour finir à la poubelle dix minutes plus tard ? Ma conscience écologique saigne. Oui, oui, rien que ça ! Tentant depuis de nombreuses années d'adopter les bons gestes pour la planète, je bondis parfois face à certains comportements au bureau.


Etant appelée à écrire des articles sur la thématique "travailler vert" pour le Prix Entreprises pour l’environnement (EpE) dont LCI est partenaire, j'ai décidé de partir en croisade auprès de mes collègues. Le tout en arborant mon plus beau sourire pédagogique, sur les conseils d'Inès Leonarduzzi, fondatrice de l'ONG Digital for the planet, interviewée il y a peu sur la pollution digitale : "Mieux vaut matérialiser les choses, m'avait-elle glissé. Quand vous dites aux gens qu'un mail envoyé, c'est comme si vous laissiez une ampoule allumée pendant une heure, ça frappe. Il faut leur faire prendre conscience du bon sens de la démarche." Message reçu. Restait à tenter le faire passer aux autres.

Le gâchis de papier

Après quelques exercices de respiration, je décide de m'attaquer au premier de mes combats : l'imprimante. Car, assise à quelques mètres seulement de cette grosse machine, je subis chaque jour le vacarme assourdissant du mécanisme d'impression, utilisé par tout l'étage, et voit défiler les pages qui sortent de son réservoir. Or voilà qui vient à pic : mon collègue chargé de s'occuper de la signature des contrats. D'une geste nonchalant, il lance la machine et patiente, le temps que le flot de pages qu'il a commandé soit imprimé.


Je l'interpelle : ne sait-il pas qu'au-delà de l'utilisation des ressources de la forêt, la fabrication d'une ramette de papier nécessite environ 1000 litres d'eau ? "C'est clair que je préférerais ne pas avoir à imprimer toutes ces feuilles mais pour l'instant, je n'ai pas le choix", répond-il en m'expliquant que la numérisation des contrats est en cours de réflexion. Mais, questionne-t-il justement : "Numériser les contrats, est-ce que ce serait vraiment plus écolo que le papier ?" Rien n'est moins sûr, effectivement. Dans un article rédigé l'année dernière (voir ci-dessous), nous avions nuancé la facette écologique des documents dématérialisés. Sur ce coup-là, il m'a bien eue !

Les (nouvelles) poubelles de tri

Lorsque les poubelles de tri ont (enfin !) été installées dans notre entreprise il y a quelques mois, je n'ai pas pu m'empêcher d'exprimer ma joie et ma satisfaction, sous le regard parfois interrogateur de mes collègues. Comportant un bac "Papier", un bac "Plastique - Canettes" et un dernier "Autres déchets", elles allaient finalement permettre de recycler feuilles de papier, canettes, et gobelets autrefois allègrement mélangés dans nos poubelles individuelles ! Sauf que... mon enthousiasme est vite retombé : la confusion a rapidement régné. Où vont les gobelets à café en carton recouverts d'une fine couche de plastique ? Où jeter les emballages papier des viennoiseries ? Les interrogations devant les poubelles se sont mises à fuser, et les bacs se sont progressivement remplis de toutes sortes de déchets inappropriés. Si certains faisaient de leur mieux pour jouer le jeu, d'autres les jetaient nonchalamment, sans se poser de question, l'un allant même jusqu'à réciter "Am stram gram" avant de choisir son sac poubelle. Aïe, aïe, aïe.


Face à la pagaille générale, je décidais donc d'imprimer des affichettes explicatives, surlignant le passage sur les gobelets en carton, principal objet de la confusion. Malgré cela, la situation est encore loin d'être parfaite. L'une de mes collègues, qui me félicite pour mon initiative, affirme tout de même avoir encore des hésitations. "Quand je suis sûre, je mets mes déchets dans le bon bac. Quand je ne suis pas sûre, je ne m'embête pas. Je jette dans 'Autres déchets'". Si l'on voit le verre à moitié plein, c'est un début. D'autant qu'une autre m'assure dans la foulée que grâce à mon affichage, elle a corrigé le tir et jette maintenant ses gobelets dans le bon bac. Voilà une petite victoire ! 

