Dany Boon : comment il a cultivé son image de "patriote fiscal" qu'épingle Mediapart

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RÉCAP' - Accusé par Mediapart d'optimisation fiscale dans une enquête mise en ligne mercredi soir, le comédien a répliqué jeudi à cette mise en cause sur ses réseaux sociaux. Une réponse dans la droite ligne de ses propos passés : il n'a eu de cesse de se justifier sur ses impôts et salaires depuis qu'il est devenu l'un des acteurs français les mieux payés avec le succès monstre de "Bienvenue chez les Ch'tis" en 2008. Morceaux choisis.

C'est loin d'être la première fois que son rapport à l'argent lui vaut de faire les gros titres. Dany Boon, qu'il soit ou non contraint d'aborder le sujet, fait partie des rares personnalités à répondre aux questions qui touchent au portefeuille. Régulièrement en tête du top 10 des acteurs les mieux payés depuis le carton de "Bienvenue chez les Ch'tis" en 2008, avec un cachet moyen de 2,5 millions d'euros par film, le réalisateur de "Radin" a souvent été interrogé sur ses impôts, réaffirmant à chaque fois son souci de les payer en France. Des prises de parole nombreuses au fil des années, qui lui valent aujourd'hui d'être au cœur d'une enquête de Mediapart

"C'est la mise en scène par Dany Boon de son patriotisme fiscal qui a suscité un mouvement de sources vers nous", a en effet expliqué  le site d'investigations en mettant en ligne jeudi soir plusieurs documents officiels "révélant une attitude étrange pour un patriote fiscal démentant avec constance se prêter au jeu de l'optimisation et de l'évasion fiscales ou avoir un quelconque lien avec les paradis fiscaux".

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Dès 2008, ainsi, il s'amuse dans "ONPC" lorsque Laurent Ruquier lui demande s'il compte s'exiler à Marseille après les ventes astronomiques des DVD de "Bienvenue chez les Ch'tis" :  "Ma femme est suissesse et je reste en France". Il finira pourtant par s'installer aux Etats-Unis avec sa famille. Pour le bien-être de ses enfants, assure-t-il. "J'ai un permis de travail. Je peux donc être résident mais non immigrant. Je compte vraiment continuer à payer mes impôts en France", explique-t-il au Film français en 2011.

Si j'avais vraiment voulu échapper aux impôts, je serais parti en Suisse puisque mon épouse a la nationalité suisse- Dany Boon en 2014

Deux ans plus tard, Dany Boon dénonce des contre-vérités quand le producteur et distributeur Vincent Maraval le pointe du doigt dans une tribune polémique publiée dans Le Monde, intitulée "Les acteurs français sont trop payés". Dans le JDD, il rectifie alors le salaire perçu pour "Astérix & Obélix : au service de sa majesté" (600.000 euros et non 1 million comme annoncé), et celui à venir pour "Supercondriaque" (2 et non 10 millions d'euros). Il affirme une première fois payer ses impôts en France et aux Etats-Unis, où il a créé une société de production. Il précise dans la foulée au Figaro qu'il est "beaucoup plus taxé (aux Etats-Unis) qu'en France". Histoire de remettre les pendules à l'heure.

Un discours qu'il n'aura de cesse de répéter par la suite. En 2014, il dit payer beaucoup d'impôts dans un entretien au Parisien. "Je suis content d'en payer en France et aussi aux Etats-Unis. Là-bas, je suis retenu à la source. J'habite dans l'Etat le plus taxé avec New York. Ici, les entreprises sont taxées à 33% ; là-bas, ma société l'est à 50%. Si j'avais vraiment voulu échapper aux impôts, je serais parti en Suisse puisque mon épouse a la nationalité suisse", martèle-t-il. 

En 2017, lorsqu'il appelle à voter Emmanuel Macron dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, il rappelle qu'il est "imposé à 51% d'impôts dont 30% en France" et qu'il "reverse depuis plusieurs années la totalité des droits sur les produits dérivés de [ses] films, soit à ce jour plus de 2,5 millions d'euros, pour aider des associations caritatives et des gens dans le besoin dans le Nord et en France". Une manière d'anticiper les remarques sur son train de vie.

La question de l'exil fiscal revient encore sur le tapis au moment de promouvoir "La Ch'tite famille" début 2018, pour lui qui vit alors entre Londres, Los Angeles, la France et la Belgique. 

Une feuille d'impôts à deux chiffres en millions d'euros

"Je paie 50% d'impôts en France quoi qu'il arrive (...). J'ai gagné cet argent grâce à mon pays, à l'éducation que j'y ai reçue, c'est normal que ça lui revienne", martèle-t-il dans Marianne. "Quand je lis que je fais de l'évasion fiscale à Los Angeles, ça m'amuse parce que c'est en Californie que les impôts sont les plus chers", sourit-il dans Le Parisien. Il raconte avoir congédié l'expert-comptable qui lui avait conseillé de "monter une structure au Luxembourg pour payer moins d'impôts". Sur le plateau de "C à vous", il se dit "ravi" de payer des impôts en France et fier car il vient pour la première fois de s'acquitter d'une "feuille d'impôts à deux chiffres en millions d'euros". Un document qu'il assure avoir affiché pendant un temps dans son bureau. 

Ces propos, il les réaffirme ce jeudi en répondant via les réseaux sociaux à l'enquête de Mediapart.

"Je suis fier d’avoir payé en France en 2018, sur mes revenus 2017, un impôt très important correspondant à un taux d’imposition de près de 50%", martèle-t-il, assurant que ses "économies placées le sont légalement et déclarées dans le strict respect du droit et du devoir fiscal". 

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