Vous travaillez seul comme free-lance, créateur d’entreprise... : comment éviter le blues du "solo-preneur" ?

Vous travaillez seul comme free-lance, créateur d’entreprise... : comment éviter le blues du "solo-preneur" ?

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TUTO COACHING - Dans son "Guide du solo-preneur", Héloïse Tillinac, docteur en sciences politiques et consultante en communication, donne des pistes aux créateurs d’entreprise, free-lance ou indépendants pour se lancer. Et pour réussir à tenir la distance.

C'est fait. Vous avez lancé votre boîte après des mois de travail acharné. Ou enfin acquis ce télétravail qui vous permet de travailler loin de votre siège social. Enfin hors des murs de cette grande entreprise ! Indépendant ! Autonome ! Et vous voilà chez vous, derrière votre bureau. A vous organiser comme vous le sentez. Et seul. Vraiment seul. Trop seul ?


C’est une réalité : la très  grande majorité des entrepreneurs fonctionne seul, 95% des entreprises créées n’ont ainsi aucun salarié. Héloïse Tillinac, docteur en sciences politiques, a donné un nom à cette tendance, celle de "solo-preneur". Le terme regroupe des situations très diverses, du chef d’entreprise qui a monté son commerce, aux professions créatives ou libérales, au télétravailleur... La création du statut d’autoentrepreneur en 2009 a généralisé la tendance, qui s’infiltre partout, au point de devenir un nouveau mode de travail. Héloïse Tillinac en a fait un livre, le Guide du solo-preneur, dans lequel elle donne des pistes pour réussir, se lancer et... résister. 


Car le statut a aussi ses revers, moins évoqués. Quels sont les "maux du solo" ?" Le doute, une fois l’élan de création passé, du stress, dû à l’insécurité du statut, un moral qui flanche. Or, pour que les affaires marchent, il faut d’abord aller bien soi-même. Quelques conseils.

  • 1Ne pas rester seul

    Il est même "franchement conseillé pour votre équilibre mental de vous organiser pour ne pas rester dans l’isolement professionnel", affirme Héloïse Tillinac, dans son Guide. L'une des pistes est de se constituer un réseau, d’ailleurs souvent présenté comme essentiel lors de la création d’entreprise. 


    Et si le réseautage à marche forcée ne vous parle pas, si vous n’aimez pas distribuer à tour de bras les cartes de visite en soirée, l’auteure conseille de se tourner vers le "colléguage", un réseau humain, c'est à dire des personnes qui pourront vous entourer, soit parce qu'elles partagent le même mode de vie, que ce sont des partenaires ou même des concurrents. Bref, des gens qui vous comprennent, qui permettent de parler de votre projet, d’échanger sur les clients, les pratiques, l’humeur ! 


    Et où les rencontrer ? Hors de chez vous ! Cela peut être dans le café où vous aller poser votre ordinateur de temps en temps ou dans un espace de co-working, voire du "co-homing", qui consiste à se regrouper et travailler chez des amis ou amis d’amis.

  • 2Bien gérer son temps

    Quand on travaille en solo, on peut connaître des phases d’activité très différentes au cours d’une année. Certaines très intenses, parfois trop, d’autres complètement creuses. L’idée est de baliser le plus possible ce qui est prévisible et "anticipable" pour pouvoir mieux faire face à l’imprévu quand il surgit. Comme la récurrence de certains événements pro ou salons, la saisonnalité de certains clients.

  • 3Identifier aussi ses priorités

    Il convient de prioriser et hiérarchiser ce qui est important pour votre boîte de ce qui l’est moins. Notamment en termes de rendement temps-résultat. "Aller dans un salon, est-ce prioritaire ou anecdotique  ? Entretenir les réseaux sociaux ?", questionne Héloïse Tillinac.  

  • 4Tracer des frontières

    Vous êtes libre ! Mais ce qui est un avantage peut aussi être un piège. Le premier travers est celui de ne plus faire la différence entre vie perso et pro. Cela peut provoquer manque de recul, de repos, et une "association identitaire problématique en cas de faillite ou d’échec", prévient Héloïse Tillinac. 


    Tracer cette frontière peut passer par le fait de délimiter un territoire de travail dans son chez-soi : créer un bureau, bien à part de l’espace de vie de la maison. Pour aussi qu'à l'inverse, quand on passe en mode "domestique", on n'ait pas sous les yeux cet ordinateur qui rappelle l’univers du boulot.  Et quand on passe en zone de travail, ne pas hésiter à multiplier les "signes extérieures de travail" : ne pas rester en pyjama ou chausson, se maquiller... et ne pas se faire happer par les tâches domestiques. 

  • 5Positiver, soigner la confiance en soi

    Vous êtes votre propre DRH. Vous n’avez pas de bilan annuel pour faire le point, vous devez donc prendre soin vous-même du moral des troupes. Dans cette optique, n’hésitez pas à vous adresser des compliments, à vous féliciter pour ce que vous avez fait. De manière générale, il faut essayer d’avoir une approche positive, de la gratitude, minimiser le négatif, se concentrer sur ce qui fonctionne, fréquenter des personnes "good-feeling". C'est un cercle vertueux !

  • 6Affronter la procrastination

    Le fait de travailler seul montre que vous avez du goût pour le travail en autonomie. Mais vous n’êtes pas pour autant à l’abri de la procrastination. Cela peut être par faute de clients, par blocage... Mais  vous n’avez plus aucune obligation externe pour vous mettre au travail. 


    Pour contrer cela, la recette, pour Héloïse Tillinac, est la régularité : dresser une liste de choses à faire, se créer moults petits rituels chaque jour – surtout le matin, un moment stratégique : "L’idée est de construire suffisamment de microrégularités pour vous permettre de fonctionner en mode pilote automatique les jours où vous n’y êtes pas", indique-t-elle. 

  • 7Se définir professionnellement

    "Et vous, qu’est-ce que vous faites dans la vie ?" - "Heu... " Ce n’est pas si facile de ne pas rentrer dans les cases, niveau boulot. Et aujourd’hui, la case, le système reconnu par tous, c’est le CDI. Pour s'assumer, il faut, précise l’auteure, savoir qui l’on est professionnellement. Et savoir bien l’expliquer. C’est essentiel pour entourage, pour ses interlocuteurs professionnels, mais aussi... pour l’ego et l’estime de soi. 


    Car l'absence de reconnaissance hiérarchique peut faire plonger. Héloïse Tillinac rapporte ainsi l’histoire de ce père de famille, enseignant de capoeira et blogueur, qui a découvert que les animateurs de l’école le pensaient au chômage car il venait chercher sa fille à 16h30 tous les jours. "Cela m’a mis le doute", raconte-t-il dans le Guide. Construire son "moi professionnel", ou son storytelling, mais aussi aller chercher la reconnaissance dans son réseau, auprès d'associations ou de soi-même permet de s’accrocher à des repères et nourrir ses certitudes. 

En vidéo

VIDÉO - "Comme elles, entreprenez votre vie", Géraldine Le Meur vous donne ses conseils

> Guide du solo-preneur, d’Héloise Tillinac, docteur en sciences politiques et consultante en communication, coach au sein du cabinet Neowork Lab. Aux éditions Gualino. 16 euros.

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