Voyages, réductions... mais pas seulement : quand les CE sont aussi invités à aborder la "qualité de vie au travail"

Open-space

REPORTAGE - Le SalonsCE, qui se tient cette semaine à Paris, est le rendez-vous des élus des Comités d'entreprise et des représentants du personnel. Cette année, des petits nouveaux tentent de se faire une place, celle de la "Qualité de vie au travail". Ils tentent de sensibiliser les CE à se saisir du sujet.

"Cette boîte, elle a un super CE !" Cette phrase, vous l’avez déjà entendu. Bien souvent, elle évoque de bonnes ristournes sur des pièces de théâtre, des réductions spectaculaires pour des logements de vacances, des aides à la parentalité… Et l'une des fonctions du Comité d’entreprise (rebaptisé Comité social et économique -CSE- il y a peu) est en effet de gérer le secteur culture et loisirs de l’entreprise. Au SalonsCE, qui se tient jusqu’à jeudi à Paris, une grande partie du hall d’exposition est d'ailleurs consacré aux stands d’animations. Mais, dans un petit coin, l’espace "Qualité de vie au travail" (QVT) tente cette année de s’imposer au menu des CE. 

Mickaël Culus, fondateur d’Osteoform, un réseau d’osthéopathes qui interviennent en entreprise,  Alexandre Jost, de la Fabrique Spinoza, un think-thank de réflexion et de conseils sur le bonheur au travail, et Benjamin Combes, des Ateliers durables, un réseau de conseils en entreprise sur la santé, le bien-être et le développement durable, sont de ceux qui, à force de voir des salariés cassés, de multiples manières, ont choisi d’apporter une réponse en amont en intervenant au sein des sociétés. Chacun a son approche - conseil, soin du corps et éveil à soi, voire réflexion philosophique. Mais ils font tous les mêmes constats et tentent d’apporter leur réponse.

Des approches plus globales comme le sommeil, la santé, l’alimentation remplacent la question des risques au travail- Benjamin Combes, des Ateliers durables

Tout d'abord, un point positif selon eux : les choses évoluent en entreprise. Des changements qui se voient d'abord à travers l’évolution sémantique. "Les termes ont changé", note Alexandre Jost. "On s’est déplacé des 'risques psychosociaux' à la 'santé', puis au 'bien-être' et à la 'qualité de vie au travail'. En 2015, le film Le bonheur au travail a fait, d'après lui, basculer les choses. "C'est l’avènement d’un nouveau mot, celui du bonheur. Tout le monde conçoit que l’entreprise peut provoquer le malheur de ses salariés. Mais si elle est en capacité de générer tant de souffrances, elle est aussi en capacité de gérer l’inverse. Attention, il ne s’agit pas de rendre les gens heureux, mais de mettre les conditions favorables à leur épanouissement."

Benjamin Combes le constate sur le terrain : "Une vraie réflexion s’engage, notamment au niveau des CE, sur la question de la qualité de vie au travail, de la responsabilité sociale de l’entreprise". Il cite, à titre d'exemple, "ces responsables qui cherchent  à passer d’une approche CHSCT, qui parle de prévention, de risques, à une approche plus positive d’accompagnement des salariés". Cela se traduit directement dans les demandes d'intervention.  "Au départ, on nous programmait davantage pour des programme de réduction des risques au travail, des journées santé. Aujourd’hui, nous sommes sur des approches plus globales comme le sommeil, la santé, l’alimentation. On note également l’acceptation de certaines pratiques comme la médecine douce ou le développement personnel pour lesquelles les salariés sont très en demande".

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L'enjeu de la déconnexion

D'autres demandes émergent de plus en plus fréquemment : "La gestion du stress, les questions de management ou encore l’équilibre des temps de vie. Cela touche au télétravail, à la parentalité, la déconnexion." La déconnexion est d’ailleurs, à elle seule, un sujet. "Notamment tout ce qui est autour de la surcharge mentale, liée à la charge de travail, mais aussi à la charge numérique, à la concentration", énumère Benjamin Combes. Et ce, d'autant plus dans un contexte où les espaces de travail et les modes de travail changent. "Nous sommes souvent appelés par des entreprises qui passent à des open-space et veulent aider leurs collaborateurs. Nous faisons intervenir des sophrologues, travaillons sur la respiration et des exercices de concentration… "

Mickaël Culus, d'Osteoform, note un autre point : la communication. "C’est la base de tout. Mais les responsables ne savent plus communiquer avec leurs équipes, ni les collègues entre eux." Signe des temps, il propose ainsi des interventions sur "l’éveil à soi" : "On ne s’écoute plus, on est sur son téléphone, on est sur-informé. Le cerveau n’est pas fait pour gérer autant d’infos, on passe à côté de l’essentiel : à un moment, quand est-ce qu’on s’écoute, soi ?", dit-il. Conséquence, ou cause, la question du sens au travail traverse aussi les entreprises, à travers cette question de la QVT, dans un constat partagé par tous. "Je vois beaucoup de reconversions totales", relève Mickaël Culus. "Des cadres de grands groupes bancaires, dans des situations enviables, qui se retrouvent à se poser le vrai sens de la vie : 'qu’est-ce que je fais ici' ?"

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Le CE d’aujourd’hui doit se réinventer s’il veut avoir un vrai impact sur une entreprise- Alexandre Jost, de la Fabrique Spinoza

Reste un problème : la difficulté des RH pour savoir ce que veulent les salariés. Là-dessus, tous s’accordent : le CE a un rôle à jouer. "Le CE est pour moi dans un rôle extrêmement vertueux", note Alexandre Jost. "Mais il doit aller plus loin qu’être sur une action ponctuelle, un événement. Sur ce salon, il y a beaucoup de stands pour des voyages, des animations. Mais le CE d’aujourd’hui doit se réinventer. Et s’il veut avoir un vrai impact sur une entreprise, il doit élargir ses fonctions, réfléchir, et être en collaboration avec la direction pour impulser ces changements." Mickaël Culus abonde : "Il faut s'en rappeler, les élus CE sont des syndicalistes à la base, ils sont  là pour défendre les choses. Au-delà des avantages sociaux, ils doivent s’engager dans la lutte contre ces souffrances au travail".

De toute façon, l’entreprise a tout à y gagner, arguent-ils. "On a toujours l’impression d’un clivage entre bien-être et performance, que si le salarié est absent d'une ligne de production, il y a une perte de performance", constate Mickaël Culus. "Mais c’est du raisonnement à court terme, on bouche les trous, on oublie la notion de durabilité. Or on sait qu'accorder ce temps au collaborateur va avoir un impact sur sa performance ! La QVT est directement liée à la performance !" "Les entreprises vont être obligées de répondre à ces enjeux", conclut Alexandre Jost. "Elles s’hybrident de plus en plus.  Autoentrepreneur, télétravailleur, un pas dans l’entreprise et l’autre chez soi... La structure même du travail va suffisamment évoluer pour que tout les modes de management doivent être réinventés, de manière horizontale."

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