"Much Loved" : pourquoi Loubna Abidar quitte le Maroc

"Much Loved" : pourquoi Loubna Abidar quitte le Maroc

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MISE AU POINT - Dans une lettre ouverte déchirante, l'actrice du film "Much Loved", tant controversé au Maroc, explique pouquoi elle a choisi de quitter son pays, après l'agression qu'elle a subie la semaine dernière et les multiples tentatives d'intimidation.

Une lettre déchirante. Il y a quelques jours, alors qu'elle se promenait dans Casablanca, à visage découvert, Loubna Abidar a été embarquée dans un véhicule, par trois hommes ivres. Ces derniers l'ont battue et insultée, parce que son rôle dans le film de Nabil Ayouch, déplaît et irrite les conservateurs marocains.

"Plus vivre dans la peur"

Dans une tribune publiée sur Le Monde.fr , l'actrice explique pourquoi elle quitte le Maroc, son pays. En effet, en fin de semaine dernière, Loubna Abidar est arrivée en France. Parce que la tension est trop importante autour de ce film, interdit avant même sa sortie, parce que les tentatives d'intimidation dont elle a été l'objet sont récurrentes et qu'elle ne veut "plus vivre dans la peur". 

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Dans cette tribune, elle raconte son agression mais aussi la joie qui fut la sienne de tourner dans ce film de Nabil Ayouch, sélectionné au Festival de Cannes et primé au festival d'Angoulême . Elle explique sa démarche lorsqu'elle a accepté ce rôle : "J'allais donner la parole à toutes celles avec lesquelles j'avais grandi: ces petites filles des quartiers qui n'apprennent ni à lire ni à écrire, mais auxquelles on dit sans cesse qu'un jour elles rencontreront un homme riche qui les emmènera loin… Dès 14-15 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trouver. Un jour, elles réalisent qu'elles sont devenues des prostituées", écrit-elle.

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Une partie du Maroc à dénoncer

Une profession interdite au Maroc. L'actrice raconte que depuis ce film dans lequel elle interprète le rôle d'une prostituée, elle est persécutée, menacée de mort et tabassée, "parce que je suis une femme libre", analyse-t-elle. Mais sans cesse sous le feux des insultes et des agressions, elle a décidé de quitter le Maroc. "C'est mon pays, je l'aime, j'y ai ma vie et ma fille (...) mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s'attaque à moi pour un rôle que j'ai joué dans un film que les gens n'ont même pas vu. Une campagne de dénigrement légitimée par une interdiction de diffusion du film, alimentée par les conservateurs, nourrie par les réseaux sociaux si présents aujourd'hui".

Après son agression, "ne sachant plus où [elle] était" et malgré le soutien de Nabil Ayouch, elle a décidé de venir en France et dénoncer "une partie de la population, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homosexuels dérangent, que les désirs de changement dérangent. Ce sont eux que je veux dénoncer aujourd’hui", conclut-elle.

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