L'actrice Karidja Touré affirme avoir été victime de discrimination dans un restaurant chic parisien, celui-ci réfute tout "délit de faciès"

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POLÉMIQUE – Dans un message posté ce dimanche sur Instagram, la comédienne française Karidja Touré, 25 ans, affirme avoir été victime de discrimination à l’entrée d’un restaurant parisien, le week-end dernier. LCI s'est entretenu avec l'actrice et le restaurant mis en cause.

C’est une star montante du cinéma français. Nommée au César du meilleur espoir féminin en 2015 pour son premier rôle dans "Bande de filles", Karidja Touré, 25 ans, a poussé un coup de gueule ce dimanche sur Instagram après s’être vue refuser l’accès au Café de l’Homme, à Paris, où elle souhaitait prendre un verre en compagnie de deux amies étudiantes. 

Une affaire qu’elle a accepté de raconter plus en détails ce lundi à LCI, encore choquée par le déroulé des faits. "Dans l’après-midi, l’une de mes copines qui s'appelle Nicole avait fait une réservation pour 23h30", raconte la jeune femme. L’hôtesse lui a précisé qu’il fallait être là à l’heure car les cuisines seraient fermées après. Le Café de l’Homme a rappelé ma copine à 23 heures pour savoir si la réservation était toujours valable. Elle leur a répondu que nous aurions un peu de retard et qu’on viendrait boire un verre aux alentours de minuit. L’hôtesse a répondu que dans ce cas-là, nous n’avions pas besoin de réservation."

Ma copine lui dit que c’est un délit de faciès. Le physionomiste rétorque : "Tout de suite les grands mots !"- Karidja Touré

Karidja Touré, signataire du manifeste "Noire n'est pas mon métier", arrive avec ses deux amies place du Trocadéro un peu après minuit. L'actrice nous précise que l'une de ses amies est noire, et l'autre, d'origine équatorienne "mais elle est souvent prise pour une arabe". Les trois jeunes femmes poussent les portes du musée de l'Homme puis se présentent devant l’entrée du restaurant : "Il y a un membre de la sécurité et un physionomiste. On se dit bonsoir, il nous demande si on a une réservation. Je lui explique la conversation que mon amie a eue avant avec l’hôtesse (…) Pendant ce temps un Monsieur se présente, il dit qu’il rejoint des amis, lui rentre tout de suite. Le physionomiste se retourne vers nous et dit : 'ça ne va pas être possible pour vous'.  Je lui réponds : 'pardon, comment ça ?'. Je lui demande pour quelle raison et il répète 'ça ne va pas être possible pour vous ce soir.'" 

Après discussion, la comédienne parvient tout de même à mettre un pied à l’intérieur du restaurant pour parler à l’hôtesse. "Elle me dit qu’elle va aller chercher le responsable et me demande  d’attendre dehors". Retour au physionomiste : "Je lui redemande pourquoi il me refuse l’accès au restaurant. Il répond qu’il n’a pas de raison. Ma copine lui dit que c’est un délit de faciès. Il rétorque : "Tout de suite, les grands mots !". Au même moment, deux femmes blanches arrivent, entre 30 et 40 ans, elles disent qu’elles viennent boire un verre. Il leur dit 'allez-y !". Je lui dis 'c’est une blague ?'. Il me répond "ce sont des habituées".

Un Monsieur sort du restaurant, il se met à hurler, il nous dit qu’on peut aller dans d’autres établissements. Il nous humilie devant tout le monde- Karidja Touré

Choquées, les trois amies insistent. "Soudain un Monsieur sort du restaurant, il se met à hurler, il nous dit qu’on peut aller dans d’autres établissements. Il nous humilie devant tout le monde. Ma copine lui demande de quoi il se mêle. Et il part avec un autre homme en rigolant. J’avais les larmes aux yeux. En allant le lendemain sur LinkedIn, on s’est rendu compte que l’homme qui nous a dit d’aller voir ailleurs était en fait le directeur de la salle."

De guerre lasse, Karidja Touré commence à prendre des photos du Café de l’Homme pour préparer sa story pour Instagram, lorsque le physionomiste lui propose finalement d’entrer. "Comme si tout son discours jusqu’ici ne tenait plus parce qu’il a pensé que j’allais leur faire une mauvaise pub !", déplore-t-elle auprès de LCI. "Je lui ai rétorqué qu’on n’avait plus du tout envie de rentrer dans son restaurant !". La jeune femme nous précise qu'à aucun moment, elle n'a mis en avant le fait qu'elle était actrice.

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Depuis la publication de sa story Instagram, Karidja Touré n’a toujours pas été contactée directement par la direction du Café de l’Homme. Mais elle a reçu de nombreux témoignages d’internautes qu’elle a partagés sur ses réseaux. "J’ai reçu tellement de messages de gens qui ont vécu la même chose, et même des gens qui ont travaillé là-bas et qui sont prêts à dénoncer des choses", révèle-t-elle.

Contactée ce lundi par LCI, la direction du Café de l’Homme a réagi en fin d'après-midi. Une porte-parole du restaurant nous indique ainsi que les "responsables n'étaient pas présents au moment des faits et qu'ils ont pris connaissance de la situation aujourd'hui". Elle poursuit : "Après analyse des enregistrements téléphoniques et des vidéos de caméra-surveillance, il apparaît que notre version des faits diffère un peu de celle rapportée par Karidja Touré. Elle s'est présentée en avance en indiquant qu'elle ne souhaitait plus dîner mais prendre un verre. Le ton est monté entre elle et le physionomiste, qui travaille pour une boîte extérieure." La porte-parole précise encore que "le physionomiste aurait dû garder son calme". "Nous allons contacter le prestataire pour prendre les mesures qui s'imposent." En attendant, termine-t-elle : "Les responsables réfutent tout délit de faciès et assurent que leur restaurant est ouvert à tous et qu'ils souhaitent joindre Karidja Touré pour lui présenter des excuses." Concernant le directeur de la salle directement mis en cause par l'actrice, le restaurant indique qu'il ne serait pas mêlé à ces faits, après analyse des images.

L'actrice maintient sa version des faits

De son côté, l'actrice maintient les déclarations qu'elle a faites à LCI en début de journée. Et ajoute : "Ce n'est pas le physionomiste qui nous a le plus manqué de respect. Le problème vient du dessus." Elle nous indique par ailleurs qu'elle a rendez-vous avec son avocate ce soir et qu'elle envisage de porter plainte.

Une affaire qui n'est pas sans rappeler une enquête réalisée par Buzzfeed l'année dernière. Le très chic restaurant l'Avenue (du groupe Costes) y était épinglé pour avoir mis en place un système de discrimination, en particulier à l'encontre des clients au nom à consonance arabe et des femmes voilées. 

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