"J'ai été condamnée au silence contre ma volonté" : Asia Argento raconte son #MeToo dans un essai puissant

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RÉCIT - L'actrice et réalisatrice italienne revient sur le viol dont elle a été victime il y a 22 ans et sur les conséquences de son implication dans le mouvement #MeToo. Un "lynchage public malveillant" dans son Italie natale qui l'a plongée dans "la dépression la plus extrême et la plus débilitante" qu'elle ait jamais eue, dit-elle dans un texte à paraître le 31 janvier et publié dans L'Obs cette semaine.

Ses mots ont été écrits avant que n'éclate le deuxième scandale. Avant qu'Asia Argento, l'une des accusatrices du producteur déchu Harvey Weinstein, ne soit à son tour accusée d'agression sexuelle par un jeune acteur. "Certains s'interrogeaient sur le maintien de son nom au sommaire. Ce qui a finalement prédominé dans notre réflexion, c'est son action comme militante. Elle a vraiment risqué sa personne et son nom; elle a joué un rôle important dans la constitution et le déploiement du mouvement #MeToo, même s'il existe aujourd'hui indépendamment d'elle",  expliquent dans L'Obs daté du 24 janvier Samuel Lequette et Delphine Le Vergos, à l'origine du recueil "Cours, petite fille !", à paraître aux éditions des Femmes le 31 janvier.


Le texte rédigé par l'actrice et réalisatrice italienne fera bien office d'avant-propos de l'ouvrage et se dévoile cette semaine dans les pages de l'hebdomadaire. Elle y parle sans détour, "à cœur ouvert", de son rapport à l'image de la femme, des raisons qui l'ont poussé à garder le silence sur son agression et des mois difficiles qui ont suivi le début de l'affaire Weinstein.

Fille du réalisateur Dario Argento, Asia Argento loue son amour pour le cinéma. "C'est ma vie, mon héritage, mon sang, ma passion", dit-elle, racontant avoir tout de suite intégré les codes d'une industrie "organisée en une stricte hiérarchie", menant des producteurs aux femmes. "Tout en bas" de la pyramide, les femmes. "Cette situation de dominée a infecté mon être et ma vie", explique-t-elle. "Si on me faisait du mal, émotionnellement ou physiquement, je n'imaginais pas qu'on m'écouterait ou me croirait. Que ça servirait à quoi que ce soit de révéler la vérité", poursuit-elle. La jeune femme se trouve "embarrassée" par son propre corps et se retrouve "réduite" aux rôles de séductrices hyper sexualisées.

On m'a dit que j'allais à une fête. Il se trouve que c'était une fête pour deux personnes. Moi et celui qui m'a violéeAsia Argento sur ce soir de mai 1997 à Cannes

Mais dans l'industrie du "marche ou crève", Asia Argento finit par "accepter les rôles qu'on choisissait" pour elle. Les actrices ont le choix entre incarner la mère où la putain. A elle, on lui propose la putain. "Le peu d'estime de moi que j'avais en tant que femme s'est évaporé", glisse-t-elle. Puis vient mai 1997 et ce rendez-vous avec Harvey Weinstein à Cannes qui vire au cauchemar. L'actrice italienne a 21 ans et affirme n'avoir "consenti à rien de ce qui m'est arrivé. Absolument à rien". "On m'a dit que j'allais à une fête. Il se trouve que c'était une fête pour deux personnes. Moi et celui qui m'a violée", relate-t-elle. En un instant, "toutes les ambitions que j'avais pour moi-même en tant qu'actrice ont été broyées et détruites".

Asia Argento se décrit comme "un agneau d'abattoir" dans un monde où les femmes n'ont "aucun pouvoir" et sont "soumises aux caprices et à la cruauté des hommes". "Je voudrais pouvoir reprendre cette nuit, revenir en arrière, ne pas la vivre, ne jamais avoir passé la porte de cette chambre. Ce qui est arrivé là, ce qui est arrivé ensuite, a changé ma vie pour toujours. J'étais salie", écrit-elle. Elle raconte ses séances de thérapie, son stress post-traumatique et sa dépression. Il lui a fallu plus de 17 ans pour parler de son agression une première fois. C'était à une amie qui venait de partager avec elle "une histoire similaire" à la sienne. 

A leurs yeux... je n'étais même pas bonne à être violéeAsia Argento sur les médias italiens

Puis arrive l'appel de Ronan Farrow en septembre 2017, un mois avant la publication de l'article choc dans The New Yorker qui va faire tomber Harvey Weinstein. Elle assure avoir été "dictée par sa conscience" au moment de témoigner. "Me confronter à ce démon est la chose la plus difficile que j'aie jamais faite", confesse Asia Argento. Parce qu'elle a eu peur de ne pas être crue. Parce qu'elle a eu peur que ses mots "signent la fin de sa carrière au sein de l'industrie du cinéma". "Mes mains étaient liées. Ma bouche était bâillonnée. J'ai été condamnée au silence contre ma volonté et je n'étais pas la seule", dit-elle, évoquant les autres victimes présumées.

C'est dans son Italie natale que les réactions ont été les plus violentes. Le seul pays où son "histoire n'a pas été acceptée." "On pensait déjà depuis des années que j'étais une putain. L'histoire de ce qui m'était arrivé avec mon agresseur était juste la confirmation dont le pays avait besoin pour le prouver", avance-t-elle. Elle énumère les fois où son nom a été "traîné dans la boue" et "sa réputation salie, encore et encore". "A leurs yeux, je ne méritais pas d'être la victime de ce monstre. A leurs yeux... je n'étais même pas bonne à être violée", se souvient-elle. Un "lynchage public malveillant" qui l'a plongée dans "la plus dépression la plus extrême et la plus débilitante" qu'elle ait jamais eue. De cette période trouble, elle ne veut retenir que le meilleur : le rôle d'activiste qu'elle a été amenée à prendre. "Ce #Metoo, je le crois, peut devenir la plus grande révolution de femmes depuis le droit de vote, le mouvement le plus large et le plus percutant auquel j'aie assisté dans ma vie". Et de conclure "nous ne sommes plus des victimes, nous sommes victorieuses".

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Hollywood : le scandale Harvey Weinstein

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