Pourquoi les people parlent-ils tant de leur vie privée ?

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Sur les réseaux sociaux, dans les pages glacées des magazines spécialisées ou par communiqué, les personnalités sont de plus en plus nombreuses à dévoiler d’elles-mêmes leur intimité. Et parlent sans tabou d’avortement, de cancer ou encore de sexualité. Des confessions orchestrées qu’analyse pour nous Sabrina Philippe, psychologue.

Les célébrités ont pris le relais de ceux qu’elles cherchaient à fuir il y a encore peu. Ceux qui, pour une photo ou un scoop, font fi de la notion de vie privée. Mais cette notion est-elle toujours d’actualité pour les personnages publics dont le quotidien rempli chaque semaine les magazines spécialisés ? A l’heure où certains cherchent à tout prix à se cacher, d’autres au contraire prennent les devants et partagent volontairement les moments les plus intimes de leur vie. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans des interviews, c’est un moyen de "couper l’herbe sous le pied aux médias, aux paparazzi, à une certaine presse", selon la psychologue Sabrina Philippe.

Préférences sexuelles, avortement, maladie… Aucun détail n’est épargné. Ces dernières semaines, la Gossip Girl Blake Lively est revenue sur son manque d’assurance physique après sa grossesse et l’ex star Disney Bella Thorne, 18 ans, a révélé sa bisexualité. Quant à Shannen Doherty, l’héroïne de Beverly Hills, elle documente activement son combat contre le cancer du sein. "C’est assurément du côté du mythe de Narcisse que se trouvent les clés de la compréhension de cet état particulier qu’est la célébrité. Le mythe reste inchangé, seule la couverture glacée d’un magazine remplace dorénavant le reflet ondulant de l’eau", écrivent Eric Corbobesse et Laurent Muldworf dans Succès damné. Parler de soi, un acte totalement égoïste ?

Une valeur d'exemple

Pas vraiment. "Communiquer peut avoir valeur d’exemple", nous explique Sabrina Philippe. « Ça a été le cas de Patrick Sébastien qui dans son livre Dehors il fait beau…Hélas racontait comment son cancer de la peau avait été détecté par un grain de beauté. La personnalité se dit alors  : "Si je peux permettre à d’autres d’aller consulter, alors peut-être que cela amènera à d’autres dépistages"", poursuit-elle. C’est "une raison altruiste, la plus noble" d’évoquer sa vie privée. Après l’annonce d’Angelina Jolie sur sa double mastectomie et son ablation des ovaires en 2013 et 2015, les consultations gynécologiques ont fortement augmenté, notamment dans les pays anglo-saxons.

"Il n’est jamais facile de prendre ces décisions. Mais il est possible de prendre le pouvoir et de prendre ce problème de santé par les cornes. Vous pouvez chercher des conseils, en apprendre plus sur les différentes options et faire les choix qui sont bons pour vous. Le savoir, c’est le pouvoir", écrivait l’actrice américaine dans une tribune au New York Times l’an dernier.  "Il y a aussi quelque chose de la reconstruction dans le fait de parler, c’est un moyen d’exorciser", ajoute Sabrina Philippe. "Il est plus facile pour moi de vivre avec le cancer si je sais que j’aide au moins une personne", confiait ainsi Shannen Doherty.

Un moyen d'exister sur la scène médiatique

Amy Schumer, l’une des comiques les plus en vue outre-Atlantique, a elle révélé cet été avoir été violée par son petit ami alors qu’elle dormait. Des circonstances rares qui l’ont d’autant plus poussé à en parler. "Les gens veulent que vous ayez été victime du viol parfait, ils veulent que vous soyez une parfaite victime. Nous sommes si critiques, et cela fait que les victimes ne veulent vraiment pas parler. Donc ce que je dis c’est : « Regardez, mon viol n’a pas été parfait mais la manière dont j’ai perdu ma virginité… ce n’était pas bien"", a-t-elle affirmé lors d’une émission de radio

C’est dans un livre, The Girl with the lower back tatoo, vendu 18 dollars, qu’elle livre ses confidences, illustrant l’expression du sociologue Jean-Pierre Esquenazi qui parle de "vie privée publique ou publicisable". Parler de sa vie privée devient alors également un moyen d’exister sur la scène médiatique. "Parfois, ça relance dans la presse ou dans l’actualité people quand il n’y en a pas. On se sert de quelque chose pour être de nouveau dans la lumière", commente Sabrina Philippe. 

Dernier exemple en date : Naya Rivera. L’ex-pom pom girl de la série Glee raconte, elle aussi dans un livre, s’être fait avorter pendant l’un de ses jours de relâche il y a six ans. La jeune femme de 29 ans s’est défendu de toute publicité. "J’ai décidé d’écrire un livre à mon image et qui pourrait aider d’autres personnes en route. Les médias déforment toujours tout", a-t-elle écrit sur Twitter où les messages de sympathie affluaient mercredi, un mois avant la sortie de Sorry Not Sorry.

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