Charles Aznavour en haut de l'affiche : de "Tirez sur le pianiste" au "Tambour", 5 de ses rôles marquants au cinéma

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POLYVALENCE - On connaît davantage le chanteur, mais Charles Aznavour, à qui la France rend hommage ce vendredi, s'avérait également un excellent acteur au cinéma. Plus discret, certes, mais pourvu d'une carrière riche d'une soixantaine de films. Des "Dragueurs" de Mocky au "Tambour" de Schlöndorff, en passant par "Tirez sur le pianiste" de Truffaut, voici cinq films cultes dans lesquels il a joué.

"Sur la bonne soixantaine de films que j'ai tournés, il y a quand même beaucoup de navets", plaisantait Charles Aznavour  avec la modestie qui le caractérisait. "Avec le recul, je peux être fier d'une petite dizaine d'expériences (...) C'était une respiration et une détente pour moi d'échapper à l'univers assez solitaire du music-hall."


On le sait peu, mais ses premiers rôles, non crédités, remontent à 1936 et 1938 dans La guerre des gosses et Les disparus de Saint-Agil. Il dira s’être imprégné, adolescent, de la méthode Stanislavski, axée sur la prise de conscience intérieure par l’acteur de son personnage. Ce qui lui servira autant pour ses tours de chant que devant la caméra. 

C’est dans Adieu chérie (1946) réalisé par Raymond Bernard, avec Danielle Darrieux en vedette, qu’il obtient son premier rôle. Mais il doit attendre douze ans avant de se faire remarquer dans La tête contre les murs de Georges Franju (1958) aux côtés d'un certain Jean-Pierre Mocky, alors acteur mannequin et aspirant réalisateur. Retour sur la carrière  de l'acteur Aznavour en cinq films marquants.

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REGARDEZ. L'hommage de Jean-Pierre Mocky à Charles Aznavour

"Les dragueurs" (Jean-Pierre Mocky, 1958)

De quoi ça parle : Paris. Le quotidien de deux jeunes hommes qui draguent dans les rues de la capitale. L'un est timide, l'autre est sûr de lui. Qui parviendra à repartir au bras d'une jeune femme ? 


Jean-Pierre Mocky engage Charles Aznavour pour sa première réalisation, Les dragueurs, en 1959, année où le chanteur obtient aussi un petit rôle dans Le testament d'Orphée de Jean Cocteau. Aznavour joue le timide du duo dans ce buddy movie avant l'heure. Tourné en noir et blanc, le film obtint un grand succès, aussi bien public que critique, et le terme de "dragueurs" devint grâce à lui une façon de désigner les jeunes gens qui accostent les femmes dans les rues. 

"Tirez sur le pianiste" (François Truffaut, 1960)

De quoi ça parle : Un pianiste dans un petit bar commence à avoir des ennuis lorsque deux gangsters s'en prennent à son frère qui se réfugie sur son lieu de travail. 


Dans Tirez sur le pianiste, Charles Aznavour brille par sa composition de pianiste de bar ayant des démêlés avec des gangsters : c'est sans conteste son meilleur rôle au cinéma. "Sa silhouette gracile le fait ressembler à saint François d’Assise", disait de lui Truffaut qui l’avait d’abord approché avec l’intention de lui consacrer un documentaire à la façon d'A bout de souffle, de Jean-Luc Godard. Ce pastiche léger de film noir, réalisé un an après le triomphe des Quatre Cents Coups, a particulièrement impressionné outre-Atlantique, constituant une influence majeure pour des réalisateurs comme Quentin Tarantino et Martin Scorsese. 

"Candy" (Christian Marquand, 1965)

De quoi ça parle : Candy, une délicieuse ingénue à la voix sucrée, décide de quitter son lycée et sa banlieue tranquille pour entreprendre un voyage initiatique, à la recherche d'elle-même. Mais son périple va prendre une tournure inattendue, complètement psychédélique. 


Soyez-en sûrs : cet objet pop et sixties, devenu culte pour de mauvaises raisons, ne ressemble pas aux autres. Mais aucun des acteurs n’avait besoin de ce film autant que ce film avait besoin d’eux. Imaginez donc une production internationale avec Marlon Brando, Richard Burton, Anita Pallenberg, John Huston, le boxeur Sugar Ray Robinson, Ringo Star... Et, last but not least, il faut avouer que c'est assez inattendu de voir Aznavour dans son premier rôle en anglais, interpréter un Quasimodo pervers qui marche au plafond. Il faut le voir pour le croire.

"Le tambour" (Volker Schlöndorff, 1979)

De quoi ça parle : A la fin des années 1920, dans la région de Dantzig, Oskar, refusant le monde cruel et surfait des adultes, décide à l'age de trois ans de ne plus grandir.


Charles Aznavour trouve un rôle bref mais très marquant dans cette allégorie très adulte et très forte adaptée d'un roman de Günter Grass. Il y joue un marchand de jouets permettant au jeune Oskar de se ravitailler en tambours et secrètement amoureux de la mère de l'enfant. En quelques scènes, il parvient à exister et à émouvoir. Le Tambour se vit décerner la Palme d'Or du 32e Festival de Cannes en 1979, ex-æquo avec Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. 

"Les fantômes du Chapelier" (Claude Chabrol, 1982)

De quoi ça parle : Dans une petite ville, un chapelier de métier a tué sa femme et entretient l'illusion que cette dernière est toujours vivante. Son voisin d'en face, un petit tailleur juif, devient son confident privilégié...


Claude Chabrol donne la possibilité à Charles Aznavour de revenir sur grand écran aux côtés de Michel Serrault dans Les fantômes du chapelier, adaptation d'un roman de Georges Simenon publié en 1949. Aznavour incarne un petit tailleur d'origine arménienne qui a percé le secret de son voisin (Serrault donc), un honorable chapelier ayant assassiné sa femme paralytique. 


A cette même époque, Claude Lelouch ressuscite aussi Aznavour au cinéma dans deux films sous son égide : Edith et Marcel et Viva la vie. Mais Aznavour n'a pas trouvé de rôle aussi marquant par la suite, en dépit d'une parenthèse chez Atom Egoyan (Ararat, 2002, sur le génocide arménien). 


On lui sait néanmoins gré d'avoir prêté sa voix au héros de Là-haut, film d'animation splendide réalisé en 2009. 

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