Mort de Johnny Hallyday : sur les traces d’un enfant de Paris

PANAME - Du IXe arrondissement qui l’a vu naître aux nombreuses salles où il aura donné foule de concerts enivrés tout au long de son immense carrière, Johnny Hallyday restera pour toujours lié à Paris. LCI vous emmène dans ces lieux de la capitale à jamais associés à la star.

La Ville lumière vient de perdre l’une de ses étoiles. Ce mercredi 6 septembre, quelques heures après l’annonce de la mort de Johnny Hallyday dans la nuit de mardi à mercredi, la normalité de l’ambiance qui se dégage des rues de Paris, où l’icône est née, ne masque pas longtemps l’anormalité de la situation. Le plus grand chanteur de France est mort et, comme ailleurs dans l’Hexagone, l’heure est à la peine, au deuil. La capitale pleure son plus grand rockeur. Preuve de l’affliction, la mairie a décidé, jeudi, de projeter le message "Merci Johnny" sur la Tour Eiffel et la salle de concert de Bercy, où il a allumé le feu tant de fois, cette année encore. Six kilomètres plus loin, cité Malesherbes (IXe arrondissement), tout près de la petite place Lino Ventura, avec qui Johnny joua dans "L’Aventure c’est l’aventure" de Claude Lelouch, cette douleur à une teneur encore plus particulière. 


C’est là, le 15 juin 1943, que Jean-Philippe Smet voit le jour - d’abord sous le nom de sa mère, Clerc - dans l’ancienne clinique Marie Louise - désormais disparue - au numéro trois de cette voie privée aujourd’hui aussi chère que charmante. Derrière sa porte bleue typiquement parisienne, la maternité à présent transformée en appartements a également vu naître la chanteuse Françoise Hardy ou le peintre Bernard Buffet. Mais, tant pis pour eux (ou pas), le lieu sera bientôt publiquement associé à Johnny. Selon nos informations, la mairie du IXe prévoit de faire installer rapidement une plaque commémorative en hommage à la star défunte, probablement sur la façade de l’immeuble. "Ils n’ont pas traîné mais c’est une bonne chose", estime Michel, le gardien de la copropriété, le regard ému. Alors qu’il s’affaire à ses tâches quotidiennes en tenue de travail, cet homme de 66 ans voit plus grand pour son idole de jeunesse : le Panthéon. "Il le mérite. Johnny, c’est la France", fait-il valoir. "Vu de l’étranger, il représente le pays." 

Rencontres avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc

Issu d’une famille d’artistes, l’enfant de la cité Malesherbes ne va pas tarder à construire les fondations de son mythe. Toujours dans le IXe, après avoir brièvement vécu au 23 de la rue Clauzel avec ses parents et au 13 de celle de la Tour des Dames avec sa tante Hélène Mar, puis quelque temps à Londres avec ses cousines et Lee Halliday (à qui il doit son nom), Johnny vit son adolescence dans le quartier de la Trinité. C’est là, notamment au Golf-Dourot, mythique club de rock des années 60 parisiennes aujoud'hui disparu, qu’il rencontrera Eddy Mitchell - son pote de toujours - et Jacques Dutronc, avec qui il formera, plus d’un demi-siècle plus tard, les Vieilles Canailles. Une sorte de trinité de la chanson française qui, très tôt, a fait de l’arrondissement son terrain de jeu de soirées endiablées. Chaque rue demeure empreinte de cette époque. "Ce 6 décembre, c’est non seulement un artiste légendaire qui nous quitte, mais c’est aussi un enfant du quartier auquel les habitants du 9e étaient particulièrement attachés", soulignait la maire de l’arrondissement, Delphine Burkli, témoignant de l’émotion suscitée dans ce coin de Paris. 

À quelques encablures du théâtre de sa jeunesse, certaines des mythiques salles de concert où "l’idole des jeunes" s’est produit des centaines de fois restent elles aussi marquées. Marquées par la mort d’une bête de scène, l’un des showmen les plus assidus des planches. "Tu fais partie des grands avec lesquels j’ai fait mes premiers pas. Je suis si triste de te voir partir mais si fière et heureuse que tu aies foulé ma scène et enflammé le public. Je garde pour toujours quelque chose de Johnny", déclaraient mercredi en fin de matinée les équipes de l’Olympia, où, depuis 1961, Johnny Hallyday s’était produit pas loin de 300 fois sur près de 700 représentations parisiennes - plus de 3000 au total - en 57 ans de carrière.

Il était toujours le même, agréable et d’une gentillesse infinie Alain, barbier de Johnny Hallyday depuis les années 1990

Natif de Paris, où il a construit ses succès, Johnny Hallyday ne s’en est pas moins éloigné à plusieurs reprises. Outre son déménagement dans la très chic Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), celui que le New York Times a qualifié d’"Elvis Français" a vécu à plein son rêve américain en s’offrant une luxueuse propriété à Los Angeles (Californie), où il pouvait couler des jours un peu plus tranquilles et paisibles. Mais pas de quoi l’empêcher de revenir en France et dans la capitale à intervalles réguliers. Sans parler de ses innombrables shows, au Parc des Princes, au Palais des Sports, ou au Zénith, "le patron" avait su conserver quelques habitudes parisiennes. Comme son barbier, Alain, designer de son célèbre bouc, qu’il a gardé plus de 20 ans à ses côtés. 

"La première fois qu’il a franchi les portes de mon établissement, ça s’était fait de manière un peu particulière", nous raconte l’artisan. "Un confrère m’a appelé pour que je lui prenne un client dont il ne pouvait pas s’occuper. J’avais un créneau disponible, alors je lui ai dit de me l’envoyer. Quelques minutes plus tard, une limousine noire arrive dans la rue et là, une grande silhouette avec un long manteau en sort. C’était Johnny. Ça été un choc. Je vois beaucoup d’artistes mais là, c’était particulier. J’ai tout de suite senti son magnétisme, son aura." Dans le quartier du Marais, debout dans son salon exigu de la rue Saint-Claude, véritable musée où trône entre autres un rasoir estampillé des initiales J.H. qui servait à tailler la barbe du "taulier", Alain, profondément touché, parle d’une voix tremblante de la disparition de son illustre client. "On ne pouvait pas imaginer une fin aussi brutale. Je ressens beaucoup de tristesse", confie-t-il. "C’est une marque du temps qui passe. Ça faisait plus de 20 ans que l’on se côtoyait, je l’avais encore vu il y a peu de temps. Il était toujours le même, agréable et d’une gentillesse infinie."

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