Bryan Singer accusé d'agression sexuelle sur mineur : grandeur et décadence d'un réalisateur en plein scandale

Bryan Singer accusé d'agression sexuelle sur mineur : grandeur et décadence d'un réalisateur en plein scandale
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CHUTE LIBRE - Le réalisateur américain Bryan Singer, qui a dirigé plusieurs volets de la saga "X-Men", est accusé d'avoir violé, en 2003, un jeune homme mineur à l'époque des faits supposés, qui l'a assigné en justice. Du réalisateur surdoué de "Usual Suspects" au réalisateur viré de "Bohemian Rhapsody", grandeur et décadence d’un artiste éclaboussé par les scandales.

En 1995, déflagration dans le cinéma américain. Le réalisateur Bryan Singer, déjà auteur d’un très remarqué Public Access (Grand Prix du jury au Festival de Sundance en 1993), signe Usual Suspects, thriller produit en dehors des studios annonçant Se7en de David Fincher (1996, soit un an plus tard).Le spectateur de cinéma y était KO jusqu’à l’étourdissement, ébloui par la maestria de la mise en scène et par l’intelligence machiavélique du scénario, digne d'un joueur de bonneteau, utilisant les codes du film policier façon Rubik's cube. 

Une bombe à Hollywood

Surtout, il révélait Keyser Söse, cette créature diabolique incarnée par une autre révélation majeure du cinéma US : Kevin Spacey, boiteux de la bande manipulant façon démiurge les cinq truands miteux du film. Un cinéaste cinéphile adepte de manipulations retorses émerge : Bryan Singer, biberonné à Billy Wilder, Steven Spielberg, Martin Scorsese. Jeune homme mystérieux au regard clair à qui l’on prêterait le bon Dieu sans confession. Hollywood est à ses pieds. 

Quatre ans après, Singer signait Un élève doué, thriller scabreux adapté de Stephen King dans lequel un ado joué par Brad Renfro (l'acteur est retrouvé mort en 2008 après une overdose d'héroïne), fasciné par l'Holocauste, débusquait un ancien nazi (Ian McKellen), recherché pour crime contre l'humanité, et entendait le faire chanter. Cette réflexion sur le mal, sa fascination et sa transmission, Singer la poursuit dans le cadre de blockbusters à succès comme X-Men et sa suite dans les années 2000. 


Au fil des années, Singer se considère à juste titre comme un mutant à qui on ne refuse rien – un petit film de guerre (Walkyrie) comme la résurrection d’un mythe (Superman Returns). Mais à l’ombre de cette trajectoire dorée, quelques scandales émergent. Les rumeurs bruissent. Les absences, notamment sur les tournages de X-Men: Apocalypse et Superman Returns, se répètent. Bohemian Rhapsody, biopic sur Queen duquel il a été viré, pourrait bien être un point de non-retour dans son parcours de golden boy hollywoodien.

Une carrière émaillée de plaintes ...

Une trajectoire en chute libre qui trouve sa source dans les affaires survenues le mois dernier. Les courbes se croisent : la chute est aussi rapide que les accusations qui émaillent sa carrière sont graves. Outre les témoignages qui racontent son comportement erratique sur les tournages, les plaintes d'accusations d'agressions sexuelles et de viol ne sont pas récentes. 


L'affaire Weinstein a fait ressurgir les articles et autres liens vers des blogs traitant des affaires visant le réalisateur d'Usual Suspects. Même le monde du cinéma s'y met : Jessica Chastain retweete un article sur des accusations d’agressions sexuelles sur mineurs visant Bryan Singer. Evan Rachel Wood en fait de même mais retire son tweet peu de temps après.

Les accusations ne sont pas nouvelles. Mais chacune a soit été abandonnée, soit vu le plaignant ou la plaignante être débouté.  1997 : un article d'Entertainment Weekly rapporte qu'un jeune mineur de 14 ans a déposé une plainte contre Singer. Le réalisateur y est accusé de lui avoir ordonné de se déshabiller pour les besoins d'une scène d'Un élève doué, dans un vestiaire d'école. Singer se serait alors excusé auprès des producteurs et le tournage a repris son cours. Plus tard, trois autres jeunes se plaindront de la teneur de certaines scènes : ils expliqueront notamment qu'on leur a demandé de se mettre nus, dans une salle de douche commune, alors qu'ils étaient mineurs. Toutes les plaintes ont été classées sans suite, par manque de preuve. 

