Roman Polanski se sent "persécuté" depuis l’assassinat de Sharon Tate

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SUR LA DÉFENSIVE – Absent de la Mostra de Venise où son film "J’accuse" est présenté ce vendredi 30 août, le réalisateur franco-polonais prend la parole dans le dossier de presse proposé aux festivaliers.

L'équipe du film "J'accuse"', emmenée par Jean Dujardin, Louis Garrel et Emmanuelle Seigner, a été chaleureusement applaudie vendredi 30 août en début d'après-midi dans la salle de conférence de presse de la Mostra de Venise. Des comédiens privés de leur réalisateur Roman Polanski qui a choisi, comme vous le révélait LCI il y a deux jours, de ne pas se rendre en Italie par crainte de se faire extrader vers les Etats-Unis, où il est poursuivi depuis 1977 pour le viol d'une mineure. Absent, le cinéaste franco-polonais était évidemment bien présent dans les têtes de tous les journalistes, qui avaient sans doute sous le coude une question sur les remous provoqués par la sélection de son film.

Leurs espoirs ont été douchés avant même le début des échanges avec la presse par Luca Barbareschi. Le producteur italien du long-métrage a prévenu qu'ils ne répondraient à rien d'autre qu'à des interrogations sur le contenu du film et l'interprétation des comédiens : "Toute la polémique et ce qui s'est déroulé ne sont pas intéressants. Ce n'est pas un tribunal moral mais une merveilleuse exposition de cinéma. Je remercie Dieu d'avoir pu travailler avec Roman Polanski et d'avoir pu donner au public cette histoire, qui est d'une actualité déconcertante".

"Ce sentiment de persécution, c'est assez simple de le comprendre. Il suffit de voir sa vie"- Emmanuelle Seigner à propos de son mari Roman Polanski

Emmanuelle Seigner, épouse à la ville de Roman Polanski, a néanmoins très rapidement évoqué, en parlant de ce film sur l'affaire Dreyfus, l'état d'esprit de son mari, avec qui elle fête ce 30 août ses 30 ans de mariage. "Ce sentiment de persécution, c'est assez simple de le comprendre. Il suffit de voir sa vie", a notamment déclaré la comédienne. Persécution, un mot qui revient dans la seule prise de parole du cinéaste franco-polonais de 86 ans en marge du festival de Venise. Il n'a accordé qu'un entretien, publié dans le dossier de presse de "J'accuse" distribué aux journalistes accrédités, dont les médias américains se font notamment le relais.

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Deadline retranscrit ainsi la majorité de l'échange entre Roman Polanski et l'essayiste Pascal Bruckner qui l'interroge. "Les grandes histoires font souvent de grands films et l'affaire Dreyfus est une histoire exceptionnelle. L'histoire d'un homme injustement accusé est toujours fascinante mais c'est aussi un problème très actuel étant donné la résurgence de l'antisémitisme", explique le réalisateur. Il estime qu'une "autre affaire est possible, assurément. Tous les ingrédients sont là pour que ça se produise : de fausses accusations, des procédures judiciaires nulles et surtout les réseaux sociaux qui reconnaissent coupable et condamnent sans procès juste ou droit de faire appel". 

Toute ressemblance avec sa propre histoire n'est évidemment pas fortuite, Roman Polanski essuyant les réactions négatives à chaque nouvelle sortie de film compte tenu de son passé personnel. La question suivante, qui porte sur sa place dans ce monde post #MeToo, est très orientée et a de quoi surprendre : "En tant que Juif traqué pendant la guerre et que réalisateur persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au McCarthysme neo-féministe qui, autant qu'il vous pourchasse à travers le monde et essaie d'empêcher les projections de vos films, entre autres contrariétés, vous a expulsé de l'Académie des Oscars ?" Le cinéaste répond que "travailler, faire un film comme celui-là l'aide beaucoup". "Dans cette histoire, je retrouve parfois des moments que j'ai moi-même vécus. Je vois la même détermination à nier les faits et à me condamner pour des choses que je n'ai pas faites", dit-il.

C'est comme une boule de neige, à chaque saison s'ajoute une autre couche. Des histoires absurdes de femmes que je n'ai jamais vues avant dans ma vie qui m'accusent de choses qui se seraient soi-disant produites il y a plus d'un demi-siècle- Roman Polanski

"La plupart de ceux qui me harcèlent ne me connaissent pas et ne savent rien du dossier... Mon travail n'est pas une thérapie. Cependant, je dois admettre que je suis familier avec beaucoup des rouages du système de persécution montré dans le monde et ça m'a clairement inspiré", admet-il. Il avance qu'un évènement en particulier a marqué le début de sa "persécution". "La manière dont les gens me voient, mon 'image', a en effet commencé à se former avec la mort de Sharon Tate", sa femme assassinée en août 1969 à Los Angeles par des disciples de Charles Manson alors qu'elle était enceinte de 8 mois. Un drame qui sert de toile de fond au dernier film de Quentin Tarantino "Once Upon A Time...In Hollywood".

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Roman Polanski dénonce l'attitude de la presse à l'époque qui a couvert cette tragédie personnelle "de la manière la plus ignoble, laissant entendre, entre autres choses, que j'étais l'un des responsables de son meurtre, sur fond de satanisme". "Pour eux, mon film 'Rosemary's Baby' prouve que j'étais allié au diable !", note-t-il, soulignant que "ça le hante toujours". "Tout et n'importe quoi. C'est comme une boule de neige, à chaque saison s'ajoute une autre couche. Des histoires absurdes de femmes que je n'ai jamais vues avant dans ma vie qui m'accusent de choses qui se seraient soi-disant produites il y a plus d'un demi-siècle". Quand on lui demande s'il souhaite se battre, Polanski apparaît résigné. "Pourquoi faire ? C'est comme se battre contre des moulins à vent".

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