VIDÉO - Bernardo Bertolucci, réalisateur du "Dernier Tango à Paris" et de "Little Buddha", est mort

VIDÉO - Bernardo Bertolucci, réalisateur du "Dernier Tango à Paris" et  de "Little Buddha", est mort

DISPARITION - On lui doit des films aussi forts que controversés : "Le Dernier tango à Paris", "1900" ou encore "Le Dernier Empereur". Bernardo Bertolucci est décédé à l'âge de 77 ans, laissant derrière lui une filmographie incroyablement dense et sulfureuse, volontiers polémique.

Bernardo Bertolucci est décédé ce lundi à l'âge de 77 ans et les cinéphiles sont en berne. En effet, qui n'a pas été marqué au fer rouge par l'un de ses films, naguère multi-diffusés sur les chaines hertziennes ? On le sait, celui qui a commencé sa carrière grâce au réalisateur italien Pier Paolo Pasolini et qui a notamment été scénariste de Il était une fois dans l'Ouest (1968), a remporté son plus gros succès commercial en 1972 avec Le Dernier tango à Paris, romance sulfureuse gangrenée par le spleen et le mal de vivre, interprétée par un monstre sacré de l'époque, Marlon Brando, et révélant la jeune Maria Schneider, actrice en herbe, 19 ans à peine, qui sortira du tournage anéantie ("Je me suis sentie violentée. Oui, mes larmes étaient vraies", a-t-elle souvent déclaré bien après la sortie du film). Difficile de ne pas penser à elle.

Pleinement conscient de ce qu'elle avait subi à l'époque (la charge de la promotion du film et du scandale qui a suivi, Marlon Brando étant retourné dans son isolement), Bertolucci avait alors réagi au moment de la mort de la comédienne à l'âge de 58 ans : "Elle est partie avant que je ne puisse l'embrasser tendrement, lui dire que je me sentais liée à elle comme au premier jour, et, au moins pour une fois, lui demander pardon (...) Maria Schneider m'accusait d'avoir volé sa jeunesse et aujourd'hui seulement je me demande si ce n'était pas en partie vrai", avait-il déclaré à l'agence de presse italienne Ansa. La journaliste et écrivaine Vanessa Schneider a récemment raconté dans un livre Tu t'appelais Maria, comment la vie et le cinéma avaient contribué à anéantir l'actrice, n'épargnant ni Bertolucci ni Brando ("Cette scène a été ton fardeau. Toute ta vie, tu as dû supporter les blagues douteuses, les vannes grivoises" écrit-elle).

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De Niro, Depardieu, Reeves... Tous devant sa caméra

En bien ou en mal, Le dernier tango à Paris a durablement marqué les esprits. Un succès qui a permis à Bertolucci, déjà connu pour son culte Le conformiste (1970) appartenant à la veine politique de sa filmo, de réaliser trois ans plus tard 1900 (1976), une fresque hallucinante soutenue par une incroyable distribution (Robert De Niro, Gérard Depardieu ou encore Burt Lancaster), sur l'itinéraire de deux Italiens nés dans un même village au début du XXe siècle. 

Rompu aux polémiques, le cinéaste saisit cette liberté sexuelle et sociale qui prit naissance à cette période-là pour transgresser les tabous dans des films provocants, équivoques et offensifs à l'instar de La Luna (1976), dans lequel il dirigeait Jill Clayburgh en mère d'un fils drogué (aussi prodigieuse que Brando dans Le dernier tango à Paris avec cette même capacité à incarner sans faiblir toutes les tempêtes psychologiques de son personnage). 

Une prédilection qu'il a sans doute héritée de Pier Paolo Pasolini, pour lequel il a été assistant sur Accatone et qui lui permet d'obtenir aussi de superbes performances des comédiens qu'il dirige - comme Ugo Tognazzi dans La Tragédie d'un homme ridicule, lauréat du Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1981.

Besoin d'exil

S'exprime aussi de plus en plus fortement chez Bertolucci une intense mélancolie. Une envie de fuir aussi, de se mettre en danger, de fréquenter des zones inconfortables... La suite de sa filmographie l'invite à quitter l'Italie pour se chercher ailleurs : en 1987, Bertolucci frappe avec Le dernier empereur, évoquant comme son titre l'indique le destin du Dernier empereur de Chine. Résultat, neuf Oscars, dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. 

Bertolucci s’enfuira au Sahara (Un thé au Sahara, 1990) ou encore au Tibet pour le très mal aimé Little Buddha (1993), avec Keanu Reeves dans le rôle titre. Dans des films plus mineurs, il continuera de prouver ses qualités de directeur d'acteurs en dirigeant Liv Tyler dans Beauté volée en 1995, Thandie Newton dans Shandurai en 1999 ou encore Eva Green dans The Dreamers en 2003. 

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