Viré des Oscars en plein #MeToo, Roman Polanski réclame sa réintégration

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DECRYPTAGE - Près d’un an après avoir été exclu de l'académie des Oscars, dans le sillage du mouvement #MeToo, Roman Polanski attaque l’institution en justice pour obtenir sa réintégration.

Roman Polanski n’a pas digéré. Le 3 mai 2018, le cinéaste franco-polonais, condamné pour rapports sexuels illégaux avec une mineure en 1977, apprenait qu’il était radié de l'académie des Oscars, en même temps que le comédien américain Bill Cosby, accusé de viols et d'agressions sexuelles et sur le point d’être jugé pour des faits remontant à 2004. 


Depuis plusieurs semaines, les deux hommes étaient dans le viseur de l’organisation qui s’était dotée, en décembre 2017, d’un nouveau code de conduite condamnant le harcèlement sexuel dans l’industrie du cinéma, suite aux révélations de l’affaire Weinstein. Ce vendredi 19 avril, soit près d’un an plus tard, la presse américaine révèle que celui a décroché le trophée du meilleur réalisateur en 2003 pour "Le Pianiste" a décidé d’attaquer en justice l'académie des Oscars afin d’obtenir sa réintégration.

Dans la plainte déposée devant un tribunal de Los Angeles, Harland Braun, l’avocat du cinéaste, reproche notamment à l’organisation de ne pas avoir donné l’opportunité à son client de se défendre. L'Académie lui a vite répondu, estimant dans un communiqué que la procédure visant à exclure le cinéaste avait été "juste et raisonnable". Reste que Roman Polanski n'aurait de toute façon pas pu venir lui même défendre sa place au sein des Oscars. 


Rappel des faits. En 1977, le cinéaste, qui est accusé d'avoir drogué puis violé cette jeune fille de 13 ans, avait accepté de plaider coupable en échange de l'abandon de la plupart des charges, excepté celle d'abus sexuel sur mineure. Il sera condamné à 90 jours d’incarcération au pénitencier de Chino, en Californie, afin d’y subir une évaluation psychiatrique. Il en était sorti au bout de 48 jours pour bonne conduite. Refusant de comparaître de nouveau, craignant une peine plus lourde, il quittera l’Amérique, s'exposant donc à un mandat d'arrêt international, pour Londres, puis Paris où il a refait sa vie et réalisé de nombreux films depuis.

En 2009, le cinéaste sera arrêté à Zurich, dans le cadre d’un traité d’entraide judiciaire entre la Suisse et les Etats-Unis. Il sera incarcéré pendant deux mois avant d’être assigné à résidence dans son chalet de Gstaad. La Suisse renoncera finalement à l’extrader.  Aujourd’hui les poursuites contre lui courent toujours puisque la justice américaine a refusé de les clôturer, en dépit d’une dernière demande de ses avocats, au printemps 2017. Bref en cas de retour aux Etats-Unis, il risquerait l’arrestation à tout moment. 


"Je ne rêve déjà pas beaucoup. Mais surtout pas de l’Amérique", confiait le cinéaste à LCI en octobre 2017. "J’ai de très bons souvenirs de l’Amérique. Avec des amis dont la plus grande partie n’est plus là", ajoutait-il sans évoquer le meurtre de son ex-épouse, Sharon Tate, par la secte de Charles Manson à l’été 1969.  "Et puis comme dit un grand philosophe grec (Héraclite – ndlr) : 'On ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière'. Parce que ce n’est plus la même rivière. Ni les mêmes baigneurs", concluait-il, un brin énigmatique.

La volonté de Roman Polanski de retrouver son siège aux Oscars est d’autant plus surprenante qu’elle intervient après la "bourde" des organisateurs à l’égard de son épouse, Emmanuelle Seigner. Le 8 juillet dernier, dans une lettre ouverte publiée dans le "Journal du Dimanche", la comédienne révélait qu’elle venait de recevoir... une invitation de l’Académie à la rejoindre. Et qu'elle avait naturellement refusé.


"Féministe, je le suis depuis toujours, mais comment puis-je faire semblant d'ignorer que l'Académie, il y a quelques semaines, a mis à la porte mon mari, Roman Polanski, pour satisfaire l'air du temps", avait-elle déploré. "La même Académie l'avait récompensé de l'Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste en 2003. Curieuse amnésie !"

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