Cérémonie religieuse, croix autour du cou : mais au fait, Johnny Hallyday était donc croyant ?

QUE JE T'AIME - Ce n’est pas quelque chose qu’il mettait en avant. Mais toute sa carrière, le chanteur a joué avec les symboles religieux. Et a souvent évoqué la religion ou Dieu dans ses chansons. LCI remonte la piste.

Johnny vaut bien une messe. Et même plusieurs. Depuis l’annonce de sa mort, plusieurs offices ou veillées ont été célébrées, pour la "paix de son âme". Et samedi, c’est aussi une cérémonie religieuse à la Madeleine, à Paris, qui va constituer le moment fort de "l’hommage populaire" rendu au chanteur. Johnny, le rockeur rebelle, dans une église ? Pour les néophytes, qui redécouvrent le chanteur depuis quelques jours, l’option peut étonner. Johnny était donc croyant ? Il avait la foi ? Etait pratiquant ? Et pourtant... si la star n’a jamais fait étalage de ses convictions, l’homme, tout au long de sa carrière, n’a cessé d’afficher des traces, pour les esprits attentifs, d’une croyance certaine. A sa façon, avec ses convictions, mais c’est bien là.


Il y a, d’abord, cette croix qu’il portait autour du cou. D’abord petite et simple, à ses débuts, de plus en plus imposante avec les années. Etalée sur le torse de la star, ce gros pendentif représente un Christ en croix, une guitare lui barrant des hanches. Un bijou fétiche bien connu des fans, dont les répliques s’échangent sur les sites dédiés. 

Il y a, aussi, cette croix à même la peau, imposante sur le torse du chanteur qui apparaît sur la pochette de l’album "Jamais seul", en 2011 : tatouage qui, en regardant des photos de Johnny par la suite, pourrait bien être un photomontage, mais le message est clair et public : il y a quelque chose à chercher par là. 

A cette époque, cette croix est d’ailleurs reproduite sur l’affiche qui annonce la tournée de concerts dans toute la France. Y a-t-il un message caché ? Le chanteur y apparaît dans une pause courbée et le montage fait qu’il a les yeux posés sur le symbole religieux.

Cherchons plus loin. Car tout au long de sa vie, dans ses chansons, Johnny émaille de références religieuses. Discrètes, parfois, mais bien là. En 1961, la chanson Avec une poignée de terre, sur l’album Retiens la nuit, Johnny raconte librement, légèrement, la création du monde par Dieu... et notamment la femme. "Avec une seule poignée de terre, Il a créé le monde/Et quand il eut créé la terre Tout en faisant sa ronde/Le seigneur jugeant en somme Qu’il manquait le minimum/Il créa la femme Et l’amour qu’elle a donné aux hommes." 

Dans "Si j’étais un charpentier" en 1967, Johnny Halliday se met à la place de saint Joseph, le père de Jésus : "Si j’étais un charpentier/ Si tu t’appelais Marie/ Voudrais-tu d’abord m’épouser/ Et porter notre enfant/Prends l'amour que je te donne/Tu dois être forte/ Quand notre fils sera un homme/ Il aura beaucoup à faire."

Arrive, en 1970, la chanson "Jésus-Christ". Bon, forcément, Jésus, Johnny le voit à sa façon. "Jésus-Christ est un hippie", chante le chanteur. "S’il existe encore aujourd’hui/ il doit vivre aux Etats-Unis/ il doit jouer de la guitare/ et coucher sur les bacs des gares/ il doit fumer de la marijane/ avec un regard bleu qui plane." L’époque sort de 1968 mais la chanson fait polémique. Interdite sur les ondes de l’ORTF. Le chanteur frôle l’excommunication. 

Dans leur biographie "Johnny Hallyday, histoire d’une vie", Jean-Dominique Brierre et Mathieu Fantoni rapportent qu’à l’époque, Johnny se défend de toute volonté de blasphémer : "On peut me faire ce qu’on voudra, je resterai chrétien. Je suis sûr que Jésus, lui, ne m’en veut pas. Il sait que je n’ai pas voulu l’insulter ni le tourner en dérision, et cela seul compte pour moi."


Il y a aussi eu le bien connu "Marie", en 2002. Un million d’exemplaires vendus. Le plus gros succès de l’artiste. "Oh Marie si je pouvais, Tans tes bras nus me reposer/Oh Marie si tu savais, Tout le mal que l'on m'a fait, Oh Marie j'attendrai qu'au ciel tu viennes me retrouver".

