"On vend du rêve aux losers" : le fiasco du Fyre Festival raconté de l'intérieur dans un documentaire fascinant

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CHRONIQUE D'UNE MORT ANNONCÉE - Ils avaient promis un festival à la fois luxueux et inédit, rassemblant des happy fews aux porte-feuilles bien remplis sur une île privée des Bahamas. Près de deux ans après l'échec tonitruant du projet, Netflix revient sur ce qui n'était en fait qu'une arnaque, dressant en creux le portrait de son trouble organisateur. Aussi improbable que passionnant.

La promesse de plages de sable fin à n'en plus finir sur une île privée des Bahamas, d'une programmation musicale exceptionnelle et de moments privilégiés aux côtés de célébrités pour ce qui s'annonçait comme "l'évènement de la décennie". Les mots "glamour", "luxe" et "exclusivité" ont depuis été remplacés par "chaos", "catastrophe" et "fiasco" pour qualifier le Fyre Festival, "le meilleur festival qui n'a jamais eu lieu" selon le titre du documentaire disponible depuis vendredi 18 janvier sur Netflix.

Lancé avec l'aide des mannequins les plus populaires du moment sur les réseaux sociaux en janvier 2017, celui qui se voulait un concurrent direct de Coachella a sombré en quelques semaines. Pour au final être annulé avant même d'avoir commencé. "Le festival de luxe qui a viré aux "Hungers Games", titrait Slate il y a deux ans.

Pendant 1h35, Netflix retrace l'histoire de cet accident industriel à travers les yeux de ceux qui se sont trouvés en pleine tempête. Des collaborateurs aux artistes, en passant par les riches festivaliers floués. Mais aussi les locaux, dont cette femme qui a dû utiliser les 50.000 dollars qu'elle avait mis de côté pour payer les travailleurs non rémunérés par les organisateurs. La force du documentaire réalisé par Chris Smith repose sur le recours à des séquences filmées en interne lors des préparatifs. De quoi donner un fascinant aperçu de la manière dont l'ensemble s'est articulé. Mêlant attirance et répulsion et offrant au spectateur l'impression d'être une petite souris dans une pièce remplie d'ogres affamés d'argent et de paillettes. Parmi les détails les plus improbables, on apprend que le pilote du Fyre Festival a appris à voler sur le logiciel de simulation de Microsoft ou que son producteur est passé à deux doigts de faire une gâterie au chef des douanes - à la demande du co-fondateur de l’événement - pour éviter de payer des taxes que l'équipe ne pouvait pas régler.

Billy McFarland : "génie", "fou" ou simplement "menteur" ?

Au cœur du réacteur ? Un jeune Américain qui n'en était pas à sa première arnaque : Billy McFarland, un nobody du New Jersey devenu Icare des temps modernes qui, à vouloir trop s'approcher du Soleil, a fini par se brûler les ailes. Et entraîner certains de ses collaborateurs dans sa chute. Alors âgé de 26 ans, il s'associe au rappeur Ja Rule pour monter un projet au final beaucoup trop grand pour lui. "On vend du rêve aux losers", lance-t-il au moment de tourner la vidéo promotionnelle de son festival sur une île paradisiaque des Bahamas. "Est-ce que c'est le plus grand idiot que j'ai rencontré ou est-ce que c'est un génie ?", "Est-il un génie ou est-il fou ?", s’interrogent des collaborateurs avant de s'accorder sur le mot "menteur" pour qualifier leur ancien patron.

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Il purge actuellement une peine de six ans de prison pour fraude à la banque, fraude informatique et mensonge aux enquêteurs. "On n'a pas fini d'entendre parler de lui. Il est doué pour une chose : prendre leur argent aux consommateurs. Et qu'est-ce que ce pays valorise plus que ça ? Je ne sais pas", commente un financier interrogé dans le documentaire. McFarland est finalement l'incarnation d'une société qui ne prend que le pire des réseaux sociaux et cherche à être vu pour exister. Il est parvenu à convaincre les mannequins Kendall Jenner, Bella Hadid et Emily Ratajkowski de l'aider à vendre un projet qui n'avait pas de fondements. Aucune d'elles ne prend la parole dans le film pour raconter leur expérience. Et c'est bien dommage. 

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