Affaire Johnny Depp : pourquoi personne ne croit Amber Heard ?

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POLEMIQUE - Dans un communiqué publié ce mardi, les avocats d’Amber Heard ont donné sa version des faits et ont tenu à rappeler que dans cette affaire, la jeune femme est "victime" de violences conjugales et d’une campagne qui vise à discréditer son témoignage. Metronews a tenté de comprendre pourquoi la jeune femme était si peu prise au sérieux.

Elle avait choisi de réserver ses déclarations à la police. Mais devant les accusations de manipulation et de mensonges dont elle fait l’objet, Amber Heard sort du silence par la voix de ses avocats. Dans un communiqué, la jeune femme donne sa version des faits et donne des explications. "Si elle a décidé de parler aujourd’hui, c’est pour expliquer les faits car elle n’en peux plus d’être l’objet de fausses et sournoises accusations qui se répandent dans les médias et l'opinion publique depuis les événements du 21 mai dernier ", indique ce communiqué relayé par JustJared.  

► Le communiqué de ses avocats
Accusée d’avoir gardé le silence sur les précédents faits de violence présumés, les avocats d’Amber Heard expliquent qu’elle n’a rien dit "pour protéger sa vie privée et la carrière de Johnny Depp". "Amber espère donner à la police de Los Angeles la chance de mener une enquête complète et précise sur les événements de cette soirée et sur ce qui s’est passé auparavant. Si cela a lieu, et que la vérité est révélée, il est certain que les arguments avancés par Amber ne laisseront plus la place au moindre doute, et avec de la chance, Johnny obtiendra l’aide dont il a désespérément besoin, poursuit le communiqué. Les avocats de la jeune femme indiquent que la procédure lancée est consécutive aux attaques faites par les avocats de Johnny  Depp. "Amber est une femme coura­geuse, financièrement indé­pen­dante, qui démontre la force de ses convictions en contrant l’im­pla­cable armée d’avocats et de mandats de Johnny Depp". Et de conclure en affirmant qu' "Amber est la victime. Amber est une héroïne".

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 La campagne anti-Amber Heard 
Si les avocats ont tenu à rappeler que la jeune femme est "la victime", c'est pour contrer les accusations dont elle fait l'objet sur réseaux sociaux de la part de personnalités connues, d'anonymes et des médias. En effet, sa crédibilité est attaquée par des amis de son futur ex-mari comme le réalisateur Terry Gilliam qui la trouve finalement "meilleure actrice" dans cette affaire que dans ses films. Tous les proches et quelques ex-compagnons de tournage de Johnny Depp ont témoigné sur les réseaux sociaux de la douceur, la gentillesse et du rôle de père de famille idéal de Johnny Depp.

Autant de voix qui soutiennent l'acteur et accablent Amber Heard sans lui accorder le moindre bénéfice du doute. Comme souvent dans ces affaires de violences conjugales, la parole de la victime présumée, est remise en question.

 L'éclairage d'une spécialiste 
Pour tenter de comprendre ce mécanisme, nous avons interrogé à Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, qui lutte contre les violences. 

Il y a quelques semaines, des femmes dénonçaient le harcèlement sexuel dont elles avaient été victimes de la part de Denis Baupin. Leur témoignage n’a jamais été remis en question. Comment expliquer que si peu de crédit soit accordé à celui d’Amber Heard, présumée victime de violences conjugales ?
Muriel Salmona : Dans le cas de Denis Baupin, ce sont des élues qui l'ont dénoncé. Un statut qui leur assure une certaine crédibilité et leur parole est entendue. Dans le cas d’Amber Heard, elle est perçue comme une blonde, un objet. Une image que l'on n’attribue pas aux femmes élues. Nous sommes dans des sociétés où la notion d'appartenance au mari est encore très forte. La mise en cause du conjoint est encore peu permise car d’une certaine manière, on ne veut pas savoir que le couple, le mariage, puissent être un lieu d’insécurité et une zone de non-droit. Plus les liens sont forts, moins on imagine que cela soit possible.

Comment interpréter cela ?
Nous sommes plongés dans cette culture de la violence. Une loi du silence en quelque sorte. Si les femmes en parlent peu c’est qu’on ne veut pas les entendre. Alors qu'il y a entre 120 et 140 femmes qui sont tuées chaque année par leur mari en France, par exemple. On considère que dans un couple, c’est la faute de la femme si elle n’est pas capable de s’occuper de son homme, de le satisfaire. Elle devrait faire en sorte que cela se passe bien et si cela se passe mal, c’est de sa faute. 

"Les arguments sont les mêmes que ceux de la culture du viol"

Peut-on dire qu'Amber Heard est victime d'un délit de "trop belle gueule" ? 
Oui, c'est un peu ça. On constate que les arguments sont les mêmes que ceux de la culture du viol où on entend que la femme ment pour obtenir des avantages et se rendre intéressante. Elle l'a provoqué et ce n'est jamais arrivé aux autres auparavant. Et enfin, elle choisit de rester auprès de son mari, c'est qu'elle aime ça. Notre société estime dans ces cas-là que les hommes de pouvoir avec une renommée telle que celle de Johnny Depp, par exemple ne peuvent faire cela ou bien que l’on ne va pas démolir l’icone pour des broutilles. Personne ne veut savoir.

Pourquoi ?
On peine à y croire car derrière tout cela, on ne veut pas remettre en cause le système. Plus quelqu’un a du pouvoir, plus on considère qu’il a des privilèges. Cela se voit à toutes les échelles. Quel que soit le niveau socio-culturel. Avec cette affaire on voit bien que les violences conjugales demeurent taboues, comme un droit d’exercer un pouvoir sur l’autre membre du couple. Cela se ressent beaucoup chez un homme de pouvoir et sa femme. Comme si être un couple donnait un droit sur l’autre alors que les liens du couple peuvent devenir des zones de non-droits. Des femmes peuvent être très violentes avec leur conjoint. On se dit que chacun fait ce qu’il veut chez lui, ce qui n’est pas vrai. 

"Le fait que la victime reste est une preuve de la gravité des violences"

On reproche à Amber Heard son silence et le fait qu'elle n'a pas dénoncé ces faits plus tôt... 
Plus les femmes sont victimes de violence, moins elles parlent. On constate des troubles psycho-traumatiques, qu'elles sont anesthésiées émotionnellement et physiquement. Elles sont déconnectées de leurs émotions. C’est un processus de survie. La personne déconnectée de ses émotions n’a pas l’air d’aller mal. Plus les gens sont détachés, plus ils sont traumatisés. En réalité, le fait que la victime reste est une preuve de la gravité des violences.

A-t-on des statistiques mondiales sur les violences conjugales ?
On estime qu’une femme sur trois subit des violences conjugales et des violences sexuelles (dans le couple et la famille majoritairement). Comme on est dans le déni, on ne prête pas attention à ces chiffres.
 
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