Les mugs qui se voulaient révolutionnaires

Il y a quelques semaines, mon entreprise annonçait une distribution gratuite de mugs. Une initiative qui devait quasiment enterrer les gobelets en carton, pensais-je. D'autant que les machines à café offrent une réduction de quelques centimes si elles n'ont pas à délivrer de contenant. Alléchant, non ? En quelques secondes, c'était la ruée au sixième étage, où se tenait l'opération. Chacun repartait, sourire aux lèvres, son mug "corporate" à la main. Rien ne s'est pourtant déroulé comme je l'avais imaginé. Si certains s'astreignent à l'utiliser, d'autres l'ont installé fièrement sur leur bureau, tel un objet d'art, sans jamais y toucher. Car le café et le thé, ça salit ! Et "faire la vaisselle" au bureau peut rebuter. Revoilà donc les gobelets en carton. Si pratiques. Abordée à la machine à café, l'une de mes collègues, son gobelet jetable à la main, m'indique tout de même avoir fait la démarche de ramener son mug chez elle pour le laver. Mais l'y avoir oublié ! "C'est un peu la limite du réutilisable", me dit-elle. "Il faudrait une éponge à disposition."

Les écrans restés allumés

"Ça fait huit ans que je mets en veille mon ordinateur le soir. Pourquoi ? Parce que le matin, j'ai la flemme d'attendre 5 minutes pour qu'il s'allume", me raconte l'une de mes collègues à l'évocation de la pollution numérique. Inspirez, expirez... Je lui explique que 21% de la consommation d'électricité d'une entreprise de bureau provient des équipements informatiques, comme le rappelle l'Ademe. Et que les deux tiers de cette consommation se produisant en période d’inactivité, il vaut effectivement mieux éteindre son ordinateur, qui consomme déjà entre 120 et 250 kWh/an.

Les onglets à gogo

Comme dans de nombreux métiers, les journalistes ont besoin de faire beaucoup de recherches sur internet. Ils ouvrent donc un grand nombre d'onglets, qui restent la plupart du temps ouverts "au cas où". D'autres sont simplement mis de côté pour une lecture ultérieure. Or, ceux-ci se rechargent régulièrement, émettant chaque fois environ 7 grammes d'équivalent CO2, nous rapportait dans une précédente interview la fondatrice de l'ONG Digital for the planet. Le bilan carbone d'une journée passée derrière l'ordinateur, et sans même que cela soit palpable, peut vite devenir dramatique. À cela deux solutions : la première, et la plus évidente, serait de fermer consciencieusement les onglets inutiles. Mais pour des maniaques de l'onglet, la tâche n'est pas forcément des plus évidentes. Arrive alors l'extension The Great Suspender, qui permet de mettre en veille les pages inutilisées depuis longtemps.


Forte de cette idée, je prends mon courage à deux mains pour aborder le sujet avec ma supérieure, dont, je le sais, le navigateur internet se noie sous les onglets. A l'exposé de l'impact environnemental d'une telle mauvaise habitude, elle est confondue. Mieux, elle semble intéressée par l'outil que je lui propose. Malgré la crainte de perdre tout ce qui a été mis de côté, elle installe l'extension. J'aurai au moins réussi ça !

Comme chaque année depuis 14 ans, Entreprises pour l’Environnement (EpE) et LCI (anciennement Metronews) et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de plus de 10 000€. Cette année, les jeunes de 15 à 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la question suivante : " Travailler vert : comment influencerez-vous votre entreprise ?". Qu’est-ce que "travailler vert" ? Cela peut vouloir dire comment inventer des organisations de travail qui favorisent l’innovation frugale, des campagnes de communication éco-responsables, des actions d’entreprises ou des politiques publiques, des changements de gouvernance, de matières premières ou de business model, des innovations plus éco-conçues… ? Soyez ambitieux, créatifs et persuasifs ! Dépôt des dossiers jusqu’au 18 mars 2019.


Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié http://www.epe-asso.org/prix-epelci-2019/ ou la page Facebook https://www.facebook.com/prixepelci/

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