Mort de Jean-Pierre Mocky : un réalisateur aussi irrévérencieux qu'inclassable

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DISPARITION - La famille du réalisateur aux plus de 80 films, né Jean-Paul Adam Mokiejewski en 1929, a annoncé son décès ce jeudi 8 août.

C’est une figure du cinéma français qui s’éteint. Le réalisateur Jean-Pierre Mocky est décédé dans son appartement parisien, a annoncé ce jeudi après-midi sa famille à l’AFP. On ignore encore les causes de la mort du cinéaste, qui comptait à son actif plus de 80 films, comme "Un drôle de paroissien" (1963), "La grande lessive" (1968), "L'albatros" (1971), "Un linceul n'a pas de poches" (1974) ou encore "Agent trouble"(1987). 


"Grande gueule", "fantasque" ou encore "irrévérencieux", les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer ce personnage haut en couleur qui faisait autant parler de lui pour son travail que pour ses dérapages.  Sur LCI il y a trois ans, il expliquait être à part chez les cinéastes.  "Il y a tellement de choses dont on ne parle pas et dont il faut parler, et c'est pour cela que j'existe", avait-il déclaré. Comme si son passage derrière la caméra relevait d'une mission. 

Aujourd'hui, les cinéastes travaillent pour deux raisons : avoir de l'argent et avoir des femmes. Ils ne s'intéressent plus aux problèmes sociétauxJean-Pierre Mocky dans "France dimanche"

Il s'est ainsi attaqué aux magouilles financières ("Chut!"), aux absurdités du système judiciaire ("Le témoin)", à l'administration ("Les compagnons de la Marguerite"), aux dessous de la politique ("Une nuit à l'Assemblée nationale", "Piège à cons"), à la télévision abêtissante ("La grande lessive"),  le business religieux ("Le miraculé"), le fanatisme sportif ("À mort l'arbitre!") ou la corruption généralisée ("Y a-t-il un Français dans la salle ?"). "Aujourd'hui, les cinéastes travaillent pour deux raisons : avoir de l'argent et avoir des femmes. Ils ne s'intéressent plus aux problèmes sociétaux", regrettait-il auprès de France dimanche en février dernier.

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Le réalisateur Jean-Pierre Mocky est mort

C'est en tant qu'acteur qu'il a démarré. Formé aux cours de Louis Jouvet au Conservatoire, il débute sa carrière en Italie où il observe également le métier de réalisateur. En 1954, il assiste les plus grands de l'autre côte des Alpes, officiant comme stagiaire pour Federico Fellini sur le tournage de "La Strada" et pour Luchino Visconti sur celui de "Senso". Il signe son premier film, "Les Dragueurs" avec Charles Aznavour et Anouk Aimée, à son retour en France cinq ans plus tard. Suivront des dizaines d'autres. Il fait tourner Bourvil, Victor Lanoux, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, Jacqueline Maillan, Jean Poiret ou encore Michel Serrault. "Un acteur, il faut le laisser improviser", se justifiait-il sur Europe 1 en 2016 pour défendre le côté "bâclé" de ses réalisations.

Naturellement, il sera question des Gilets jaunes dans mon prochain film, parce que j'ai mon opinion sur le sujet. Je les défends, ce sont des braves typesJean-Pierre Mocky dans une interview à Chaos Reign

"Je vais continuer à faire des films jusqu'à ma mort", assurait-il encore en septembre dernier au Progrès. Jean-Pierre Mocky avait même déjà la thématique de son prochain film. "Naturellement, il sera question des Gilets jaunes, parce que j'ai mon opinion sur le sujet. Je les défends, ce sont des braves types", affirmait-il dans une interview au site Chaos Reign. L'octogénaire n'a jamais eu peur de dire ce qu'il pensait, quitte à dépasser les limites du politiquement correct. Marié trois fois, il racontait à VSD "avoir couché avec 800 femmes" et se targuait d'avoir 17 enfants. Enfin, "17 connus. Voire davantage, les femmes que j'ai croisées le temps d'un fugace corps-à-corps se comptant par centaines", a-t-il écrit dans un livre amer de souvenirs, "Mocky soit qui mal y pense" (2016). 

L'un des nombreux mystères qui ont contribué à créer la légende du personnage Mocky. A l'image de sa date de naissance. Officiellement, le cinéaste est né le 6 juillet 1929. Cette date est celle figurant dans sa fiche Who's Who et est celle retenue par sa famille, mais lui-même affirmait dans ses autobiographies être né en 1933. "En 1942, mon père, qui était juif, craignait que je sois déporté. Il voulait m'envoyer au 'vert' chez un ami qui habitait près d'Oran. Le problème c'est qu'à 9 ans, je ne pouvais pas prendre seul le bateau pour l'Algérie", relatait-il dans Nice Matin en 2011. Selon lui, son parrain, qui travaillait à la mairie de Nice, lui "a fabriqué de faux papiers en le vieillissant de quatre ans". "Comme j'étais très grand pour mon âge, ça n'étonnait personne. Et j'ai pu embarquer... Depuis je m'efforce de rétablir la vérité". C'est compliqué parce que tous les témoins de l'époque sont morts !", pestait-il. Une histoire dont personne ne connaîtra jamais le fin mot.

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