Poches percées, coups de folie et démêlés avec le fisc : Johnny Hallyday, "travailleur pauvre" sans "aucun capital"

"PANIER PERCE" - Johnny Hallyday, décédé dans la nuit de mardi à mercredi des suites d'un cancer, a été une figure régulière du classement annuel des chanteurs les mieux payés de France. Mais selon ses proches, il était pourtant un "travailleur pauvre", notamment en raison de ses dépenses astronomiques.

Train de vie dispendieux, dettes , démêlés fiscaux... : les questions d'argent ont poursuivi Johnny Hallyday une grande partie de sa vie. Monument du rock français décédé dans la nuit de mardi à mercredi, le "taulier" a été une figure régulière du classement annuel des chanteurs français les mieux payés (2e en 2016, avec 16 millions d'euros de revenus, selon le magazine Capital). En 60 ans de carrière, Johnny a accumulé des chiffres de ventes vertigineux (plus de 100 millions de disques) et tournées marathon. Il a aussi conclu de juteux contrats publicitaires et investi, avec plus ou moins de bonheur, dans diverses affaires (boîtes de nuit, vignobles, restaurant...). Sans compter les revenus tirés des produits dérivés.

Mais "contrairement à une idée répandue, il était un 'travailleur pauvre', osent les journalistes Catherine Rambert et Renaud Revel dans leur livre "Johnny, les 100 jours où tout a basculé", sorti en 2010. Et de développer : "Malgré ses nombreuses années de carrière, [il] n'a pas cumulé de patrimoine, car il a toujours eu un train de vie flamboyant. Il ne possède pas de capital, excepté son patrimoine immobilier".

Amateur de voitures et de motos de collection

Amateur de voitures et de motos de collection, menant grand train, Johnny voyageait au gré des saisons entre ses résidences de Gstaad (station huppée des Alpes suisses), Saint-Barthélemy dans les Antilles, Marnes-la-Coquette (ouest de Paris) et Los Angeles. 


Outre des tournées parfois ruineuses, à l'instar du "Johnny Circus" à l'été 1972, il dépensait aussi sans compter pour ses proches et innombrables "potes" invités de ses virées au quatre coins du globe. Un de ses amis a ainsi raconté avoir dû dissuader la star de lui offrir sur un coup de tête une toile d'Andy Warhol. "Mes seuls ennuis avec l’argent, c’est que j’en dépense trop", assurait-il au magazine Télérama en 2003.

Relations houleuses avec Universal

En 2004, son divorce douloureux avec sa maison de disques Universal avait jeté une lumière crue sur ce côté "panier percé". Johnny avait alors accusé Universal d'avoir mis en place un "système" pour l'asservir en profitant de sa situation financière désastreuse et tenté - en vain - de recouvrer la propriété des bandes originales de ses chansons. 


Les procès qu'il a intentés à sa maison de disques ont été l'occasion d'un grand déballage. On y a découvert un rockeur couvert d'hypothèques, faisant appel à son label pour payer ses factures, éponger ses dettes et assouvir ses caprices... comme ce prêt de 5 millions d'euros destiné à l'achat d'un yacht. Au fil des années, Universal s'était porté garant auprès du fisc, avait 

racheté sa maison de Ramatuelle (la célèbre "Lorada") et un hôtel particulier du XVIe arrondissement de Paris. En contrepartie, Johnny avait régulièrement accepté des modifications de son contrat, lui avait cédé ses droits à l'image et ceux sur le merchandising.

En France, la réussite, c'est louche, on trouve ça dégueulasseJohnny Hallyday, dans son autobiographie

Ses démêlés avec le fisc ont aussi abondamment défrayé la chronique, aupoint de devenir un sujet politique. Dès 1975, l'administration fiscale l'a fait condamner à de la prison avec sursis et exigé le remboursement de cent millions de francs d'arriérés, ce qu'il n'a fini de faire que dans les années 1990. 


Assujetti à l'impôt sur la fortune en France, il s'est régulièrement retrouvé au coeur de polémiques sur les exilés fiscaux. Comme en 2006, lorsqu'il a demandé la nationalité belge - en souvenir de son père, disait-il -, avant d'y renoncer. Puis quand il a décidé de s'établir une partie de l'année en Suisse, expliquant en avoir "marre, comme beaucoup de Français, de payer ce qu'on nous impose comme impôts". A quelques mois de la présidentielle, pour laquelle il soutenait Nicolas Sarkozy, ses propos avaient déclenché une tempête politique.


En 2011, le couple Hallyday avait subi un redressement fiscal, dans le cadre de la gestion d'une boîte de nuit du Cap d'Agde, l'Amnesia. Ces dernières années, ils étaient devenus résidents fiscaux aux Etats-Unis, où leurs plus jeunes filles étaient scolarisées. "En France, la réussite, c'est louche, on trouve ça dégueulasse", déplorait le chanteur abandonné en 2013 dans son autobiographie "Dans mes yeux".

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