Dieu, c'est mon idoleJohnny Hallyday, dans une interview à La Vie

Il est comme ça, Johnny. Croyant, mais pas dans les rangs. Il a été élevé dans la religion catholique, a été baptisé à un an, en 1944 en l’église de la Sainte-Trinité à Paris. Chose sûre, aussi, il est resté marqué par l’éducation de sa tante, croyante et pratiquante. Pour le reste, il est difficile de définir sa spiritualité. Pas du genre à raconter sa foi publiquement, Johnny. C’est au travers d’interviews, qu’il laisse perler quelques phrases. Il cherche quelque chose, c'est sûr. Montre sa quête, dit aussi ses doutes. 


En 2006, dans l’hebdomadaire chrétien , La Vie, Johnny raconte, à l’occasion de la sortie du film Jean-Philippe : "J'ai reçu une éducation religieuse, je ne suis pas pratiquant mais je reste croyant. Dieu, c'est mon idole, lâche le rocker. Je ne crois pas en un au-delà, à une autre vie après notre disparition". Entre Dieu et Johnny, la relation semble parfois compliquée. "J'ai rarement été exaucé dans mes prières. À plusieurs reprises, quand des êtres qui m'étaient chers étaient sur le point de trépasser, je me suis adressé au ciel. En vain..., confesse-t-il. J'en suis arrivé à la conclusion que Dieu ne peut pas accomplir grand-chose pour ses créatures." Johnny a aussi rencontré l'Abbé Pierre : "Son humanité, son amour des êtres humains m'ont touché. Parler avec lui fut extrêmement apaisant. Et finalement nous partageons, l'Abbé Pierre et moi, la même vision de la religion. Il ne cessait de me répéter : 'Il faut croire, même si nous ne sommes pas exaucés.'"

Ça m’arrive de dire : 'Merci mon Dieu', mais je crois plutôt en ma bonne étoileJohnny Hallyday, dans une interview au Point

Dans Le Point, en 2013, il dit sa quête : "Je crois qu’il y a un Dieu, mais ce Dieu, je ne le connais pas. Par contre, je pense que j’ai une très bonne étoile ! (...) Cette étoile, c’est peut-être Dieu… " Il ne sait pas toujours en quoi il croit, mais en tout cas, c’est sûr, "je crois en quelque chose", confesse-t-il ecnore en 2014, à nouveau dans Le Point : "C’est-à-dire que je ne suis pas croyant, mais je crois – pour moi, c’est certain – qu’il y a sûrement un dieu qui me surveille.(…) Ça m’arrive de dire : 'Merci mon Dieu', mais je crois plutôt en ma bonne étoile."


Pour le père Luc Reydel, qui a organisé jeudi soir une veillée de prière à l’église Saint-Roch à Paris, c’est clair : Johnny a quelque chose en lui. "Cet homme a donné sa vie pour la musique, et qui dans la musique a été un témoin, avec un élan de vie extrêmement grand, raconte le prêtre sur France Info ce vendredi. Il y a dans le don qu’il a fait de lui-même sur scène, dans cette bête de scène qu’il a été, un élan qui a touché le cœur des Français. C’est ça qu’on a voulu célébrer, cet élan qu’il a pu vivre, cette joie cet élan qui habitaient Johnny." 

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Johnny Hallyday : une vie de légende

Sur RTL, mercredi, son ami, le réalisateur Claude Lelouche, ne dit pas tellement autre chose : "Si le public s’est jeté sur lui, c’est qu’il y a, chez lui, du divin." En tout cas,  Pierre Billon, compositeur, parolier et ami, en est sûr : "Il avait la foi parce qu’il portait des croix, quoi qu’il arrive, raconte-t-il sur France Info. Johnny disait la route est belle. Il a toujours aimé la route". Johnny Hallyday, dit-on, avait peur de la mort. Pourtant, ce sont des notes d'espoirs, qu'il donnait, en 2009, au moment des premiers soucis de santé, au micro de Paris Première : "Ne vous inquiétiez pas : mourir, c’est continuer là-haut. Ils doivent doit faire la fête là-haut !" 

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Johnny Hallyday : l'immense "hommage populaire"

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