Roman Polanski : du ghetto de Cracovie à Hollywood, le parcours singulier d’une figure controversée

Roman Polanski : du ghetto de Cracovie à Hollywood, le parcours singulier d’une figure controversée

PORTRAIT – Les 12 nominations accordées par l’Académie des César à son "J’accuse " ont relancé la polémique autour du cinéaste franco-polonais de 86 ans dont la vie illustre plus que jamais l’interrogation suivante : "Peut-séparer l’homme de l’artiste ?".

Sa parole se fait rare. Roman Polanski n’a pourtant pas toujours été avare en confidences sur son parcours singulier, marqué par des épreuves traumatisantes. Pour lui et les autres. Ou comment un survivant de la barbarie nazie est devenu un cinéaste de talent rattrapé par des accusations de viol. 

"J’ai passé une grande partie de ma vie sur des montagnes russes, à négocier d’impossibles virages, à escalader les hauteurs – triomphes immenses, joies et plaisirs – avant de plonger, éperdument, vers des abîmes de tragédie et de douleur", écrit-il dans son autobiographie Roman par Polanski rééditée en 2016.

"Le Pianiste", c'est le seul film où il y a beaucoup de ce que j’ai vécu. Et encore, je l’ai vécu une trentaine d’années avant de faire le film- Roman Polanski à LCI en 2017

Le chemin de Roman Polanski, né Raymond Liebling, démarre à Paris en 1933. De sa vie en France, il n’a que "de vagues souvenirs, des flashs". Trois ans plus tard, la famille d'origine polonaise part s'installer à Cracovie. "C'était une grave erreur de retourner en Pologne juste avant la guerre", commente le réalisateur dans Le Roman de Polanski, un documentaire qui lui est consacré en 2011. Face caméra, il raconte avec émotion les bombes, les tensions et l'incertitude. "Un jour, ma soeur regardait par la fenêtre et m'a dit de venir voir. Ils étaient en train de construire un mur", se remémore-t-il. Le petit garçon grandit au sein du ghetto juif établi par les nazis. Ses deux parents sont déportés. Il ne reverra plus sa mère, tuée à Auschwitz, et ne retrouvera son père qu'une fois la guerre terminée. C'est seul dès l'âge de 8 ans qu'il survit dans les bois avant d'être recueilli par des paysans.

Une expérience bouleversante qui inspirera Le Pianiste, lauréat de trois Oscars en 2002. "C'est le seul film où il y a beaucoup de ce que j’ai vécu. Et encore, je l’ai vécu une trentaine d’années avant de faire le film", nous assurait-il en 2017. Roman Polanski met pourtant un peu de lui dans certaines de ses oeuvres. D'abord acteur pour Andrzej Wajda, il passe derrière la caméra entre la Pologne et la France. Son premier long-métrage, Le couteau dans l'eau (1962), est nommé à l'Oscar du meilleur film étranger. Sept ans plus tard, il décroche deux nominations pour l'horrifique Rosemary's Baby. Le début d'un rêve américain qui vire au cauchemar avec l'assassinat de sa deuxième épouse, enceinte de huit mois, par les disciples de Charles Manson à l'été 1969. Le réalisateur franco-polonais rentre en Europe et ne reviendra aux Etats-Unis qu'en 1974 avec Chinatown.

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"J'ai eu beaucoup de difficultés jusqu'à Rosemary's Baby. Et c'est juste avant ça, en tournant Le bal des vampires, que j'ai connu Sharon Tate. Nous nous sommes mariés, elle était enceinte, le film avait énormément de succès. Tout allait bien et à c'est à ce moment que cette énorme tragédie est arrivée. A côté de Sharon, il y avait aussi mes amis les plus proches qui ont été assassinés. J'ai subi un choc incommensurable", témoigne-t-il sur Europe 1 en 2016. Il estime que cet événement marque le début d'un sentiment de "persécution". "La manière dont les gens me voient, mon 'image', a en effet commencé à se former avec la mort de Sharon", insiste-t-il dans un entretien accordé en marge de la Mostra de Venise en août 2019.

1977, l'année de la première accusation pour viol

Roman Polanski y dénonce notamment l'attitude de la presse à l'époque qui a couvert cette tragédie personnelle "de la manière la plus ignoble, laissant entendre, entre autres choses, que j'étais l'un des responsables de son meurtre, sur fond de satanisme". "Pour eux, mon film Rosemary's Baby prouve que j'étais allié au diable !" note-t-il, soulignant que "ça le hante toujours". "Tout et n'importe quoi. C'est comme une boule de neige, à chaque saison s'ajoute une autre couche. Des histoires absurdes de femmes que je n'ai jamais vues avant dans ma vie qui m'accusent de choses qui se seraient soi-disant produites il y a plus d'un demi-siècle", ajoute-t-il. Une allusion non dissimulée à la dizaine d'accusations pour viol et agression sexuelle portées contre lui. Douze, pour être précis, dont la première remonte à 1977.

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Roman Polanski accusé de viol : faut-il ou non boycotter son film "J'accuse" ?

La jeune Samantha Geimer, 13 ans, porte alors plainte pour viol. Condamné pour "rapports sexuels illégaux" avec une mineure, Roman Polanski passe 42 jours en prison aux Etats-Unis avant d'être remis en liberté. Il prend la fuite et rejoint la France en 1978. Toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il n'a depuis pas remis les pieds outre-Atlantique. Même pour recevoir son Oscar du meilleur réalisateur en 2003. En 2009, l'affaire le rattrape à Zurich où il est arrêté. Il passe plusieurs mois en résidence surveillée avec un bracelet électronique à Gstaad. La Suisse refuse de l'extrader et il recouvre sa liberté. Sa victime, elle, dit lui avoir pardonné. Mais le dossier n'est toujours pas refermé et revient à chaque sortie de film du cinéaste, marié depuis 1989 avec Emmanuelle Seigner, avec qui il a deux enfants.

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L'automne 2019 ravive les tensions autour de l'artiste. La photographe Valentine Monnier affirme avoir été frappée et violée par Roman Polanski en Suisse alors qu'elle avait 18 ans. Des accusations rejetées par le réalisateur qui parle d'une "histoire aberrante". Le témoignage de sa victime présumée connaît un fort retentissement médiatique car il est publié à quelques jours de la sortie de J'accuse, le dernier film du cinéaste, consacré à l'affaire Dreyfus. Faut-il séparer l'homme et son oeuvre ? La question est relancée quelques semaines plus tard lors de l'annonces des nominations aux César. L'Académie a tranché et privilégie le travail derrière la caméra.  Le long-métrage en décroche 12, déclenchant une vive colère chez les militantes féministes. Elles ont déjà pris rendez-vous le 28 février pour manifester devant la salle Pleyel avant la cérémonie, comme elles l'avaient fait devant la Cinémathèque qui rendait hommage au cinéaste franco-polonais en 2017. 

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