Coming out de Lil Nas X : l'homosexualité dans le rap, un sujet encore tabou en France ?

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DECRYPTAGE - Au lendemain de la Marche des fiertés, dimanche, le rappeur Américain Lil Nas X, 20 ans, faisait son coming out sur Twitter. Un sujet de moins en moins tabou outre-Atlantique mais qui le reste en France. Explications.

C'est un acte fort. Dimanche 30 juin, le rappeur Américain Lil Nas X a utilisé son compte Twitter pour revendiquer fièrement son homosexualité,  au lendemain de la Marche des fiertés. "Certains d’entre vous le savent déjà, certains s’en fichent, d’autres vont arrêter de me suivre", a écrit le rappeur de 20 ans. "Mais avant la fin de ce mois, je veux tous que vous prêtiez attention à 'c7osure'", a-t-il ajouté au sujet de son nouveau single où il explique ne "plus vouloir jouer un rôle". Un message ponctué d’un arc-en-ciel, symbole de la mobilisation LGBTQ (acronyme qui signifie lesbienne, gay, bisexuel, transgenre ou queer).

Le coming out de Lil Nas X a été salué par de nombreuses célébrités comme la chanteuse Miley Cyrus, dont le père Billy Ray chante en duo avec le rappeur sur le tube "Old Town Road" : "Tellement fière de mon petit frère. Je serai toujours de ton côté mon ami", a-t-elle écrit sur Twitter. Le coming out médiatique prouve que le tabou de l'homosexualité a été levé depuis plusieurs années dans le milieu de la musique en Amérique, y compris dans le rap, genre viril s'il en est.


En 2007 déjà, les rappeurs Deadlee et Bigg Nugg organisaient la tournée Homo Revolution Rap Tour, où dix-sept artistes de produisaient sur la même scène en l'honneur des droits LGBT. Cinq ans plus tard, la superstar de Jay-Z déclarait dans une interview à CNN qu'il ne percevait "aucune différence entre la discrimination contre les homosexuels et la discrimination contre les personnes de couleur".

Je pense que nos rappeurs manquent de confiance en eux et se sentent obligés d'exposer une image de virilité poussée à l'extrême !Arnaud Boisseau, porte-parole de l'association "STOP Homophobie"

Le rap français peut-il en dire autant ? "Les débats sur la question LGBT sont arrivés plus tard dans la société française qu'en Amérique et ça se ressent dans le milieu du rap", estime Arnaud Boisseau, porte-parole de l'association "STOP Homophobie" pour qui certaines stars hexagonales du genre démocratisent "cette vision de l'homme viril et l'illustrent dans leur clip où ils sont entourés de jeunes femmes à moitié dénudées et où le champagne et les billets coulent à flot. Je pense que nos rappeurs manquent de confiance en eux et se sentent obligés d'exposer une image de virilité poussée à l'extrême !".


Un coming out comme celui de Lil Nas X, s'il advenait, serait-il mal vu au sein du rap français ? Dans l'enquête de LCI, publiée en juillet 2017 (en lien ci-dessous), le jeune rappeur Monis expliquait avoir essuyé les refus de plusieurs labels, gênés par le fait qu’il soit "ouvertement homosexuel" et qu’il en faisait le thème de son opus. "On ne voulait pas miser sur moi, racontait-il. J’arrivais dans un monde réputé homophobe et ça n’allait pas ensemble". Il a fini par financer et diffuser son album par ses propres moyens.

Dans le milieu de la chanson, on constate en revanche une nette évolution. Le chanteur Français Eddy de Pretto banalise l'homosexualité dans ses chansons comme "Kid" et "Normal". Le jeune Bilal Hassani, représentant français au Concours Eurovision 2019, clame lui haut et fort son homosexualité depuis qu'il l'a annoncée sur les réseaux sociaux en 2017. Le mois dernier, il a ainsi reçu le prix de la personnalité LGBTI (le 'i' désignant intersexe) de l'année, lors de la cérémonie des Out d'or, à Paris.

"On m'utilise dans plein de médias pour dire ‘Regardez c'est bon, il y a un homo avec une perruque tout est réglé, tout va mieux’. C'est faux ! Des gens meurent, c'est grave il faut que ça change !", avait déclaré à cette occasion le jeune homme victime de harcèlement sur les réseaux sociaux.

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