Tomer Sisley, Jamel Debbouze, Gad Elmaleh... Des humoristes soupçonnés de plagiat, le monde du spectacle rit jaune

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DÉCRYPTAGE - Un Youtubeur anonyme a jeté un pavé dans la mare, cette semaine, en effectuant des montages mettant en parallèle des spectacles d’humoristes français, et de leurs collègues américains. Les similitudes sont parfois troublantes. Côté monde de l'humour, aucune réaction, ou presque.

"Plagiat, ou coïncidence ?" C’est par ces quelques mots qu’un Youtubeur français a levé le lièvre. L’air de rien. Mercredi dernier, il a mis en ligne deux vidéos longues chacune de 7 minutes, montrant, d’un côté, un spectacle de Tomer Sisley réalisé en 2006, et de l’autre, celui d’un humoriste américain, Nick Swardson, datant de... 2001, de Robin Williams datant de 2003, de Jon Stewart datant de 1996....En tout, une belle dizaine d’humoristes américains.


Et la coïncidence est en effet troublante : les vannes, les thèmes abordés, mais aussi les gestuelles, se révèlent très ressemblantes. Pour de l’inspiration, c’est poussé loin. Pour de l'hommage, c'est bien caché.


Pour diffuser ses vidéos, cet internaute, qui souhaite rester anonyme mais qui indique travailler dans le monde du spectacle, a créé un comte Twitter, CopyComicVidéos, un compte "créé pour faire la lumière sur le plagiat opéré par certains comédiens de stand-up", et une chaîne Youtube du même nom

Quelques jours après, le même internaute met en ligne d’autres extraits vidéos. Ce coup-ci, d’autres humoristes sont épinglés : Jamel Debbouze en 2004, qui reprend un sketch de Dave Chapelle sur le cambriolage ; Gad Elmaleh qui repompe celui de Jerry Seinfeld sur l’hôtesse de l’air ; ou encore Arthur qui reprend du Robin Williams, Malik Bentalha reproduisant Jerry Seinfeld, et d’autres...

Alors, coïncidence ? Ou plagiat ? Les vidéos présentent tant de similitudes que les internautes en plaisantent : "Si un jour tu veux voir une compil des blague américaines, va voir Tomer Sisley", écrit l’un d’eux. Un autre était à la base plus sceptique. "J’en avais entendu sans voir la vidéo, et je me disais c’est normal de s’inspirer", écrit-il. "Mais après avoir vu ça, effectivement je comprends qu’on parle de plagiat. Après il a quand même du mérite il s’est servi de pas mal d’humoristes différents... " Un troisième est plus tranché : "S'inspirer, ok. Mais littéralement pomper intégralement des sketchs, sans jamais mentionner les auteurs..."


Et les Twittos ont déjà trouvé leur nouvelle blague, à base de photocopieuse.

Il est vrai que le stand-up, pratique qui consiste à s’adresser au public en racontant des épisodes de sa vie, est née aux Etats-Unis. Le genre s’est ensuite exporté en France, au début des années 2000. Et a été popularisé notamment par des artistes comme Jamel Debbouze, ou Gad Elmaleh, avant de donner lieu à une vague de jeunes humoristes, propulsés par des scènes dédiées, comme le Jamel Comedy Club.  Toujours, les jeunes artistes ont confié leur fascination, leur admiration pour la scèbne américaine. Mais il est vrai, sans souvent ne citer de noms dans leurs spectacles.


Sur cette affaire, qui agite les réseaux sociaux depuis une semaine, le monde de l’humour et du spectacle semble peu prompt à réagir. Et est même curieusement silencieux. Kader Aoun, co-auteur de Tomer Sisley , mais aussi metteur en scène de spectacles de grands noms de la scène humoriste (Jamel Debbouze, Mathieu Madenian, Norman, Thomas VDB...) indique au Monde refuser de s’exprimer sur "la volonté malveillante d’un personnage anonyme. Il a posté plus d’une centaine de Tweets en quatre jours sur Tomer Sisley, c’est un déferlement".

Un semblant de réponse est venu dimanche du couple Sisley. La compagne de Tomer, Sandra de Matteis, a publié une courte vidéo sur son compte Instagram. On la voit hurler "Leave Tomer alone !", une allusion à la vidéo de Chris Crocker, qui a eu son quart d'heure de célébrité sur internet en criant au monde, en larmes, "Leave Britney alone". Il défendait la chanteuse pop Britney Spears moquée après une performance aux MTV Video Music Awards. Dans la vidé de Sandra de Matteis, on entend, hors caméras, Tomer Sisley lui dire : "Attends Sandra, ça aussi ça a déjà été fait". Ce à quoi sa compagne répond, la moue boudeuse  d'enfant qui va pleurer : "On peut plus rien faire quoi…"

Alors, les spectacles des humoristes rendent-ils réellement hommage, au monde de l’humour américain ? Sans toutefois jamais citer de nom ou de références ? Ou cette question d’inspiration n’est-elle pas bien pratique pour combler des trous d’idées ? Le Monde, qui revient longuement sur l’histoire dans son édition de mercredi, évoque à ce sujet un "secret de polichinelle". "Dans le milieu, cela se savait", raconte la directrice artistique du Point virgule Antoinette Colin, expliquant que cela se pratique aussi dans l’autre sens. "Même en France les comédiens deviennent obsédés par ce risque du plagiat et certains ne veulent plus faire de scènes ouvertes de peur de se faire piquer leurs vannes". Sont aussi évoqués un contexte où la concurrence est de plus en plus forte, le manque d’auteurs flagrant, les idées tournent en rond... et que copier un petit peu ce qui marche outre-Atlantique,  est un moyen de devenir connu le plus vite possible. 

Où s’arrête l’hommage, où commence le plagiat...Pierre Palmade, sur Quotidien

Pour le reste, peu de comédiens ou humoristes ont pris la parole. Mercredi soir, l’humoriste Pierre Palmade, en promotion pour son nouveau spectacle sur le plateau de Quotidien, n’a pas eu tellement le choix (44''). Il a d’abord laissé entendre que cela se pratiquait depuis longtemps. "Guy Bedos me racontait que Fernand Raynaud (artiste comique des années 1960, ndlr) était connu pour aller voir les nouveaux humoristes pour voir les idées, s’inspirer, et il me dit : à chaque fois qu’il y avait Fernand Raynaud dans la salle, on jouait nos plus mauvais sketchs ! Pour ne pas se les faire gauler..." 

En vidéo

Invité : Pierre Palmade veut être aimé !

Le phénomène ne serait donc pas nouveau. Il y a quelques années, Roland Magdane et Michel Lebb s’étaient eux aussi fait accuser de plagiat, l'un d'un sketch de Bill Cosby, l'autre un spectacle Dany Kaye. Le lien entre inspiration, hommage et plagiat est en effet ténu, surtout quand il n’en est pas fait mention.


L’affaire pourrait d'ailleurs ne pas en rester là. Le compte ComicCopyVideos promet de nouvelles révélations, et a mis en ligne un formulaire sur lequel les internautes peuvent dénoncer les plagiats observés dans les spectacles. Le début d’un long feuilleton ? 

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