Violences conjugales : #Aidetacollegue, la campagne qui nous rappelle d'être attentif à l'autre

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INITIATIVE – La campagne #aidetacollegue, lancée cette semaine au Salon CE qui se tient à Paris, veut inciter à remettre du lien social dans les relations entre collègues. Collègues qui sont aussi les premiers témoins de difficultés dans la vie personnelle, notamment de violences conjugales.

#aidetacollègue. C’est un hashtag, trois petits mots, une incantation, qui veulent vous inciter à lever les yeux de votre clavier, à peut-être, enlever votre casque et regarder votre collègue de bureau. Vous la côtoyez les deux tiers de la journée, mais que savez-vous d’elle ? Peut-être va-t-elle mal ? Montrer qu’on est vigilant, attentif, permet, si cette collègue est victime dans sa vie personnelle de violences conjugales, de pouvoir l'aider.

C’est l’idée de la campagne lancée cette semaine lors du Salon CE (qui rassemble les comités d'entreprise, devenus CSE, pour Comité social et économique) qui se tient à Paris. Elle vise à sensibiliser les salariés mais aussi les entreprises et les RH, qui peuvent être les premiers témoins des violences conjugales. 

Repérer et accompagner une collègue dans l'angoisse

L’idée a germé dans la tête de Jacques Lambert, fondateur de Webscran, une webtélé axée sur le monde du travail. L’ont suivi des partenaires comme le Salon CE ou encore des personnalités du monde du spectacle. La comédienne Blandine Métayer est ainsi marraine de l’opération, tandis que l’animatrice Isabelle Alonso ou encore l’actrice Eva Darlan affichent leur soutien. "Je regrette beaucoup que cela puisse exister, mais c'est une initiative formidable dans la mesure où cela peut-être une sorte de dépistage de l’horreur, et un premier pas vers l’accompagnement par des structures étatiques", explique Blandine Métayer dans une vidéo. "S’il y a une collègue dans l’angoisse, dans le malheur, dans un désastre familial, le repérer et l’accompagner, c’est essentiel. Que les entreprises prennent ça à bras le corps, c’est formidable."

"Tout est parti d’un constat", raconte Jacques Lambert à LCI. "Aujourd’hui, la loi se saisit du sujet, les entreprises doivent mettre en place des indices sur l’égalité hommes-femmes avec tout un tas de critères, de salaire, de formation. Mais personne ne prend en compte la chose la plus simple de la vie : le premier témoin d’une personne qui a été victime de violences conjugales le matin, c’est son collègue de travail. Qu’est-ce qu’on met à sa disposition pour l’aider ?"

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Où est la solidarité ?

Ce hashtag, ce mot d’ordre, peut être affiché en entreprises, sur l’écran de son ordinateur. "Le but est juste de l’afficher en disant 'si tu as besoin de parler, je suis là, je t’écoute'." Une phrase qui sonne comme un rappel à la vigilance, à l’attention aux autres qui a peut-être été un peu oublié. "Une amie à qui j’ai parlé du mouvement m’a dit : 'L’empathie et la solidarité dans l’entreprise ont disparu, mais si avec ton hashtag tu rallumes la petite Led du civisme, tu as gagné'. C’est exactement cela. Le civisme, ce n’est pas de dire 'je vais m’occuper de ce qui ne me regarde pas, car c’est ta vie privée, mais si tu es en détresse et que tu as besoin d’aide, je suis là'."

Sur les réseaux sociaux, quelques critiques émergent, reprochant à cette campagne de transformer les salariés en lanceur d’alerte, sans aides ni garanties : "On supprime le CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), on fragilise les syndicats et la médecine du travail et on demande aux salariés de devenir des "lanceurs d'alerte" sur les violences conjugales", écrit une internaute sur Twitter. Jacques Lambert ne nie pas que les aides doivent venir des pouvoirs publics, mais voit plutôt le mouvement comme "une issue de plus aux victimes" : "Nous avons lancé cette opération sur le constat que le collègue de travail était le premier témoin. Et malheureusement, il y avait déjà des femmes battues lorsqu’il y avait des CHSCT."

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Remettre de l'humain

Et la solution est pour lui l'humain, dans un univers dur. "Le monde du travail est de plus en plus violent", estime Jacques Lambert. "Il ne l’a d’ailleurs jamais été autant que depuis qu’on parle d’accords de qualité de vie au travail, c’est quand même phénoménal ! Et on met un mouchoir sur la souffrance, on réécrit tous les mots mal connotés, on ne parle plus de burn-out mais de troubles psychosociaux, ni de maladie du carreleur mais de troubles musculo-squelettiques." Il constate aussi cette perte du lien social : "La solidarité disparaît, on le voit aux élections syndicales, où plus personne ne veut s’engager pour les autres. Il y a une désaffection du collectif, une individualisation de la relation de travail, chacun prêche pour sa paroisse. Aujourd’hui, chacun est derrière son ordinateur et ne regarde plus son voisin."  

Remettre de l’humain, c'est aussi tout ça, derrière cette campagne, qui commence à égrener. Des pastilles vidéos  tournent sur les réseaux sociaux, Linkedin, Twitter, Facebook. Des entreprises, comme EDF ou PSA vont diffuser la campagne dans certaines de leurs antennes ; des syndicats veulent aussi relayer.  "Il faut que ce hashtag fonctionne, qu’il tourne !", se réjouit Jacques Lambert. "Si l’on peut éviter, à des femmes de prendre des coups, c’est ce qui compte ! Que tout le monde  l’utilise, sans aucune restriction. Soyons utiles !"

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