En 2014, Michael Egan III, la trentaine prend le relai. Il accuse le réalisateur de l'avoir forcé à avoir des relations sexuelles lors d'une soirée dans une maison en Californie et à Hawaii. Tout ce se serait passé dans les années 90, alors que ce dernier était mineur. La plainte accuse Bryan Singer de s'être "servi de son pouvoir, de sa fortune et de son statut dans le milieu du spectacle pour agresser sexuellement le plaignant mineur, à l'aide de drogues, d'alcool, de menaces et de flatteries". Lors d'une conférence de presse, il avait déclaré qu'on l'avait drogué et forcé à boire de l'alcool dans une maison précise : "Dans cette maison, j'ai été violé à plusieurs reprises par de nombreuses personnes", déclarait-il à l'époque. Il confiait également que quelqu'un l'avait menacé en plaçant une arme à feu dans sa bouche. "J'étais enfant, j'avais une peur bleue", avait-il dit. 


L'avocat de Singer avait déclaré que cette plainte avait été déposée dans le seul et unique but de nuire à son client qui s'apprêtait à faire la promotion - qu'il n'a finalement pas faite, d'ailleurs - de son film "X-Men". Il avait même estimé que ces accusations ne "tenaient pas debout", se disant "confiant dans le fait que Bryan obtiendrait justice dans cette affaire absurde et diffamatoire". Quatre mois après le dépôt de sa plainte, Michael Egan III demande que celle-ci soit retirée devant un tribunal de l'Etat d'Hawaii, ce qui sera fait. Cette année-là, une seconde plainte vient ternir la réputation du réalisateur. Un jeune homme britannique accuse Singer et son associé Gary Goddard (depuis, accusé par Anthony Edwards - Mark Green dans "Urgences" - d'attouchements alors qu'il était enfant) de multiples agressions sexuelles. Là encore, pas de suite.

Et un entourage "sulfureux"

L'accalmie sera de courte durée pour Singer. En 2015, le documentaire de la réalisatrice Amy Berg (nommée aux Oscars dans la catégorie du meilleur documentaire pour son travail sur les abus sexuels sur enfants au sein de l'Eglise catholique) est présenté à Cannes. D'aucuns s'étonneront que celui-ci ne trouve pas de distributeur prêt à le diffuser sur les écrans. Avec "An Open Secret", Amy Berg s'attachait à faire témoigner des acteurs victimes d'abus sexuels de la part de patrons de studio de cinéma, d'agents et de réalisateurs. 


Dans ce film, Michael Egan III réitère ses accusations envers le réalisateur et ses "amis". Y est principalement ciblé  Marc Collins-Rector, fondateur d'un Netflix avant l'heure, en 1998, avec son compagnon d'alors, âgé de 15 ans, Chad Shackley et du businessman Brock Pierce. L'un des financiers de ce projet est Bryan Singer, un proche de Collins-Rector.  Le projet-phare de cette plateforme est "Le monde de Chad", une série diffusée sur le net qui raconte la nouvelle vie de Chad et son frère, dans une luxueuse villa californienne. Un villa appartenant aux producteurs qui, une fois les caméras éteintes et la nuit tombée, se transforme en lieu de toutes les orgies et faits interdits par la loi. 


Deux des fondateurs de cette entreprise visionnaire seront arrêtés quelques années plus tard, puis relachés. Collins-Rector, lui, passera quelques mois en prison après avoir plaidé coupable de neuf chefs d'accusations pour abus sexuels sur mineurs,avant d'être relâché. Aujourd'hui, il est enregistré comme délinquant sexuel aux Etats-Unis. Bryan Singer, lui, ne sera jamais poursuivi malgré les témoignages nombreux qui rapportent sa présence lors de ces soirées dans la villa. Il a toujours nié chacune des accusations qui le visent.


Si le documentaire est présenté par la presse comme un travail "persuasif, puissant et incendiaire", "choquant" et "puissant", celui-ci ne trouvera jamais vraiment son public ert sera diffusé dans ... 20 villes aux Etats-Unis. L'Affaire Weinstein lui a comme redonné une seconde vie. 

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