Alain Blackman, barbier de Johnny Hallyday : "J’avais tout de suite senti son magnétisme, son aura"

IMMUABLE - LCI est allé à la rencontre d’Alain Blackman, maître barbier parisien auquel Johnny Hallyday était longtemps resté fidèle, pour recueillir son sentiment sur la disparition de la star. Ému, il raconte comment s’était tissée cette relation particulière.

Le choc persiste. Au lendemain de l’annonce par Laeticia Hallyday de la mort de son mari, les réactions continuent de pleuvoir. Proches, personnalités publiques, fans anonymes, nombreux sont ceux à avoir été marqués par Johnny. C’est le cas d’Alain Blackman, maître barbier et coiffeur dans le Marais, à Paris. Un artisan auquel l’idole des jeunes a confié son célèbre bouc pendant une vingtaine d’années, preuve de sa fidélité et de son amour des gens de tous horizons. 

 

Petite échoppe aussi étonnante qu’exigüe où le temps semble s’être arrêté au XIXe siècle, le salon d’Alain détonne. Loin de l’image tantôt beauf ou bling-bling souvent accolée à la star. Sorte de musée pour adeptes de moustaches et barbiches, l’endroit abrite une collection de blaireaux, de lames et de rasoirs, dont l’un, signé des initiales de Johnny Hallyday servait à chaque fois à tailler la barbe du rockeur. Un rituel qui n’aura désormais plus lieu. LCI est allé demander au barbier comment il vivait la disparition de son illustre client. Il raconte avec émotion cette relation particulière tissée au fil des années. 

LCI : Quel est votre sentiment après la mort de Johnny Hallyday ?

Alain Blackman : Une grande peine. On s’y attendait, forcément, mais on ne pouvait pas imaginer une fin aussi brutale. Je ressens beaucoup de tristesse. Ça faisait plus de 20 ans que l’on se côtoyait. Le temps passe mais une belle amitié s’était construite. Il venait me voir au salon ou j’allais à Marnes-la-Coquette. J’y étais encore il y a quelque temps pour lui apporter un livre que j’ai écrit et lui faire une petite dédicace. Il était très touché. Il était affaibli, mais il est resté un guerrier jusqu’au bout, un battant.

LCI : Comment vous étiez-vous rencontrés ?

Alain Blackman : La première fois qu’il a franchi les portes de mon établissement, cela s’est fait de manière un peu particulière. Un confrère m’avait appelé pour que je lui prenne un client dont il ne pouvait pas s’occuper. J’avais un créneau disponible, alors je lui ai dit de me l’envoyer. Quelques minutes plus tard, une limousine noire arrive dans la rue et là, une grande silhouette avec un long manteau en sort. C’était Johnny. Je n’avais pas été prévenu, ça a été un choc. Je vois beaucoup d’artistes mais avec lui, c’était particulier. J’avais tout de suite senti son magnétisme, son aura. Il s’est assis dans le fauteuil, m’a fait part de ses désirs et m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai dit : "Vous êtes un professionnel, moi aussi, on devrait se comprendre". Je me suis exécuté et ça a duré plus de 20 ans.

Il appartient un peu à tout le monde, c’est ça le vrai hommageAlain Blackman, barbier attitré de Johnny Hallyday

LCI : Comment était-il avec vous en privé ?

Alain Blackman : C’était la gentillesse incarnée, un homme toujours agréable. On avait quelques points communs et des petites "private jokes" qui nous faisaient rire. Vous savez, au bout de plusieurs années, il y a une intimité qui se crée. Quand vous êtes là à toucher le visage de quelqu’un qui vous fait confiance, il y a une autre forme de relation. Je l’ai vu avant les concerts, après les concerts, en tournée, il était toujours le même, même lorsqu’il était fatigué. Il était extraordinaire. J’en parle encore avec beaucoup d’émotion. Il y a plusieurs années, je lui avais même fait faire un rasoir avec ses initiales, J.H., et je m’en servais à chaque fois qu’il venait me voir ou que j’allais chez lui. Je le garderai précieusement, sauf si Laeticia me dit un jour qu’elle veut le récupérer, ce sera son souvenir à elle. Moi, je garderai tous nos moments en mémoire.

LCI : Que pensez-vous de l’hommage qui va lui être rendu ?

Alain Blackman : Un hommage national c’est bien, mais, peu importe finalement, il restera de toute façon pour les gens. Il ne disparaîtra jamais vraiment. Si vous allez dans la rue et vous demandez à quelqu’un de vous citer dix chansons d’un artiste, les chanteurs connus d’aujourd’hui ou d’avant, personne ne pourra vous répondre à part un fan. Avec Johnny, on vous les donne tout de suite. C’est spontané et transgénérationnel. Il appartient un peu à tout le monde, c’est ça le vrai hommage. Après, quoi qu’il se passe, ce qui compte le plus, c’est de respecter la volonté de Laeticia, de leurs filles, de David et Laura, et de tous les proches qui ont eu des moment privilégiés avec lui.

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